N°019_Vol.3_7
- RÔLES RÉDUCTEURS DE L’IMAGE FÉMININE CHEZ ÉMILE ZOLA :
- VALEUR MARCHANDE, PUBLICITAIRE ET SEXUELLE, UNE LECTURE
- D’AU BONHEUR DES DAMES
- Élise ABENG ZE
- Université de Bertoua, Cameroun
- ORCID iD: 0009-0009-6705-3020
- abengelisa@gmail.com
Introduction: Le principe catégoriel d’une connaissance nommée, identifiée est le propre d’une vision partagée et majoritaire qui consacre le connu et essaye d’élucider l’inconnu. C’est une orientation qui convoque tout un arsenal conceptuel afin d’appréhender le réel dans ce qu’il a de plus hétérogène. Ce sont des volontés plurielles, jointes et mises au profit de cette appréhension à valeur sémantique. Nommer, identifier, catégoriser, caser telles sont les finalités intrinsèques à cette démarche intellectuelle. Son origine est humaine, sa destination aussi. L’Homme figure comme un élément essentiel dans cette entreprise de sens. Son importance découle de sa nature ; hétéroclite, complexe et changeante. L’Histoire le confirme ; elle entérine le postulat selon lequel l’être humain se meut au gré des époques et des environnements ; il est substantiellement – nous dira Bergson – « changeant et mouvant ». Cette donne complexifie davantage cette volonté de cernement et d’élucidation. C’est cette opacité ontologique qui a donné lieu à un déploiement idéel, nominatif et conceptuel foisonnant. L’intérêt est de trouver le mot juste pour dire l’être dans sa spécificité la plus singulière. C’est pour apporter des réponses convaincantes à cette interrogation primordiale de l’être que des penseurs se sont attelés à essayer d’homogénéiser le disparate et la variable ; ils ont spécifié en conceptualisant et, ce faisant, ont introduit des perspectives de lecture distinctes et prolifiques. Ce référentiel significatif porte, entre autres, sur la notion de l’identité. Elle est un marqueur définitionnel de l’être, de sa spécificité et/ou de sa similarité. La singularité oriente la réflexion vers une conception de la subjectivité identitaire alors que la ressemblance l’oriente vers une considération plus ample et plus homogène. La construction identitaire est, à partir de cette base, tributaire de deux éléments séparément interdépendants : le familier et l’étranger. La familiarité est repère, l’étrangeté est distance. C’est cette tension entre les deux qui spécifie toute identité.
Le sujet est à l’interstice des deux et c’est à travers elles qu’il se construit et se présente. Or, cette identification de l’être sur la base d’une friction, d’un va-et-vient entre le connu et l’étranger porte en-elle les germes d’une crise en puissance. Sous-jacente et latente, elle émerge lorsque le sujet devient étranger à lui-même, lorsqu’il se perçoit comme autre que lui-même, lorsque l’altérité n’est plus tant une donnée extérieure mais intérieure. Ce mouvement introspectif révèle les zones d’ombres d’une intériorité opaque ; il vient entériner l’idée d’une connaissance non aboutissante et aporétique. En effet, ces tentatives d’éclaircissements du sujet débouchent paradoxalement sur une impasse, une aporie. Là où la connaissance est censée révéler et dissiper le mystère humain, elle l’accroît, l’étoffe et l’épaissit. Elle entérine ainsi l’idée d’une inaccessibilité saisissante de l’être ; fuyant et inassignable, il échappe aux volontés voulant le cerner, le catégoriser ou sonder son for intérieur. Or, Sarr, dans la plus secrète mémoire des hommes (2021) et De Purs Hommes (2018), puise dans cette connaissance aporétique ; elle en fait une matière première, l‘interroge, la questionne, l’étoffe de manière à la fertiliser : l’aporie devient un moment propice de réflexion féconde. Ces constats préliminaires précisent donc l’objectif de notre étude : interroger les limites de la connaissance catégorielle de l’être à travers la notion d’identité. En la problématisant, nous essayerons de montrer comment cette connaissance non aboutissante débouche-t-elle sur un horizon de possibilités réflexives prolifiques ? L’hypothèse qui guidera cette réflexion est que l’aporie dans les œuvres de Sarr n’est ni échec ni résignation, au contraire, elle est un moteur, une dynamique réflexive et productive.
Résumé : Cet article interroge les limites de la connaissance à travers des notions comme l’identité et l’étrangeté dans deux romans de Mohamed Mbougar Sarr (la plus secrète mémoire des hommes, De Purs Hommes). Sur leur base, nous élucidons cette entreprise délicate du cernement de l’être qui fait vaciller les évidences et les a priori et qui, par conséquent, débouche sur une esthétique de l’aporie. L’idée que derrière le postulat d’une opacité ontologique (l’impossible accessibilité à l’être) se profile tout un univers de possibilités fécondes et prolifique, d’une connaissance sous-jacente, révélée par bribes, par fragments et toujours en construction.
Mots-clés : Sujet ; Identité ; Altérité ; Étrangeté à soi ; Aporie ; Connaissance ; Crise
Conclusion
Ce cheminement réflexif sur la connaissance a permis d’élucider la difficulté d’une entreprise de sémantisation du sujet. Sa nature fuyante avorte toute volonté d’homogénéisation. Son identité censée l’identifier ne fait qu’épaissir son essence. C’est parce qu’elle est en continuelle friction entre deux forces attractives. D’un côté, les repères d’une familiarité réconfortante qui lui lègue une première vision et guide ses intentions, de l’autre, les repères étrangers qui s’immiscent en son sein et l’étoffe. Ces éléments puissants et intrusifs sont les repoussoirs d’une constitution ontologique complexe. Or, ce qui peut être vu comme une source d’enrichissement peut, éventuellement, se muer en une crise. Cette dernière apparaît lorsque le sujet, travaillé et tiraillé de l’intérieur, devient étranger à lui-même ; c’est-à-dire que son être devient l’expression d’un déchirement, d’une dislocation d’un je qui ne coïncide plus avec lui-même. Ce postulat entérine davantage l’idée de l’opacité ontologique, d’une impossible accessibilité à l’être, de, ce que nous avons appelé, une aporie de la connaissance ou d’une connaissance aporétique. Celle-ci s’est avérée, néanmoins, prolifique. Elle a permis aux récits de s’ouvrir sur d’autres possibilités ; sur des considérations moins prétentieuses et plus justes et s’est, finalement, révélée comme le propre d’une esthétique scripturale de la nuance.
Références bibliographiques
- Clastres, P. (1974). La Société contre l’État. Paris : Éditions de Minuit.
- Deleuze, G. & Guattari, F. (1980). Mille Plateaux. Paris : Éditions de Minuit.
- Kristeva, J. (1988). Étrangers à nous-mêmes. Paris : Fayard.
- LÉVI-STRAUSS, C. (1987). Race et Histoire. Paris : Denoël / Gonthier.
- Maalouf, A. (1998). Les Identités meurtrières. Paris : Grasset.
- Platon (1997). La République. Trad. G. Leroux. Paris : Flammarion.
- Rimbaud, A. (1999). Correspondance. Paris : Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade.
- SARR, M. M. (2018). De purs hommes. Paris : Philippe Rey / Jimsaan.
- SARR, M. M. (2021). La plus secrète mémoire des hommes. Paris : Philippe Rey/ Jimsaan.
