Hors-série n°18 - Août 2026

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La protection du patrimoine culturel africain à l’épreuve des grands travaux d’aménagement du territoire et d’exploitation minière

Le premier grand défi soulevé par le colloque de Koudougou concerne la survie de notre mémoire physique devant l’avancée rapide des infrastructures. À Koupéla, comme sur le site même de l’Université Norbert Zongo, le constat est alarmant : faute d’inventaires préalables, des vestiges majeurs comme des ateliers sidérurgiques ou des habitats anciens sont détruits par l’urbanisation. Cette tension se cristallise particulièrement dans le secteur minier en Afrique de l’Ouest. Bien que des études d’impact soient menées, comme à Daguilma ou sur le site de Bissa-Bouly, le cadre législatif reste trop fragile pour empêcher les engins de chantier de devancer les archéologues. Mais au-delà des objets enfouis, le patrimoine possède une dimension vivante et immatérielle qui conditionne l’équilibre des sociétés. La dégradation de l’environnement, illustrée par la déforestation et l’orpaillage en Côte d’Ivoire, ne détruit pas seulement la nature, mais fragilise les rites et l’identité des peuples dont les forêts sacrées sont le socle.

Dans les centres urbains comme Bobo-Dioulasso, l’enjeu est désormais de dépasser la simple protection des monuments pour intégrer les « itinéraires sacrés » et les rites sociaux dans l’aménagement moderne. Cette force culturelle se révèle être un outil de survie remarquable pour les populations déplacées internes en pays moaaga, qui parviennent à recréer leurs territoires symboliques et leur lien social à travers les cérémonies et les marchés, même en situation d’exil. Ainsi, la sauvegarde de cet héritage ne peut s’envisager sans une vision économique et sociale pérenne. L’artisanat traditionnel, bien que menacé par l’abandon, et les zones naturelles comme celle de Kuilg-Noonré, offrent des opportunités de développement touristique respectueux de l’histoire locale. Les chercheurs s’accordent sur une stratégie à trois niveaux pour l’avenir : généraliser l’inventaire systématique avant tout grand chantier, appliquer avec rigueur les cadres juridiques nationaux, et surtout, placer les communautés locales et les autorités coutumières au centre de la gestion. Ce sont eux qui, en tant que gardiens de la mémoire, assurent la pérennité de ce que l’on appelle « l’esprit des lieux »

SOMMAIRE

Préface

07-La colline pyɔ̀-byṹ et l’orpaillage

Sayouba BAMA & Bienvenue Nebila BAMA

20-Archéologie, patrimoine culturel et histoire d’un projet aurifère (Ferkessedougou-Nord Côte d’Ivoire)

Kouakou Sylvain KOFFI, Gninin Aicha TOURE, Abel AKA & Kouadio Ange Aurelien KOUAKOU
Mise en ligne, le 31 Août 2026