• LE FONCTIONNEMENT DES ADOUCISSEURS ET DES DURCISSEURS DANS CONTRE VENTS ET MARÉES DE BERNARD ILUNGA KAYOMBO
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  • Gentil NGASHANI BULERE
  • Assistant Master en Lettres et civilisation françaises,
  • Attaché à l’Institut Supérieur Pédagogique de Goma (ISP/Goma) RDC
  • ORCID iD: 0009-0008-1142-5801
  • gentilngashani7@gmail.com

Introduction: Après la lecture du roman Contre vents et marées, nous constatons que les protagonistes recourent à des manifestations linguistiques et langagières relevant de la politesse et de l’impolitesse langagières. Cet état de fait nous amène à étudier les composantes linguistiques qui adoucissent ou atténuent les illocutions du locuteur et celles qui brutalisent l’interlocuteur pendant la situation de communication. En effet, cette étude s’assigne l’objectif de déterminer la façon dont les adoucisseurs et les durcisseurs opèrent dans l’œuvre en étude. Elle poursuit aussi l’objectif d’étudier les fonctions pragmatiques des adoucisseurs et des durcisseurs ainsi que leur contribution à la gestion des relations interpersonnelles entre les interactants.  Ce qui fait appel au questionnement suivant : Comment fonctionnent les adoucisseurs et les durcisseurs dans Contre vents et marées de Bernard ILUNGA KAYOMBO ? En réponse provisoire à cette question, les adoucisseurs fonctionnent comme des éléments dont se servent les locuteurs pour solliciter quelque chose à l’instance réceptrice ou encore pour prier, supplier ladite instance en vue d’une quelconque faveur alors qu’ils emploient les brutaliseurs pour transmettre brutalement leurs pensées ou leur état émotionnel à l’interlocuteur, ou aux interlocuteurs. À cette question d’ordre général s’ajoutent les deux questions de recherche libellées comme suit : Quelles fonctions pragmatiques les adoucisseurs et les durcisseurs remplissent-ils dans les interactions verbales ? Comment l’emploi d’adoucisseurs et de durcisseurs contribue-t-il à la gestion des relations interpersonnelles entre les personnages ? Il se remarque que les adoucisseurs et les durcisseurs remplissent des fonctions pragmatiques diverses : les premiers servent à amoindrir la force des actes de langage paraissant menaçants alors que les seconds accentuent cette force illocutoire au cours de l’interaction. L’emploi des adoucisseurs favorise la préservation de la face, la négociation  et l’apaisement des liens entre les personnages tandis que l’usage des durcisseurs marquent davantage la domination, le conflit, voire la rupture des relations. Et donc, leur emploi contribue à la gestion de changement des relations interpersonnelles. Il convient de comprendre d’abord ce que l’on appelle « adoucisseurs ». Laurent MUSABIMANA NGAYABAREZI (2017 : 20) y revient comme suit :

  • « Les adoucisseurs renvoient à des expressions linguistiques dont la valeur est de placer l’interlocuteur dans une aisance communicative. Pareilles expressions ont pour fonction de contourner la brutalité langagière à l’égard de l’interlocuteur dont la modalité impérative est essentiellement l’apanage. De même, la modalité interrogative comme facette d’ordre menace aussi la face positive de l’interlocuteur. Les formulations ou territoire de l’interlocuteur. Entrent dans la classe des adoucisseurs les morphèmes tels que ‘’ s’il vous plait ‘’ , ‘’ si tu veux bien ‘’, ‘’si tu as un moment ‘’, ‘’ je vous  prie de ‘’, ‘’prière de ‘’, ‘’ Puis-je te demander quelque chose ? ‘’, ‘’ voudriez-vous me faire une adresse complète ? ‘’, etc. […] »

On le sait déjà, les adoucisseurs jouent un rôle très important dans les échanges de parole : ils permettent au locuteur de ne pas choquer, heurter, blesser son interlocuteur ou encore de ne pas violer sa face ou son territoire. On y recourt régulièrement lorsqu’on s’adresse à un supérieur ou quand on demande un service de façon polie ou encore quand on donne un ordre atténué. Par contre, on comprend que : « […] les durcisseurs (ou intensifieurs) ont pour fonction de renforcer l’acte de langage au lieu de l’amortir, et d’en augmenter l’impact au lieu de l’atténuer. Lorsqu’ils accompagnent un FTA, ils en ‘’ aggravent ‘’ le caractère impoli (‘’Ferme-moi cette fenêtre immédiatement ! ‘’). » (Patrick CHARAUDEAU et Dominique MAINGUENEAU, 2002: 29) À en croire cette citation, les durcisseurs sont utilisés pour brutaliser et pour exagérer une qualité ou une appréciation qu’on cherche à valoriser, voire à déifier. Ces notions présentent des recoupements avec celle de termes d’adresse. Au fait :

  • « Par termes d’adresse, on entend l’ensemble des expressions dont le locuteur dispose pour désigner son allocutaire (alors que les appellatifs peuvent désigner aussi bien le délocuté, voire le locuteur). Ces expressions ont très généralement, en plus de leur valeur déictique (exprimer la ‘’ deuxième personne ‘’, c’est-à-dire référer au destinataire du message), une valeur relationnelle, servant à établir…

Résumé : Ce travail se veut l’analyse du fonctionnement des marques de politesse et d’atténuation ainsi que celles d’impolitesse langagière à travers ce roman de Bernard ILUNGA. Pour ce qui est des adoucisseurs, il s’observe que les interactants comme Yolande et ses parents recourent à des expressions linguistiques pour éviter de choquer ou de heurter l’instance réceptrice à seule fin de maintenir au bon fixe leurs relations affectives. Cependant, les protagonistes usent des brutaliseurs surtout dans les échanges verbaux qui les opposent les uns aux autres. Par exemple, lorsque les parents s’opposent à la décision prise par Yolande : celle d’épouser Luc Kisimba. Et donc, les adoucisseurs comme les brutaliseurs demeurent légion dans Contre vents et marées. Ils participent respectivement soit au maintien des relations intimes, affectives, etc. entre les personnages ou soit à la dissolution des liens ou au refoulement des charges émotionnelles entre eux.

Mots-clés : Adoucisseurs, durcisseurs, termes d’adresse, distinctifs

THE FUNCTIONING OF MITIGATORS AND INTENSIFIERS IN CONTRE VENTS ET MAREES BY BERNARD ILUNGA

Abstract : This study examines the functioning of politeness and mitigation markers, as well as markers of linguistic impoliteness, in Bernard ILUNGA’s novel Against Wind and Tide. Concerning mitigators, it is observed that interlocutors such as Yolande and her parents resort to various linguistic expressions in order to avoid shocking or offending the addressee, with the sole aim of preserving their affective and interpersonal relationships. However, the protagonists make use of intensifiers and harshening devices, particularly in verbal exchanges that set them against one another. This is especially evident when Yolande’s parents oppose her decision to marry Luc Kisimba. Thus, both mitigators and intensifiers abound throughout in Contre vents et marées. They contribute either to maintaining intimate and emotional bonds between the characters or, conversely, to the deterioration of their relationships and the repression or discharge of emotional tensions.

Keywords : Mitigators, Intensifiers, Forms of Address, Distinctives.

Conclusion: Somme toute, Contre vents et marées de Bernard ILUNGA KAYOMBO demeure une œuvre peuplée d’adoucisseurs et de durcisseurs. Ces derniers fonctionnent comme des matériaux auxquels recourt le locuteur pour prier, supplier, solliciter poliment un service à l’interlocuteur (cas des adoucisseurs), mais aussi pour se défouler ou se décharger sur l’instance réceptrice ou exprimer brutalement ce que l’on ressent, même exagérer la pensée dans ses dires.  La brutalité et l’impolitesse langagières s’affichent dans les illocutions de Yolande comme dans celles de ses parents. Ce qui prouve qu’il s’agit d’une opposition radicale entre Yolande et toute sa famille qui ne veut pas que ladite fille épouse Luc Kisimba, pourtant les deux s’aiment tellement, pour ne pas dire « follement ».

Références bibliographiques

  • ILUNGA KAYOMBO, B. (2002). Contre vents et marées, Kinshasa, Médias Paul
  • CHARAUDEAU, P. et MAINGUENEAU, D. (2002). Dictionnaire d’analyse du discours, Paris, Seuil,
  • KERBRAT-ORECCHIONI, C. (1992). Les interactions verbales Tome II, Paris, Armand Colin
  • MAINGUENEAU, D. (2009). Aborder la linguistique, Paris, Seuil
  • MUSABIMANA NGAYABAREZI, L. (2017). Dictionnaire critique de l’énonciation Tome1, Paris, Edlivre
  • RIEGEL, M.et al. (2016)., Grammaire méthodique du français, Paris, PUF
  • VION, R. (2000). La communication verbale. Analyse des interactions, Paris, Hachette Université