N°020_Vol.1_26
- ANALYSE DES REPRESENTATIONS DES ERREURS INTERFERENTIELLES DES APPRENANTS SONGYE DE 7EME ET 8EME ANNEES DE L’ENSEIGNEMENT DE BASE : ETUDE DE CAS A TSHOFA
- Jean-Pie Ntunda MWEMBO LUBOTA
- ISP/Wembo-Nyama et Doctorant à l’ISP/Bukavu en République Démocratique du Congo
- ORCID iD : 0009-0005-1163-5567
- ntunda.mwe@gmail.com
- Théophile Safari MUPFUNI
- ISP/Goma et Doctorant à l’ISP/Bukavu en République Démocratique du Congo
- safarimupfuni3@gmail.com
- &
- Samson Ruhekenya JUMAPILI
- ISP/Bukavu en République Démocratique du Congo
Introduction: Les études sur les erreurs concernent aussi bien les erreurs interlinguales qu’intra linguales. Ces erreurs ont, d’une manière générale deux sources qui sont la langue maternelle et la langue cible. La langue maternelle est la source d’erreurs lorsqu’un apprenant fait un transfert négatif de sa langue maternelle en langue cible tandis que la langue cible est la source d’erreurs lorsque l’apprenant ignore les règles de la lange cible. L’école est d’abord le lieu des contraintes où la faute y trouve sa place. J.P Astolfi (1997) parle à ce propos de « la violence symbolique » faite aux élèves. Cette violence est tout d’abord d’ordre épistémologique, car apprendre est loin d’être naturel. Dans la vie quotidienne on résout généralement le problème sans appendre, en utilisant au mieux les ressources cognitives disponibles… et en sollicitant de l’aide pour le reste. L’école est de ce point de vue, un milieu artificiel construit par la société moderne pour ne pas laisser les apprentissages s’opérer au gré des circonstances. Cette violence scolaire est aussi d’ordre psychanalytique car l’apprentissage ne produit chez certains qu’une anxiété légère, normale et réactive, chez d’autres les peurs archaïques de la petite enfance produisant parfois des décharges des violences verbales ou physiques. Enfin, cette violence est surtout d’ordre humain puisqu’apprendre est inscrit mais non écrit d’avance. Il est indispensable mais douloureux. L’erreur est importante et est une étape d’acquisition. On n’apprend pas du tout sans se tromper. Kilosho Kabale cité par Ntunda (2024) admet qu’un élève a progressé si, après s’être trompé, il peut dire pourquoi il s’est trompé et comment il recommencerait sans reproduire les mêmes erreurs. Jean-Pierre Astolfi (1997) de son côté a milité pour que l’erreur soit un outil pour l’apprentissage. Il est à noter que beaucoup d’études analysent les erreurs interlinguales et inter linguales. Cette étude, quant à elle, analyse les représentations des erreurs en milieu scolaire et en milieu extrascolaire. Les enquêtes ont été menées sur les perceptions des erreurs des apprenants à la maison, dans les lieux publics et à l’école ; chez les apprenants eux-mêmes et chez les enseignants dans quelques écoles du centre de Tshofa.
L’étude relève du contact du kisongye et du français. La notion du contact de langues est l’une des notions fondamentales de la sociolinguistique et de la sociodidactique. Lorsqu’un individu ou un groupe d’individus utilise deux langues ou plus pour s’exprimer, il y a ce qu’on appelle contact de langues. Il s’agit d’un phénomène qui gangrène le monde entier. Le contact kisongye-français est étudié chez les apprenants surtout dans le cadre de l’enseignement-apprentissage. Il s’agit d’un contact des langues au niveau scolaire. Le contact des langues génère les interférences linguistiques. La langue cible a souvent un système complexe. Vu la complexité du système de cette dernière, l’apprenant a toujours besoin d’une langue de référence pour pouvoir combler les lacunes qu’il rencontre dans la langue étrangère. Il recourt à sa langue maternelle. Ce recourt l’amène à la confusion entre le système linguistique de la LS et celui de la LC. On entend par interférence en Didactique de l’enseignement des langues, la désignation des problèmes d’apprentissage dans lequel l’apprenant transfert le plus souvent inconsciemment et de façon inappropriée des éléments et des traits d’une langue connue (langue source) dans la langue cible. Le centre de Tshofa est un milieu rural et on y parle en majorité le kisongye qui est la langue première des apprenants. Cette langue est une langue bantu de la zone linguistique L dont le sigle est L23. Elle atteste 5 (cinq) voyelles, 2 (deux) glides et 21 (vingt et une) consonnes ; les allophones y compris. Contrairement au système vocalique du kisongye, le français qui est une langue métropolitaine atteste 16 voyelles, 3 (trois) semi voyelles et 20 (vingt) consonnes graphiques. L’apprenant songye qui a acquis le kisongye comme première langue interfère à l’école des sons de sa L1 en L2 qui est le français. Outre les interférences phonétiques, il produit des phrases contenant des interférences sémantiques, lexicales et syntaxiques.
Quand l’apprenant produit toutes ces interférences, deux tendances se dessinent à l’école : soit l’enseignant découvre les erreurs et les fait découvrir pour en faire des outils pour apprendre, soit il ne s’intéresse pas par méconnaissance des erreurs interférentielles ou par le timing lui imposé par le calendrier scolaire, ce qui amène les apprenants à intérioriser leurs erreurs qui deviennent plus tard des erreurs fossilisées et créent des interlangues des apprenants. Quand il entre à la maison, il trouve des parents avec deux tendances : soit il est en face des parents ou des ainés qui l’aident à prendre conscience de ses erreurs et de les corriger soit il rencontre ceux qui apprécient toutes ses productions parce qu’ils sont analphabètes. Cette situation appelle la question suivante : ‘’Quelles sont les représentations des erreurs interférentielles des apprenants de 7ème et 8ème années de l’enseignement de base chez eux-mêmes, chez les parents et chez les enseignants’’ ? L’hypothèse de la recherche est que les perceptions sont positives chez les apprenants et chez les parents analphabètes tandis qu’elles sont négatives chez certains enseignants et les parents lettrés. Au regard de cette hypothèse, deux tendances se dessinent. La première est celle des parents et des enseignants qui font prendre conscience aux apprenants des différences manifestes entre la langue maternelle de l’apprenant et la langue de l’école pour la correction des erreurs tandis que la seconde est celle de ceux qui apprécient positivement les erreurs qui plongent dans les erreurs fossiles. L’objectif en menant cette recherche est d’aider les apprenants à prendre conscience de leurs erreurs en vue de leurs corrections, les enseignants à s’intéresser aux erreurs interférentielles de leurs apprenants en vue d’en faire des outils pour enseigner et les parents à s’intéresser à l’apprentissage correct de leurs enfants.
Résumé : La présente étude cerne les représentations des erreurs interférentielles des apprenants songye par eux-mêmes, par les parents, par la société et dans des lieux publics et par les enseignants à l’école. Que ça soit à la maison ou à la cité, il se dégage une bipolarité telle que les uns ont une représentation positive de toutes les productions en y accordant un sens émique, les autres ; une représentation négative selon le sens étique et les autres enfin font des erreurs des outils pour enseigner.
Mots-clés : erreur, représentation, approche, sens émique
ANALYSIS OF THE REPRESENTATIONS OF INTERFERENTIAL ERRORS OF SONGYE LEANERS IN THE 7th AND 8th GRADES OF BASIC EDUCATION : CASE STUDY IN TSHOFA
Abstract : This stydy identifies the representations of interference errors made by songye learners as perceived by themselves, by parents, by society in public spaces, and by teachers at school. Whether at home or in the city, a bipolarity emerges : some hold a positive representation of all productions by attributing an emic meaning to them, others hold a negative representation according to the etic meaning ; and still others view errors as tools for teaching.
Keywords : error, representation, approach, emic meaning
1.Méthodologie de la recherche
L’étude a été menée dans deux écoles du centre de Tshofa (territoire de Lubao, province de Lomami). Le ciluba, le lingala, le kiswahili, le kikusu, l’otetela sont les langues attestées à Tshofa à côté du kisongye, langue première dominante dans cette zone rurale où le kisongye est la langue du milieu. Les autres langues sont parlées par des gens venus d’ailleurs pour les affaires ou pour de raison de service. Ces gens sont minoritaires et se sont acclimatés au kisongye. Le français et l’anglais sont également d’usage dans le milieu où sont implantées 11 écoles secondaires et deux institutions du supérieur. Ont participé à l’étude :
- 4 enseignants de français et 11 des disciplines non linguistiques de deux écoles secondaires (instituts Yebondo et Yamukoko) interrogés par questionnaire ;
- Des apprenants de 7ᵉ et 8ᵉ années, soumis à un questionnaire.
Conclusion: Cette étude a cerné les représentations des erreurs interférentielles de apprenants songye de 7ème et 8ème de l’enseignement de base en milieu songye plus précisément à Tshofa. Il est à noter que d’une manière générale, les représentations de toute la société sont catastrophiques dans la mesure où les apprenants de ce centre produisent un français proche de leur langue maaternelle qu’est le kisongye. Les apprenants, les parents ainsi que certains enseignants ont le sens émique des productions des apprenants. Seuls les enseignants formés à la nouvelle approche de correction des erreurs interférentielles s’intéressent aux erreurs des apprenants et en font des outils pour enseigner en vue de réussir le contrat didactique.
Références bibliographiques
- Astolfi, J-P. (1997). L’erreur, un outil pour enseigner. Collection Pratiques et enjeux pédagogiques.
- Kitengye Sokoni, S. (2014). Contact des langues dans les écoles secondaires en RDC. Lubumbashi : Presses Universitaires du Congo.
- Ndiaye, I.M. et Sagna, B. (2021). Erreur et remédiation dans les productions écrites en français au Sénégal. Etudes en didactique des langues, 15(2), 45-62.
- Ndibnu-Messina Ethé, J. (2009). Interférences linguistiques et ethnostylistiques dans la littéraature camerounaise. Yaoundé : ENS Yaoundé.
- Ntunda Mwembo Lubota, J.-P. et alii. (2026). Approche didactique de correction des erreurs interférentielles. Parcours et Initiatives : Revue interdisciplinaire du Graben, 34. PP 55-78
- Ntunda, J-P. (2024). Approche corrective des erreurs écrites dues aux interférences linguistiques de l’otetela en français en classe de 7ème année chez les Atetela in Djiboul, n°008, vol.2, pp 253-276
- Senghor, L.R.D. ? Ly, T., et Sambou, P. (2024). Analyse des erreurs linguistiques commises par les apprenants au cycle primaire au Sénégal. Revue Hybrides, 7(1), 88-104.
- Thouraya Ben Amor Ben Hamida. (2009). Erreurs interférentielles arabe-français et enseignement du français. Gerflint : Tunisie.
