• DE LA PENSEE LINGUISTIQUE A LA PENSEE COMMUNICATIONNELLE : STATUT, PLACE ET ROLES DE L’ANGLAIS DANS LE SYSTEME EDUCATIF MALGACHE
  •  
  • Rovanjanahary Stella RAZAFINARIVO
  • École doctorale Ingénierie et Géoscience (INGE) Université d’Antananarivo
  • Sciences et techniques de l’information et de la communication
  • ORCID ID: 0009-0002-8024-922X
  • s.razafinarivo@gmail.com
  • &
  • Jean-Jules HARIJAONA
  • Université d’Antananarivo

Introduction: Dans le système éducatif malgache[1], marqué par une diglossie et un bilinguisme historique entre le malgache, langue maternelle et quotidienne, et le français, langue institutionnelle, l’anglais revêt un statut marginal. Le système éducatif malgache est un vaste terrain qui mérite d’être exploré vu que l’éducation joue un rôle crucial dans le développement d’un pays. La langue, comme l’anglais en fait partie. Pilier de développement, l’intérêt qui s’attache à l’éducation et la langue est immense. Depuis des années, Madagascar a connu une régression majeure et un mal-être au niveau du système. L’une des causes majeures est l’inefficacité des politiques de l’éducation adoptées par l’État. Á cela s’ajoute la faiblesse des programmes dont le contenu n’est pas souvent en adéquation avec les réalités sociales et le contexte de la mondialisation. Le manque de ressources financières est aussi l’une des raisons pour lesquelles l’éducation malgache se défaille surtout au sein des institutions publiques. De tels phénomènes se reflètent à travers les réalités des acteurs de l’éducation (enseignants, étudiants, le personnel de l’éducation, etc.) au quotidien. Les infrastructures et les matériels d’enseignements les plus élémentaires ne répondent plus aux besoins de l’enseignement, notamment dans la majorité des établissements publics (insuffisance des salles de classes, des tableaux, des tables, des bancs, des livres, etc.).

Concernant l’enseignement de l’anglais, différents questionnements effleurent les esprits : pourquoi cette langue, une composante du système éducatif connaît-elle des dysfonctionnements majeurs, et nécessite à ce titre, une analyse particulière. L’hypothèse directrice souligne que face à la prédominance du malgache et du français, l’anglais se trouve marginalisé dans le système éducatif malgré son image et sa valorisation à l’échelle internationale ; et dû à son statut non officiel[2], sa place s’avère marginale et ses rôles sont limités, ce qui affecte les compétences linguistiques des apprenants malgache. Force est de constater que les méthodes d’analyse linguistique évoluent : les approches linguistiques traditionnelles, cèdent la place à perspective communicationnelle qui insiste sur la dynamique contextuelle et le sens en situation, illustrée par l’approche sémio-contextuelle (Mucchielli, 2000). Ainsi, cette étude se démarque en application de cette approche, via ses sept contextes communicationnels (spatial, temporel, expressif des identités, culturel/normatif, positionnement, relationnel, physique/sensoriel), qui perçoit les langues comme des systèmes de signes qui émergent du sens. Bien que l’anglais soit promu comme levier économique et éducatif, son expansion repose sur une idéologie masquant des obstacles : statut non officiel, dominance du français et du malgache, manque de ressources pédagogiques, etc. Ainsi, cette étude cherche à démontrer la marginalisation de l’anglais, affectant les compétences linguistiques des apprenants malgaches, à travers son statut, sa place et ses rôles, face à la dominance du français et du malgache. Elle est divisée en deux parties. La première retrace l’évolution paradigmatique des approches linguistiques vers les approches communicationnelles, sémio-contextuelle. Ensuite, la deuxième est axée autour de l’application des sept contextes de Mucchielli à la situation de l’anglais dans le système éducatif malgache.

  • [1] À Madagascar, il existe bien d’autres systèmes éducatifs que celui du malgache, à savoir les systèmes éducatifs français et anglophones, mais le choix penche plutôt vers celui du malgache.
  • [2] L’anglais figurait parmi les langues officielles de Madagascar entre 2007 et 2010 selon la Constitution révisée de 2007 dans son article 4. La nouvelle Constitution de 2010 a pourtant abrogé ce statut officiel.

Résumé : En dépit de sa promotion et ses rôles, comme levier économique et clé de l’employabilité, l’anglais a du mal à s’imposer dans le système éducatif malgache. Comment appréhender cette dynamique d’un point de vue communicationnel ? Les approches traditionnelles, comme la linguistique structurale et la sociolinguistique variationniste, ont apporté leurs contributions dans les analyses des langues. Pourtant, les paradigmes évoluent vers une pensée communicationnelle, centrée sur le sens en situation. L’approche sémio-contextuelle d’Alex Mucchielli (2000) est l’outil méthodologique rigoureux pour appréhender la dynamique de marginalisation de l’anglais à travers son statut non officiel, sa place et ses rôles, dans le système éducatif malgache, complétée par des méthodes quantitatives et qualitatives. Cette étude vise, d’une part, à retracer l’évolution paradigmatique, de la linguistique structurale et sociolinguistique vers la pensée communicationnelle, et d’autre part, à appliquer l’approche sémio-contextuelle (sept contextes), à la situation de l’enseignement de l’anglais dans le système éducatif malgache. Cette démarche met en évidence un décalage entre l’image valorisée de cette langue à l’échelle internationale et la réalité nationale, plaidant pour une réforme des politiques linguistiques, la favorisant sans éroder le duo malgache-français dominant.

 Mots-clés :  Approche sémio-contextuelle, pensée communicationnelle, anglais, système éducatif malgache

Références bibliographiques