N°021_Vol.2_11
- PROFILS D’ENTREE ET BESOINS DIFFERENCIES DANS LA FORMATION A L’EXPOSE ORAL EN FRANÇAIS UNIVERSITAIRE PROFESSIONNALISANT : ETUDE DANS UNE GRANDE ECOLE DE COMMERCE ET DE GESTION
- Zouhir EL BOUCHIKHI
- Laboratoire Langage et Société, Faculté des Langues, des Lettres et des Arts
- Université Ibn Tofail, Kénitra, Maroc/Professeur vacataire à l’École Nationale de Commerce et de Gestion de Kénitra (ENCGK), Maroc
- ORCID iD: 0009-0002-0049-3020
- zouhir.elbouchikhi@uit.ac.ma
Introduction: Dans une école de commerce et de gestion, l’exposé oral n’est pas un exercice périphérique. Les étudiants y recourent pour présenter un projet, expliquer une notion spécialisée, défendre une décision ou rendre compte d’un travail collectif. La réussite de cette tâche dépend certes des ressources linguistiques, mais également de la capacité à sélectionner l’information, construire une problématique, organiser le raisonnement, concevoir un support, respecter le temps imparti et maintenir le contact avec l’auditoire. Or ces opérations sont souvent présupposées au moment de l’évaluation, alors qu’elles n’ont pas toujours fait l’objet d’un enseignement explicite. C’est précisément sur ce décalage que le FOS et le FOU permettent d’agir : ils rapportent l’apprentissage du français aux situations, aux genres et aux exigences propres au parcours universitaire. Dans le cas étudié, l’analyse des besoins ne peut toutefois s’arrêter à la description de la tâche attendue. Une même consigne d’exposé place les étudiants dans des situations différentes selon leur expérience antérieure, leur confiance et leur aisance déclarée face à la prise de parole. Ces caractéristiques d’entrée constituent donc un second niveau de diagnostic, complémentaire de l’analyse des usages académiques et préprofessionnels.
Tous les étudiants n’entrent pas dans une formation à l’oral avec la même expérience, la même confiance ni la même aisance déclarée. Certains peuvent avoir déjà réalisé des exposés sans se sentir à l’aise devant un auditoire ; d’autres peuvent disposer de ressources langagières ou disciplinaires, mais éprouver une difficulté à les mobiliser dans une situation orale formelle. L’aisance initiale à l’oral en français ne doit donc pas être comprise comme une mesure objective du niveau linguistique réel. Elle constitue plutôt un indicateur subjectif du rapport initial de l’étudiant à la prise de parole : sentiment de capacité, confiance, rapport au regard d’autrui, anticipation du trac et perception de maîtrise de la tâche.
Le terrain de l’enquête est le cours de français de communication « Faire un bon exposé », suivi par des étudiants de première année d’une école de commerce et de gestion. Le dispositif associait la préparation méthodologique de l’exposé à des thèmes relevant de l’économie, de la gestion, de l’entreprise et de situations préprofessionnelles. L’objectif de l’article est de déterminer si les informations recueillies sur le rapport initial à l’oral permettent d’identifier des besoins différenciés après la formation. Deux questions organisent l’analyse : (Q1) l’aisance initiale déclarée est-elle associée aux perceptions finales de compétence, de gestion du trac/stress, de contrôlabilité et d’apprentissages ? (Q2) l’expérience antérieure d’un exposé oral en français distingue-t-elle ces perceptions avec la même force ? Deux hypothèses sont mises à l’épreuve. H1 prévoit que l’écart entre profils d’aisance sera surtout visible pour la compétence perçue et la gestion du trac/stress, dimensions directement engagées par l’exposition devant un public, et plus faible pour la contrôlabilité et les apprentissages déclarés. H2 suppose que l’expérience antérieure, considérée isolément, sera moins discriminante que l’aisance déclarée, puisqu’avoir déjà exposé ne signifie pas nécessairement se sentir capable ou maîtriser son trac.
Résumé : À partir des réponses de 192 étudiants de première année d’une école de commerce et de gestion, cet article interroge la valeur diagnostique de l’aisance initiale déclarée dans une formation à l’exposé oral en français. Quatre perceptions recueillies à l’issue du cours sont comparées : compétence, gestion du trac/stress, contrôlabilité et apprentissages. Les étudiants qui se disaient initialement à l’aise ou très à l’aise obtiennent des moyennes supérieures pour la compétence perçue (4,362 contre 4,020 ; p = 0,001) et la gestion du trac/stress (4,194 contre 3,897 ; p = 0,011). Les différences ne franchissent pas le seuil de significativité pour la contrôlabilité ni pour les apprentissages déclarés. L’expérience antérieure d’un exposé, considérée séparément, ne distingue pas les groupes. Les réponses aux items signalent surtout cinq points de vigilance : parler devant un public, faire face au regard d’autrui, transformer le trac, maîtriser la voix et construire une problématique. Ces résultats conduisent à intégrer le rapport initial à la prise de parole dans l’analyse des besoins en FOS/FOU afin d’ajuster l’accompagnement sans figer les étudiants dans des catégories de niveau.
Mots-clés : français universitaire ; exposé oral ; profils d’entrée ; besoins différenciés ; aisance initiale
Références bibliographiques
- Bandura, A. (2003). Auto-efficacité : le sentiment d’efficacité personnelle. De Boeck.
- Carras, C., Tolas, J., Kohler, P., & Szilagyi, E. (2007). Le français sur objectifs spécifiques et la classe de langue. CLE International.
- De Grez, L., Valcke, M., & Roozen, I. (2009). The impact of an innovative instructional intervention on the acquisition of oral presentation skills in higher education. Computers & Education, 53(1), 112-120. https://doi.org/10.1016/j.compedu.2009.01.005
- Dolz, J., & Schneuwly, B. (1998). Pour un enseignement de l’oral : initiation aux genres formels à l’école. ESF.
- Galand, B., & Vanlede, M. (2004). Le sentiment d’efficacité personnelle dans l’apprentissage et la formation : quel rôle joue-t-il ? D’où vient-il ? Comment intervenir ? Savoirs, hors-série, 91-116. https://doi.org/10.3917/savo.hs01.0091
- Hedges, L. V. (1981). Distribution theory for Glass’s estimator of effect size and related estimators. Journal of Educational Statistics, 6(2), 107-128. https://doi.org/10.3102/10769986006002107
- Mangiante, J.-M., & Parpette, C. (2004). Le français sur objectif spécifique : de l’analyse des besoins à l’élaboration d’un cours. Hachette.
- Mangiante, J.-M., & Parpette, C. (2011). Le français sur objectif universitaire. Presses universitaires de Grenoble.
