• POUR UNE LITTERACTIQUE DE LA RESILIENCE ET DU VIVRE-ENSEMBLE
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  • Jonas MUKAMBILWA MBEKALO
  • Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu
  • ORCID iD : 0009-0006-1483-1333
  • jonasmukambilwa1@gmail.com
  • &
  • Théodose BIL’UMBELE MUHASANYA
  • Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu
  • ORCID iD : 0009-0000-9761-855X
  • muhasanyat@gmail.com

Introduction: De nombreux récits de violence et de conflits identitaires thématisent le pardon et la cohabitation pacifique, vertus qui ont de la peine à se concrétiser à cause, entre autres, du déficit stratégique de leur mise en place. Au-delà de leur littérarité et variété générique, les textes de la troisième anthologie de Sembura-Ferment littéraire  développent des thèmes qui interpellent la conscience de l’ensemble de lecteurs. Ils véhiculent donc, de manière spécifique, les réalités de l’Afrique des Grands Lacs, une région en situation de conflits ou de post-conflits permanents. Ces textes, qui donnent une image des états psychiques des personnes estropiées par les déboires, les haines et les rancunes, proposent, à travers leurs structures profondes, des mécanismes pour transcender les stéréotypes et envisager une vie paisible et équitable. L’une des voies de sortie de cette situation, comme stipule Jean-Claude Makomo dans son commentaire sur Sans rancune de Thomas Kanza, est d’apprendre aux pépinières à se départir de toute animosité :

  • Est-on contrarié ou lésé injustement ? Est-on victime d’un emprisonnement ? Aurait-on perdu un être cher par intervention d’un tiers ? L’homme a sa réaction naturelle : rancune et vengeance en temps opportun ! (…) Ce principe est toujours d’actualité tant que les communautés et les individus auront à vivre sur cette terre. Pour plus de cohésion inter et intra-communautaires, pour une vraie paix de l’esprit individuelle, l’homme est tenu à vivre « sans rancune » (2018 :131).   

Sous cet angle, la didactique de la cohésion sociale recourt à la littéractique, une philosophie de l’éducation ou une psychologie appliquée, pour deux raisons : permettre à l’enseignant de poursuivre les objectifs à la fois scientifiques et sociologiques et faire de l’élève un acteur actif dans la co-construction de la signification du texte : la réconciliation. Au-delà de l’apprentissage des structures langagières et littéraires, les prétentions de la littéractique de cohésion sociale sont d’ordre moral et socioculturel. Il s’agit d’une étude sociotextuelle qui propose la solution au chaos multipolaire et aux tragédies innommables. Cette stratégie pédagogique se propose de former les jeunes sur l’importance de la paix et du vivre ensemble à partir d’un récit des textes littéraires disponibles. Le néologisme littéractique est un mot-valise combinant « littérature » et « didactique ». Elle se veut une co-lecture du texte entre enseignant et son élève en vue de déboucher sur une co-construction de signification. Celle-ci tient compte des pôles de rédaction et de réception, c’est-à-dire du hors texte. En d’autres termes, la signification est vue comme résultante de l’analyse du discours tandis que le sens comme celle d’analyse du texte. Les propos de Jean-Michel Adam explicitent mieux cette réalité :

  • La formule souvent citée et que j’ai moi-même utilisée dans mes Eléments (1990 :23) : Discours = texte +conditions de production. Texte = discours – conditions de production. Ce n’est pas ici une formule d’addition et de soustraction du contexte. Cette formule ne doit pas opérer la décontextualisation que je préconisais alors. Il s’agit d’une formule d’inclusion du texte dans le champ plus vaste de pratiques discursives qui doivent elles-mêmes être pensées dans la diversité des genres qu’elles autorisent et dans leur historicité. (Adam, J. 1999 :39).

La littéractique recourt aux approches linguistiques (Bally, 1951), (Rifaterre, 1971) en intégrant également la pragmatique (Kerbrat-Orecchioni, 2005) et les apports de la réception dans le but de découvrir le non-dit du texte (Todorov, 1978). Sa démarche didactique s’inspire des théories d’appréciation des textes littéraires par les élèves initiées par Hébert Manon (2006) et Djamila Achab (2006). La présente recherche propose un levier d’exploitation des textes qui gravitent autour de la paix pour des fins à la fois didactiques et socio-littéraires. L’objectif principal est de disposer à l’enseignant de français une matrice de fiche pédagogique favorable à transmettre aux élèves les compétences de co-construction de la signification du texte souvent disséminée dans son architecture lexico-syntaxique. Cette recherche est donc animée par la volonté d’enseigner la paix, le pardon et la concorde aux peuples post-conflictuels à partir des textes littéraires qui se lisent et s’enseignent souvent superficiellement. Cette étude tente de répondre aux questions suivantes : Qu’est-ce que la littéractique ? Quels sont les atouts stylistiques et pragmatiques que présente la nouvelle Des lendemains qui chantent « mutu hayuwake » pour la mise sur pied d’une cohésion sociale durable dans les régions conflictuelles ? Et quels sont les éléments textuels qui intéresseraient le professeur et ses élèves pendant leur processus de co-construction de la signification dans le droit fil d’une pédagogie par compétence ?

Partant de ces questions, nous avons formulé notre apriori explicatif de manière suivante : D’abord, la littéractique, mot-valise construit à partir des lexèmes « littérature » et « didactique », serait une démarche de la co-lecture de l’œuvre plaçant l’élève et son enseignant en posture favorable dans le processus de co-construction de la signification. Ensuite, les atouts stylistiques et pragmatiques que présentent notre corpus pour la mise sur pied d’une cohésion sociale durable seraient  les thèmes ainsi que les ressources langagières comme les figures de sonorité (l’assonance, l’allitération, les rimes, etc.), les métaboles (l’ironie, la métaphore, les parémies,) ainsi que les figures de construction. Enfin, ces atouts stylistiques constitueraient de véritables éléments textuels dont useraient le professeur et ses élèves lors de la co-construction de la signification. Cette portée pragmatique qui rend nébuleux le texte s’expliquerait par le fait que les structures de surface s’inscrivent souvent en faux contre la signification des énoncées que l’on croirait condamner certaines tribus au détriment des autres. Ce travail partira de la présentation du corpus à la didactisation de la paix et la résilience. Le premier point expose l’essentiel du contenu global sémantique de la nouvelle et présente fidèlement quelques lignes importantes du corpus. Le deuxième point quant à lui illustre toute la démarche didactique du texte littéraire envisagée par la littéractique. Il s’agit donc de la démonstration d’une matrice pédagogique qui développe clairement les huit activités auxquelles chaque élève doit être soumis lors de quête de la signification en situation de classe.             

Résumé : Cet article s’inscrit dans le droit fil de l’enseignement de la résilience et du vivre-ensemble des peuples en situations de conflits ou de post-conflit dans la région des Grands Lacs africains. Il met en exergue une approche actionnelle des textes littéraires, la littéractique, qui place l’apprenant et son enseignant en posture favorable pour le processus de co-construction des valeurs iréniques. A travers la troisième anthologie de Sembura, les textes sont abordés de manière à prévenir les stéréotypes et éradiquer les conflits sociaux. Ainsi, résilience et vivre-ensemble se saisissent comme des préalables d’une société apaisée déductibles de la mémoire des conflits.

Mots-clés : Conflit, résilience, vivre-ensemble, « littéractique »

FOR A LITERACTIC OF RESILIENCE AND LIVE IT TOGETHER

 Abstract: This article is in line with the teaching of resilience and living together with peoples in conflict or post-conflict in the African Great Lakes region. It highlights an action-oriented approach to literary texts, the “literactic”, that places the student and their teacher in a favourable position in the process of co-constructing meaning. Through Sembura’s third anthology, texts are approached in order to prevent the stereotypes and to put an end to social conflicts. Thus, resilience and living together are essential tools for peace deductible in memory of conflicts.

 Keywords: conflict, resilience, living together, “literactic”

Conclusion: Notre effort, qui s’est proposé de didactiser la cohésion sociale et la résolution des conflits en Afrique des Grands Lacs, a défini et illustré les lignes importantes de la littéractique comme levier d’enseignement de la résilience et du vivre-ensemble à partir des textes littéraires. Dans un premier temps, l’objectif est de permettre la compréhension du texte. Dans un second, il est question d’appréhender la mémoire des conflits pour en dégager l’implicite de résilience et du vivre-ensemble par une didactique de co-construction actionnelle. En fin de compte, la littéractique, bien qu’étant encore dans sa phase de gestation, se prête mieux à la didactique de la paix durable pour des sociétés conflictuelles ou post-conflictuelles, en l’occurrence les pays de la région des Grands Lacs africains, à savoir la République Démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi. Notre illustration de la nouvelle « Des lendemains qui chantent mutu hayuwaki » a permis d’enseigner le pardon et la cohésion sociale pour une véritable paix durable. Ainsi, cette littéractique met en exergue une approche textuelle d’exhumation des valeurs iréniques susceptibles de réveiller un peuple paralysé par les rancunes, les haines et les guerres. Elle enseigne à la jeunesse la paix que les adultes n’ont pas réussi à maintenir. Voilà l’un des rôles que les universités pouvaient jouer en vue de produire à l’humanité des têtes utiles œuvrant pour le bien-être de tous.

Références bibliographiques

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