N°021_Vol.1_05
- LES CONCEPTS DE MIGRATION DANS LES EXPRESSIONS
- VERNACULAIRES MALGACHES
- Isabelle Odette RAFIDIMALALA
- Faculté des Lettres et sciences Humaines
- Université d’Antananarivo
- ORCID iD: 0009-0004-7304-9523
- isafidimalala@yahoo.fr
Introduction: Les migrations représentent un phénomène universel, très ancien, devenant l’une des préoccupations majeures des pays du monde entier (Bertheleu et Wadbled, 2017). Les enjeux liés à ce phénomène incluent les recrudescences de la migration clandestine (Aragan Aragon, 2012), l’augmentation significative des demandes d’asile (Robert E.B.Lucas, 2005), et bien d’autre problématiques. Madagascar n’échappe pas à cette réalité. Les cas observés se caractérisent, d’une part, par l’accroissement des immigrants français, asiatiques, indo-pakistanais et comoriens (OIM, 2013) et d’autre part, par l’augmentation de l’émigration de travail dans l’Océan Indien, le Canada, ainsi que vers des pays arabes et asiatiques. En effet, selon une étude effectuée par Courgeau (1981), la recherche sur la migration conduit à une multiplicité de termes et de concepts qui compliquent la compréhension du phénomène : un même concept peut être désigné par plusieurs termes différents, tandis qu’un même terme peut représenter plusieurs concepts, parfois contradictoires. Plusieurs auteurs ont ainsi contribué à des études et réflexions sur les vocabulaires de la migration, parmi lesquels Courgeau (1981), Henry (1981), OIM(2013), Gildas (2015), OIT-Organisation Internationale du Travail (2021). Etant donné que le phénomène migratoire existe à Madagascar depuis des temps anciens, la langue malgache pourrait également conserver des lexiques vernaculaires liés à la migration. La question centrale de cette recherche est donc de determiner quels sont les termes relatifs à la migration présents dans les expressions vernaculaires malgaches ? Pour répondre à cette problématique, deux hypothèses ont été formulées : la première postule que les expressions vernaculaires malgaches renferment un vocabulaire riche et diversifié pour désigner les différentes réalités associées. La seconde suppose que ces expressions permettent d’identifier plusieurs types de migration, chacun étant désigné par des termes spécifiques adaptés aux contextes sociaux et culturels. Cet article a pour objectif d’inventorier ces termes ainsi que leurs définitions. Un aperçu du cadre conceptuel et de la démarche méthodologique s’avèrent indispensable en préalable à cette étude.
Conclusion : L’inventaire des lexiques vernaculaires malgaches liés à la migration a permis de mettre en exergue trois catégories de lexique dont les personnes en lien avec la migration, les types de migration et les concepts des lieux d’accueil. La première catégorie concerne les personnes liées à la migration, qui s’installent dans des pays lointains pour une durée définitive ou provisoire. Cependant, les Malgaches acceptent rarement la migration définitive ; ils maintiennent toujours des liens avec leur village ou leurs pays d’origine, même en situation de migration. Les nouveaux venus, de nationalité différente, s’installent également dans le pays, mais ils sont souvent perçus comme vulnérables et victimes de discrimination et d’exclusion surtout au début de leur installation. Pour s’intégrer durablement, ils doivent respecter les us et coutumes de la société d’accueil. La construction des biens immobiliers, notamment d’un tombeau, témoignent d’une migration définitive. Enfin, les migrants qui sont les premiers à s’installer sur le territoire sont généralement considérés comme supérieurs à ceux qui arrivent plus tard. La deuxième catégorie concerne les types de migration, incluant la migration organisée et la migration forcée qui étaient observées dans le passé mais sont désormais utilisées pour d’autres situations. La troisième catégorie englobe les concepts des lieux d’accueil, où des expressions anciennes, presque disparues, ont été identifiés. Certains vocabulaires anciens sont encore utilisés, mais dans des contextes différents. Etant donné que la plupart des lexiques inventoriés relèvent du Malgache standard, reconnu comme langue officielle, il serait pertinent d’élargir la perspective consiste à élargir la recherche aux langues régionales.
Résumé : La question de migration qui représente un fait social total existe depuis longtemps à Madagascar. La langue malgache possède des différents lexiques vernaculaires liés à ce phénomène. Cet article se concentre sur l’inventaire de ces lexiques, en s’appuyant sur dix dictionnaires et lexiques bilingues malagasy-français et français-malagasy, ainsi que sur une vingtaine d’ouvrages d’anthropologie, de sociologie, d’histoire et de géographie qui ont étudié ou évoqué la migration ou la mobilité à Madagascar. Les résultats de cette recherche ont permis d’identifier une trentaine des lexiques, classés en trois catégories : les personnes liées à la migration, les types de migration et les concepts associés aux lieux d’accueil. Parmi ces lexiques, on trouve des expressions très anciennes, presque disparues du langage courant, ainsi que des vocabulaires anciens encore utilisés dans d’autres contextes, sans oublier des néologismes émergents en lien avec les phénomènes migratoires contemporains. Cependant, il est à noter que la majorité des lexiques inventoriés se limite au Malgache standard, considéré comme la langue officielle. La perspective consiste à élargir la recherche aux langues régionales.
Mots-clés : Lexique vernaculaire, migration, migrant, autochtones, nouveaux venus
Références bibliographiques
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