• APPROCHE MYTHOCRITIQUE DU MYTHE DU JEU DE QUATRE CAURIS DANS LARMES DE TENDRESSE
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  • Baguima Sylvain BADO
  • Université Norbert ZONGO
  • ORCI ID :0009-0007-4740-2612
  • badosylvanus@gmail.com
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  • Achille YAMEOGO
  • Université Norbert ZONGO
  • ORCI ID : 0009-0003-0010-3122
  • Elchayameogo94@gmail.com
  • &
  • Emmanuel  BATIONO
  • Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ)
  • ORCI ID : 0009-0001-3830-3395
  • emmanuelbationo@gmail.com

Introduction:  La question de l’étude de la littérature africaine pose avec acuité des questions épistémologiques. En effet, de sa genèse jusqu’à nos jours, une problématique est constamment en crise chez les spécialistes en littérature écrite et orale. Faut-il parler de littératures africaines ou de deux littératures ? En fait, quels sont les présupposés critères de frontières ou peut évoquer des questions de continuité entre ces littératures ? Dans leur tentative de réponse à cette problématique, des penseurs montrent l’existence d’une relation de consubstantialité entre les littératures. A cet effet, Mahamadou KANE (1977) souligne qu’il existe un lien entre littératures écrite et orale. Pour lui, « il y a continuité entre littérature orale et littérature écrite et non pas une rupture. L’écrivain africain dit-il est héritier de deux cultures qui peuvent être comprises par un questionnement de la tradition orale ». Vincent OUATTARA (2011, p.182) soutient dans cette perspective qu’en Afrique, beaucoup d’auteurs puisent dans le répertoire de l’oralité ou de la tradition orale des éléments culturels pour produire des œuvres littéraires. Dans cette dynamique, on note que les écrivains africains puisent dans le fond culturel africain des textes oraux, des aspects des cultures en vue de produire leurs œuvres. Ainsi, les œuvres littéraires deviennent des espaces privilégier de conservation du patrimoine culturel africain corroborant ainsi la formule de Amadou Hampâté BA (1981) lorsqu’il s’interrogeait : « qu’est-ce que la littérature ? sinon de la parole couchée sur du papier ». La parole couchée sur du papier fait référence aux textes du répertoire de la littérature orale comme les proverbes, contes, chansons, devises, devinettes, mythes enfouis dans l’écriture. Il apparait alors que les productions littéraires écrites donnent une nouvelle vie aux textes de la littérature orale et aux savoirs endogènes africains. C’est l’exemple palpable de l’écrivain burkinabé Ansomwin Ignace HIEN qui fait de ses productions littéraires écrites un espace fertile et esthétique des pratiques socioculturelles et mythologiques du patrimoine culturel Dagara en vue de la promotion de la culture locale. Cela nous autorise à affirmer que l’écrivain ne saurait occulter sa culture, communauté ethnolinguistique, lorsqu’il produit dans les langues étrangères. On pourrait s’en tenir au rappel de quelques-unes dont Au gé du destin (1988), Larmes de tendresse (1996). Cette dernière, objet de mire à la présente étude, renferme un genre narratif parlé au fond cérémoniel de la littérature orale. Il s’agit tout simplement de s’intéresser au mythe de jeu de quatre cauris dans ce récit romanesque. Notre attention porte particulièrement sur le symbolisme du jeu de quatre cauris dans l’œuvre Larmes de tendresse. L’on pourrait dès lors se demander quel est le rôle de ce récit mythique dans le travail de signifiance dans l’univers diégétique de l’œuvre. L’objectif de la recherche est d’analyser le fonctionnement du mythe dans le texte littéraire tout en mettant en exergue sa relation avec le matériau ethnologique. La contribution s’inscrit dans une perspective mythodologique.

 Placée sous l’angle anthropologique et littérature, la mythocritique se veut une méthode d’explication et d’interprétation des mythes. L’étude reste fidèle au champ de recherche qui est la réappropriation des données de la littérature orale, de la culture par la littérature africaine écrite inscrivant ainsi l’approche dans une vision oralité et écriture selon Alain Joseph SISSAO (2009). L’atteinte de l’objectif passe par un plan d’analyse structuré en trois grands points à savoir le positionnement théorique et méthodologique, la perception du corpus, de l’auteur à son œuvre, de la question du mythe jeu de quatre cauris dans l’univers socioculturel dagara et diégétique du roman.

Résumé : L’objectif de la présente contribution est d’analyser le fonctionnement du mythe du jeu de quatre cauris dans le texte littéraire tout en mettant en exergue sa relation avec le matériau ethnologique. La recherche s’inscrit dans un contexte culturel où les écrivains inscrivent dans leurs œuvres des textes de la littérature orale mettant en relief la relation oralité et écriture mais aussi dans une époque où l’étude des savoirs endogènes et particulièrement les mythologies sont en vogue pour un développement endogène de nos communautés ethnolinguistiques. L’étude s’appuie sur le mythe du jeu de quatre cauris collectés auprès des détenteurs de la tradition orale dagara dans le sud-ouest et la version inscrite dans l’univers diégétique du roman Larmes de tendresse. Elle s’intéresse aux aspects de convergence et de divergence conduisant à la variabilité du récit romanesque sous le regard de la mythocritique. Il ressort que le processus de fixation du récit oral dans l’écrit favorise la réflexibilité et l’irradiation des textes oraux afin de les octroyer une nouvelle vie. La reculturation des textes oraux autorise la fécondation de l’écriture romanesque par l’oralité pour donner l’esthétitique moderne et favorise la conservation et la valorisation du patrimoine culturel oral africain et partant celui dagara.

 Mots clés : Cauris, Dagara, Mythe, mythocritique, continuité.

Références bibliographiques

  • BA A H. (1981), Tradition vuvanté, histoire générale de l’Afrique, tome 1, Paris, jeune Afrique/UNESCO.
  • Brunel P. (1992), Mythocritique : Théorie et parcours. Paris : PUF, Coll. « Écriture ».
  • Durand G. (1972), Le Voyage et la chambre dans l’œuvre de Xavier de Maistre, Romantisme 4. Paris, Flammarion.  
  • Durand G. (1979), Figures mythiques et visages de l’oeuvre, de la mythocritique à la mythanalyse. Paris : Berg International.
  • Eliade M. (1957), Mythes, rêves et mystères, Gallimard.
  • Eliade M. (1963), Aspects du mythe, Paris, Gallimard (Folio).
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  • Huet-Brichard M-C. (2001), Littérature et mythe. Paris : Hachette.
  • Kane M. (1973), « Sur la critique de la littérature africaine moderne », In le critique africain et son peuple comme producteur de civilisation, Colloque de Yaoundé, tenu du 16 au 20 avril.
  • Kane M. (1977), Roman africain et tradition, thèse d’État, Université de Lille, Lettres et sciences humaines.
  • Ouattara V. (2011), « Analyse des fondements culturels du roman burkinabè : Larmes de tendresse, in CAHIER du CERLESHS TOME XXVI, N°38, février.
  • Ouattara V. (2013), « Crépuscule des temps anciens de Nazi Boni au regard de la mythocritique », in Wiiré, revue de langues, Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales, n°00, octobre.
  • Sellier P. (1984), « Qu’est-ce qu’un mythe littéraire », in Littérature.
  • Sissao A. J. (2009), « Oralité et écriture : la littérature face aux défis de la parole traditionnelle. [Burkina Faso] », ISBN 978-2-9520054-4-9.
  • TRO DEHO R. (2006), Création romanesque négro-africaine et ressources de la littérature orale, Approches littéraires