• PÉRIURBANISATION ET IMPLICATIONS DES PERCEPTIONS SOCIALES DE L’ÉCOLE À LOUMBILA
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  • Moubassiré SIGUÉ
  • Université Norbert Zongo/Centre Universitaire de Manga
  • ORCID iD : 0009-0007-2299-7007
  • moubassire.sigue@yahoo.fr

Introduction: L’amélioration de l’accès des enfants à l’école primaire partout dans le monde a conduit les organismes nationaux et internationaux à s’intéresser au thème de la qualité de l’éducation de base (Akkari & Pompeu, 2010 ; Blaya, 2010).  A la faveur des cadres de rencontres internationaux dont ceux de Jomtien en 1990 puis du forum de Dakar en 2000, la communauté internationale s’est donnée pour priorité l’atteinte de l’Education pour tous (EPT). Dans cette perspective, le Burkina Faso, à l’instar des autres pays en voie de développement, a exprimé son engagement d’atteindre l’objectif d’éducation primaire de qualité pour tous, garçons et filles sans distinction (Maïga, 2014). Le rapport mondial sur l’Education pour Tous de 2005 présente un cadre d’analyse intéressant pour aborder la qualité de l’éducation de base. Ce cadre considère que la qualité de l’éducation dépend de quatre principaux paramètres. Le premier concerne les caractéristiques des élèves et leur disposition aux apprentissages scolaires. Le deuxième renvoie aux éléments facilitateurs des apprentissages, tels que les méthodes pédagogiques utilisées, les compétences et l’engagement professionnel des enseignants ou la gestion-organisation du système scolaire. Le troisième paramètre porte sur le contexte dans lequel se déroule l’éducation de base. Ce paramètre, lié au contexte national, renvoie à des éléments tels que les ressources publiques consacrées à l’éducation, l’existence de normes éducatives nationales et les caractéristiques socioculturelles des élèves. Le quatrième paramètre concerne les résultats des processus d’apprentissage comme la capacité de lire, écrire et compter (Akkari & Pompeu, 2010).

Pour parvenir aux objectifs d’éducation primaire de qualité pour tous, des innovations ont été introduites dans le système éducatif burkinabè afin de favoriser la marche vers l’EPT à travers des réaménagements qui vont « de la réforme du recrutement et de la formation des enseignants à l’interdiction du redoublement dans les sous cycles, en passant par la gratuité et l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans » (Maïga, 2014 : 180). Les indicateurs d’accès à l’éducation connaissent une amélioration suite à ces efforts. Toutefois, la problématique de la baisse de la qualité de l’enseignement apparait dans les multiples débats publics selon Compaoré (1997) pour qui, la baisse de niveau des élèves est devenue un refrain que l’on entend fredonner par les parents d’élèves, les enseignants, les syndicats, les Associations des parents d’élèves (APE), les gestionnaires du système éducatif, les médias, etc. Cette préoccupation est partagée par Soré (2015) qui, partant des travaux de Sedel (2005), soutient que « dans de nombreuses écoles en Afrique, la qualité de l’éducation est si médiocre que les élèves n’acquièrent toujours pas, au bout de quelques années de scolarité, les compétences de base minimales : savoir lire, écrire et compter » (Soré, 2015 : 4-5). Pour cet auteur en effet, l’amélioration de l’accès à la scolarisation a été accomplie au détriment de la qualité de l’éducation. Toutes choses qui conduisent Maïga (2014) à situer les responsabilités en affirmant que « les procès les plus accablants sont intentés contre l’école burkinabè, ses acteurs et ses produits », (Maïga, 2014 : 181). C’est dire que la problématique de la qualité de l’éducation suscite des réflexions et des questionnements orientés aussi bien vers les politiques éducatives en vigueur que la représentation que s’en font les différents acteurs de la commune périurbaine de Loumbila.

Beaucoup de parents se désintéressent de la scolarisation de leurs enfants parce que celle-ci n’est pas une garantie pour l’obtention d’un emploi. En effet, l’école a été pendant longtemps perçue comme un facteur de promotion sociale et économique permettant d’exercer des métiers modernes, d’avoir un revenu régulier et de soutenir la famille (Kaboré, 2015). D’ailleurs, Oruche & Ezeiba (2021) montrent que l’activité lucrative précoce des adolescents est reconnue et légitimée dans certaines communautés nigérianes, ce qui affaiblit la valeur perçue de l’éducation formelle. Dans le même sens, Amoah & Bosompem (2024) ont mis en lumière l’influence de la prolifération des marchés urbains informels sur l’absentéisme chronique des élèves du primaire à Accra.

 Lesdits besoins immédiats recouvrent diverses dimensions et concernent aussi bien les activités agro-pastorales, le petit commerce que le recours à l’orpaillage. Sur ce dernier point, Maïga & Soré (2015) soutiennent qu’aujourd’hui, l’orpaillage semble offrir plus de possibilités en matière d’évolution du statut socio-économique et fait que l’école burkinabè connait de fortes déperditions scolaires alimentées par la faible efficacité de l’école et surtout par les faibles possibilités d’emploi. Aussi trouvent-ils que l’école est en crise et que « cette donne (…) a réorienté la perception de certains parents d’élèves qui ne voient plus en l’école l’instrument d’évolution sociale, mais une usine de fabrique de chômeurs » (Maïga & Soré, 2015 : 406). Cette représentation tend à être intériorisée par les acteurs de la Circonscription d’Education de Base (CEB) de Loumbila au sens de Bourdieu qui appréhende l’habitus comme un ensemble de « systèmes de dispositions durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes » (Bourdieu, 1998 : 88). De ce point de vue, les réponses de l’habitus s’accompagnent d’un calcul stratégique à l’image des stratégies développées par les acteurs de la CEB à travers leurs représentations sociales de l’école. Plus précisément, N’Guessan (2023) montre une corrélation entre la croissance urbaine accélérée et la fragilisation du parcours scolaire des jeunes. Partant du cas de la Côte d’Ivoire, il explore comment l’environnement urbain transforme les stratégies de survie des ménages au détriment de l’éducation. Ainsi, l’hypothèse principale de la recherche postule que les représentations sociales de l’école en contexte périurbain influencent la qualité de l’éducation dans la CEB de Loumbila. Dit autrement, la diffusion de la culture urbaine et les décrochages scolaires au profit des activités économiques de la ville capitale (Ouagadougou) impactent la qualité de l’éducation dans la CEB de Loumbila.

Le plan du travail s’articule autour de trois points essentiels. Après un exposé des aspects méthodologiques dans un premier temps, une analyse des résultats est articulée autour de deux axes à savoir les perceptions de l’école face à l’influence de la culture et des activités économiques de la ville capitale et les rapports de la communauté à l’école. En dernier ressort, les résultats sont discutés à la lumière de travaux d’autres auteurs.

Résumé : Les dynamiques urbaines influencent les systèmes scolaires dans les communautés périurbaines. Ces influences reposent sur un présupposé d’absence de liens directs entre l’éducation et le travail productif sous l’effet des logiques d’expansion urbaine et industrielle. L’école est perçue comme une enclave de fabrication de diplômés dont le chômage constitue l’aboutissement. Des parents, démotivés par le chômage des diplômés se désintéressent de la scolarisation de leurs enfants. La présente contribution s’est assignée pour objectif de comprendre en quoi les représentations sociales de l’école influent sur la qualité de l’éducation dans la Circonscription d’Education de Base (CEB) de Loumbila. La recherche part du présupposé théorique selon lequel les perceptions sociales de l’école sous l’influence des dynamiques urbaines agissent sur l’efficacité interne et externe de l’institution scolaire. Elle s’appuie sur une méthodologie mixte associant des entretiens semi-structurés individuels approfondis et des enquêtes par questionnaires pour la production des données empiriques sur les rapports sociaux à l’école.  Partant d’un ancrage théorique inspiré des théories sociologiques sur le phénomène urbain de l’École de Chicago, l’étude révèle que les perceptions de l’école en contexte périurbain sont influencées par la diffusion des fonctionnalités socio-économiques de la ville. Aussi, il ressort que les rapports des communautés à l’école sont révélateurs du désintérêt des parents d’élèves vis-à-vis de l’école, engendrant des déperditions scolaires. L’érosion de la légitimité et de la confiance accordées à l’école repose sur une faible intégration socioprofessionnelle du sortant. En dernier ressort, l’étude met en évidence deux options pour un ancrage de la qualité de l’éducation : combattre la représentation dévalorisante de l’école, à travers des actions de communication pour le changement de comportement et s’appuyer sur le levier de l’amélioration des rapports école-communauté.

Mots-clés : Burkina Faso, périurbanisation, dynamiques urbaines, qualité de l’éducation, chômage.

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