• TRANSFORMATIONS DES ROLES FAMILIAUX ET SOCIALISATION DES ENFANTS DANS LES MENAGES URBAINS BURKINABE : UNE ETUDE DE CAS DANS LA COMMUNE DE MANGA
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  • Bonaventure DIARRA
  • Université Thomas SANKARA/Burkina Faso
  • ORCID iD : 0009-0007-6174-1741
  • tandin2010@yahoo.fr

Introduction: La famille constitue la première instance de socialisation primaire de l’enfant. Elle assure la transmission des normes, des valeurs, des comportements et des codes sociaux indispensables à sa construction et à son intégration dans la société (Berger & Luckmann, 1986). Dès les premières années de la vie, elle participe à la construction de l’identité sociale de l’enfant à travers les interactions quotidiennes, les pratiques éducatives et les modèles comportementaux qu’elle lui offre. Dans cette perspective, E. Durkheim (2014 :41), considère l’éducation comme un processus de socialisation par lequel les adultes transmettent aux jeunes générations les normes, les valeurs et les comportements nécessaires à leur intégration dans la société. C’est le rôle fondamental de la famille dans la socialisation primaire qui est ainsi mis en évidence. Cette fonction éducative de la famille est également soulignée par Bourdieu (1998 :87-89), quand il soutient que les premières expériences familiales permettent l’acquisition d’un habitus primaire, c’est-à-dire d’un ensemble de dispositions durables orientant les manières de penser, d’agir et de percevoir le monde. Toutefois, comme le souligne Lahire (1998), dans les sociétés contemporaines la famille n’est plus le seul cadre de socialisation des enfants. Elle partage dorénavant cette fonction avec plusieurs autres acteurs notamment, l’école, les groupes de pairs et les médias qui exercent sur eux une influence parfois de façon complémentaire ou concurrentielle, voire contradictoire.

Parallèlement, les sociétés africaines connaissent de profondes mutations sociales sous l’effet de l’urbanisation, de la modernisation, de la mondialisation et des transformations économiques. Ces évolutions modifient progressivement l’organisation des ménages et contribuent à la transformation des configurations familiales (Calvès, Dial & Marcoux, 2018). L’augmentation de la participation des femmes aux activités économiques, l’émergence ou la diversification de certaines configurations familiales, notamment nucléaires et monoparentales, ainsi que la montée de l’individualisation contribuent à une recomposition des rôles familiaux et des relations au sein des familles (Antoine & Nanitelamio, 1989 ; Calvès, Dial & Marcoux, 2018). Ces transformations ont été analysées par plusieurs auteurs. P. Bourdieu (1998) montre que les rôles masculins et féminins relèvent avant tout d’une construction sociale reproduite par les mécanismes de socialisation. J. Butler (2005 :95) souligne, quant à elle, que ces rôles de genre ne sont pas des réalités naturelles, mais le produit de pratiques sociales répétées qui les construisent et les transforment continuellement. De leur côté, De Singly (2010), Brugeilles et Sebille (2011), ainsi que Champagne, Pailhé et Solaz (2015), mettent en évidence l’émergence de formes de parentalité davantage fondées sur la négociation, la coparentalité et un partage plus équilibré des responsabilités éducatives et domestiques, même si des inégalités persistent, comme le rappellent Pfefferkorn (2011) et Haicault (1984) à travers les notions d’inégalités domestiques et de charge mentale.

Dans la même perspective, Weber (1982) met l’accent sur le caractère spécifique de l’organisation sociale en milieu urbain. Pour, lui la ville est un espace social particulier qui favorise la reconfiguration des relations et des responsabilités au sein des familles. De même, Marcoux (1993) ainsi que Brunet et Kertudo (2013) soulignent que les modes de vie urbains réduisent le temps consacré aux interactions familiales tout en multipliant les espaces de socialisation des enfants. Dans ce contexte, l’école, les groupes de pairs, les médias et les réseaux sociaux numériques deviennent des acteurs essentiels de la transmission des normes et de la construction identitaire. Au Burkina Faso, ces mutations sont particulièrement perceptibles dans les centres urbains où la croissance démographique, l’évolution des modes de vie et la diversification des activités économiques contribuent à une redéfinition des rôles parentaux. La commune urbaine de Manga n’est pas en reste. En effet, le processus de socialisation et l’intériorisation des modèles socioculturels y sont également influencés par les changements observés dans le cadre familial. Si les effets de l’urbanisation sur les transformations des familles d’une manière générale ont été documentés, il reste que leurs impacts sur la socialisation des enfants dans les ménages urbains n’ont pas été suffisamment abordés en contexte burkinabè.

Cette insuffisance constitue l’intérêt scientifique de la présente étude, qui entend contribuer à comprendre les transformations au sein des familles urbaines et leurs effets sur la socialisation des enfants. L’objectif principal de cette étude est d’analyser les transformations des rôles familiaux en milieu urbain et leurs effets sur les mécanismes de transmission des normes, des valeurs et des comportements au sein de la famille. Ainsi, hypothèse principale postule que les transformations des rôles familiaux en milieu urbain redéfinissent les rôles et les responsabilités dans le foyer et modifient le processus de socialisation des enfants. L’étude est structurée en trois parties. La première concerne le cadre méthodologique. La deuxième présente les résultats empiriques. La troisième discute ces résultats à partir de la littérature scientifique existante.

Résumé : Cette étude analyse les effets des transformations des rôles familiaux sur le processus de socialisation des enfants dans les ménages urbains de la commune de Manga, au Burkina Faso. La recherche a été réalisée à travers une démarche qualitative à partir d’entretiens semi-directifs individuels menés auprès de divers acteurs dans ladite commune. Les données recueillies ont fait l’objet d’une analyse thématique de contenu. Les résultats de l’étude révèlent une recomposition des rôles au sein des familles. Les femmes participent désormais aux charges financières du ménage tandis que les hommes s’impliquent davantage dans les tâches domestiques et dans l’éducation des enfants. Par ailleurs, les décisions familiales, sont davantage prises sur la base du dialogue et la concertation. L’étude met également en évidence une diversification des agents de socialisation, la famille et l’école partageant désormais cette fonction avec, les groupes de pairs, les médias, les réseaux sociaux numériques, les institutions religieuses et les aide-ménagères. Ces mutations produisent des effets à la fois, positifs et négatifs. Elles renforcent l’autonomie des enfants et la coparentalité, mais réduisent le temps consacré aux interactions familiales et accroissent l’influence d’agents extérieurs. En définitive, les transformations observées ne signifient pas un affaiblissement du rôle de la famille dans l’éducation des enfants, mais un partage de ce rôle avec d’auteurs acteurs tout en conservant la famille comme principale instance de socialisation.

Mots-clés : transformations des rôles familiaux, socialisation des enfants, ménages urbains, agents de socialisation, Manga.

Références bibliographiques

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