N°021_Vol.1_13
- LE MONOLOGUE NARRATIF DANS SAHARA, MA BELLE-COUSINE
- DE HENRI DJOMBO
- Jean Bruno ANTSUE
- Littératures et civilisations africaines
- Université Marien Ngouabi, Brazzaville, République du Congo
- ORCID iD : 0009-0000-5110-5097
- ajeanbruno@gmail.com
- &
- Fabrice OLLEMBE
- Littératures et civilisations africaines
- Université Marien Ngouabi, Brazzaville, République du Congo
- ORCID iD: 0009-0002-2061-7860
- fabriceollemb@gmail.com
Introduction: La structuration générique de la littérature, la rhétorique des genres, l’esthétique discursive ou le « syllogisme parfait » des genres proposé par Aristote (Aristote, 1968, p.140) ou par les structuralistes, notamment le grammairien latin « Diomède » (IVème siècle Après J.C) assigne au genre dramatique, cathartique ou théâtral la représentation scénique des situations humaines, au genre romanesque, épique ou narratif la relation affabulatrice des faits et au genre poétique la peinture pittoresque, évasive ou mélancolique de l’Homme, des sentiments, de la nature ou du paysage. Le passage d’un discours à un autre, dit T. Todorov (1966, p. 82), est remarqué par l’esthétique générique ou les stéréotypes discursifs spécifiques à chaque genre. En réalité, le monologue est une particularité du discours scénique ou théâtral, il est pertinent depuis l’épilogue jusqu’à la descente des rideaux en passant par les didascalies, les monologues intérieurs, les répliques, les stichomythies ou les tirades. C’est à partir des temps moderne et postmoderne que le monologue est volontiers encastré dans la narration et devient également un discours de roman. Par conséquent, les théoriciens modernes de la narratologie le classent comme une variante de la scène narrative ou du récit isochrone. Selon la conception de Jean Ricardou, la scène est « Une espèce d’égalité entre le segment narratif et le segment fictif » (Jean Ricardou, 1967 :81). Comme sous-langage du récit isochrone, le monologue rapporte logiquement les propos sans tenir compte des accélérations, des aposiopèses, des valeurs prégnantes, du rythme de la narration ou de la vitesse narrative. Dans cette étude, il est question de déceler le monologue narratif, ses variantes, ses causes et ses effets discursifs dans Sahara, ma belle-cousine (2016) de Henri Djombo. À cet effet, notre objectif prééminent est de lire en toute performance la présence du monologue narratif ou intérieur dans la narration du roman. Les théoriciens modernes, notamment Jean Pouillon (1946), Jean Ricardou (1967), Gérard Genette (1972), Tzetan Todorov (1966), Paul Ricœur (1984) et Vincent Jouve (2001, 2007) ont également pris au sérieux les effets et les rapports entre les discours narratif et monologique. Quant à l’œuvre et à l’auteur, plusieurs études scientifiques ont mis l’imaginaire auctorial et les péripéties de l’intrigue au pieds du sanctuaire, Rosin Francis Emerson Loemba (2020), Rony Dévyllers Yala Kouandzi (2020), j’en passe et j’en oublie forcément, mais la disjonction entre le moi social et le moi créateur, notamment la personne réelle et l’écrivain, le réalisme des faits, la fonction satirique ou pamphlétaire de l’écriture, la trame diégétique, la technique narrative et la voix monologique sont des radiances diégétiques qui attirent volontiers notre regard et notre esprit critique.
Notre réflexion s’articule autour de la question centrale suivante : en quoi le discours du roman Sahara, ma belle-cousine (2016) de Henri Djombo est une voix monologique ? Cette question principale est secondée par des interrogations subséquentes : Quelles sont les particularités, les causes et effets du monologue narratif ou intérieur dans le roman en étude ? Quelles sont les fonctions du discours homophonique dans Sahara, ma belle-cousine de Henri Djombo ? Pour un entrain avenant ou pour une expertise scientifique de notre analyse, nous faisons d’emblée recours à la narratologie, à l’ethnobiologie, à l’interdiscursivité, à l’interartialité et à la sociolinguistique comme des compétences de lecture. Il est également pertinent de clarifier logiquement les hypothèses de travail ci-après : Premièrement, dans Sahara, ma belle-cousine de Henri Djombo, le monologue narratif serait dû à l’influence du récit homodiégétique, de la voix monologique, de l’histoire dominante d’un personnage-narrant et narré et de la monophonie narrative. Ensuite, le monologue narratif dans le roman en étude serait également dû à la maitrise du sujet diégétique par le moi créateur et à l’implication de ce dernier dans la diatribe des antivaleurs. Dans cette investigation littéraire, il est question de ressortir les causes et les effets du monologue narratif dans le premier point, le monologue narratif comme intrusion du moi créateur dans le deuxième point, les fonctions du monologue narratif ou intérieur dans le troisième et Sahara, ma belle-cousine est un roman purement monologique, homophonique ou monodiégétique pour le quatrième point.
Résumé : L’article intitulé « le monologue narratif dans Sahara, ma belle-cousine de Henri Djombo » est un regard critique sur le monologue narratif ou intérieur, l’esthétique des genres, le discours de roman et sur l’interdiscursivité dans la narration précitée. L’éclectisme méthodologique, notamment la narratologie, l’ethnobiologie, l’interdiscursivité, l’interartialité, nous ont permis de déceler les causes et les effets du monologue narratif dans l’œuvre en étude. D’après l’expertise ou le déchiffrage du monde diégétique, il est important de noter que l’histoire unique de l’incipit au desinit du roman et la monophonie narrative sont des structures qui engendrent le monologue narratif. Cette voix monologique est également due à l’influence des structures prégnantes de l’instance auctoriale dans l’univers utopique. L’auteur se métamorphose en narrateur pour admonester les antivaleurs de sa structuration spatiotemporelle. C’est ainsi que le monologue narratif ou intérieur joue des fonctions éducative, satirique et communicative. La narration est justement une catilinaire ou un aristarque contre les vicissitudes sociopolitiques, les tares humaines et les indécences de l’espace-temps du monde auctorial. Ainsi, l’œuvre étudiée est définie en termes de monologue du moi social, transcrit par le moi créateur et prononcé par l’instance narratrice dans un monde utopique.
Mots-clés : Auctorial, intrusion de l’auteur, monologue intérieur, monologue narratif, monophonie
THE NARRATIVE MONOLOGUE IN *SAHARA, MA BELLE-COUSINE* BY HENRI DJOMBO
Abstract: The article entitled “The Narrative Monologue in Sahara, ma belle-cousine by Henri Djombo” offers a critical examination of the narrative or interior monologue, genre aesthetics, the discourse of the novel, and interdiscursivity in the aforementioned narrative. Methodological eclecticism, particularly narratology, ethnobiology, interdiscursivity, and interartiality, enabled us to identify the causes and effects of the narrative monologue in the work under study. Based on the analysis of the diegetic world, it is important to note that the single storyline from the incipit to the desinit of the novel, as well as narrative monophony, are structures that generate the narrative monologue. This monologic voice also stems from the influence of the dominant structures of the authorial instance within the utopian universe. The author morphs into the narrator in order to censure the negative values present in his spatiotemporal configuration. Thus, the narrative or interior monologue fulfills educational, satirical, and communicative functions. The narration is essentially a philippic or an aristarchean criticism of sociopolitical hardships, human flaws, and the indecencies of the spatiotemporal framework of the authorial world. Consequently, the work under study may be defined as a monologue of the social self, transcribed by the creative self and spoken by the narrating instance within a utopian world.
Keyword : Auctorial, intrusion of author, inside monologue, narratif monologue, monophonie
Références bibliographiques
- Aristote, (1968). L’Analytique, Coll. SUP, Paris PUF,
- Balzac, H. De. (1831). La Peau de chagrin
- Cheikh, H. K. (1961). L’aventure ambiguë, Paris, Julliard.,
- Djombo H. (2016). Sahara, ma belle-cousine, Brazzaville, Hemar,
- Dongala E. (2010). Photo de groupe au bord du fleuve, Paris, Actes du Sud,
- Genette G. (1972). Figures III, Paris, Ed, du Seuil.
- Gourdeau G. (1998). Analyse du discours narratif, Ed. Canada, 1998.
- Jouve V. (2007), Poétique du roman, Paris, Armand Colin, 2ème Ed.
- Lopes H. (1982). Le Pleurer-Rire, Paris, Présence Africaine
- Mabanckou A. (2010). Demain j’aurai vingt ans, Paris, Gallimard, coll. « Blanche »
