• DE L’IMPUNITE DES INFRACTIONS ELECTORALES EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
  •  
  • Daniel TSHIALUSE NKASHAMA
  • Avocat et Apprenant au troisième cycle, Faculté de Droit, département de Droit pénal et Criminologie à l’Université de Kinshasa
  • tshialusedaniel@gmail.com
  • &
  • Lauris KABAMBA NTAMBWE
  • Avocat et chercheur en Droit pénal

Introduction: L’élection constitue l’un des principaux mécanismes par lesquels s’exprime la souveraineté du peuple dans un État démocratique. Dans un régime fondé sur la souveraineté populaire, l’exercice du pouvoir politique tire en effet sa légitimité de la volonté exprimée par les citoyens à travers le suffrage. La protection de l’intégrité électorale constitue dès lors une exigence fondamentale de l’État de droit. Une élection ne peut véritablement contribuer à la légitimité des institutions que si le vote est libre, sincère, transparent et régulièrement organisé. Le droit électoral ne poursuit donc pas uniquement un objectif organisationnel ; il tend également à protéger les valeurs fondamentales attachées au suffrage, notamment l’égalité des électeurs, la liberté du vote, la sincérité du scrutin et la transparence des résultats. En effet, lorsque les règles édictées en vue d’une vie équilibrée en société ne se suffisent pas pour leur respect, le droit pénal intervient avec sa gamme de sanctions contraignantes afin de répondre aux besoins des hommes et des femmes de se sentir protégés par et dans la société où ils vivent. La peine a ainsi pour fonction de maintenir intacte la cohésion sociale en maintenant toute sa vitalité à la conscience collective commune (NYABIRUNGU & al. 2020). En République démocratique du Congo, cette exigence trouve son fondement constitutionnel dans l’organisation du pouvoir politique et dans l’institution de la Commission électorale nationale indépendante. L’article 211 de la Constitution confie à celle-ci la mission d’organiser le processus électoral et référendaire et d’en assurer la régularité. La loi n° 06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales telle que modifiée par la Loi n°11/003 du 25 juin 2011, la Loi n° 15/001 du 12 février 2015, la Loi n° 17/013 du 24 décembre 2017 et la loi n°22/029 du 29 juin 2022[1] fixe le cadre légal de l’organisation des élections à tous les niveaux en commençant par l’inscription sur les listes électorales jusqu’à la publication des résultats. Cette loi établit non seulement un cadre juridique destiné à encadrer le bon déroulement des opérations électorales, mais elle institue également un ensemble de dispositions pénales assorties de sanctions spécifiques. Ces mécanismes juridiques visent à garantir la protection, la transparence et l’intégrité du processus électoral, en veillant à ce que chaque étape se déroule conformément aux normes légales et démocratiques établies. En outre, en prévoyant des mesures répressives à l’encontre de toute infraction électorale, cette loi contribue à la préservation de l’ordre public et tend à dissuader tout comportement susceptible de porter atteinte à la stabilité institutionnelle ou au respect des principes démocratiques. Elle a ainsi pour finalité d’assurer la tenue des élections dans un climat apaisé, garantissant la protection des droits et obligations tant des citoyens que des acteurs politiques.

Pourtant, l’existence d’un arsenal juridique relativement développé soulève une interrogation essentielle : à quoi sert une norme pénale électorale si sa violation demeure rarement suivie d’une réponse judiciaire effective ? Le document de base de la présente étude relève déjà le décalage entre la normativité des textes et leur mise en œuvre répressive, ainsi que les difficultés de preuve et de poursuite. C’est la raison pour laquelle le professeur MBATA MANGU soutient que dix-huit ans après l’entrée en vigueur de la constitution il est généralement admis que la justice en RDC est malade en raison de la corruption et du non-respect des exigences de l’Etat de droit. Presque tous les citoyens, y compris ses propres membres, conviennent que le pouvoir judiciaire, qui a un rôle majeur à jouer dans l’administration de la justice, le règlement de litiges juridiques, la protection des droits de l’homme et de la garantie d’élections libres et équitables, n’a pas été à la hauteur pour des nombreuses raisons (MBATA MANGU, 2006). De cette observation découle la problématique principale suivante : pourquoi les infractions électorales, pourtant prévues et sanctionnées par la législation congolaise, demeurent-elles insuffisamment réprimées en République démocratique du Congo ? Cette question appelle plusieurs interrogations subsidiaires : le cadre juridique est-il suffisant ? Quels sont les obstacles à la constatation et à la preuve ? Comment expliquer la faiblesse des poursuites et des condamnations ? Quelle articulation faut-il établir entre contentieux électoral et responsabilité pénale ? Quelles réformes permettraient de renforcer l’effectivité du droit pénal électoral ? L’hypothèse retenue est que l’impunité électorale ne résulte pas principalement d’un vide juridique, mais d’un ensemble de facteurs institutionnels, procéduraux, probatoires et pratiques qui limitent l’application effective des sanctions. La présente étude recourt principalement à la méthode exégétique pour l’analyse des textes, à la méthode analytique pour l’étude des mécanismes répressifs et à une approche critique pour l’identification des insuffisances du système. Elle s’articule autour de trois axes : le cadre juridique et les manifestations des infractions électorales ; les causes de leur impunité ; enfin, les mécanismes susceptibles de renforcer leur répression.

  • [1]La loi n° 06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales telle que modifiée à ce jour.

Résumé : La démocratie électorale ne se réduit pas à l’organisation périodique des élections. Elle suppose également que celles-ci soient organisées dans des conditions garantissant leur régularité, leur sincérité, leur transparence et l’expression libre de la volonté populaire. En République démocratique du Congo, le législateur a progressivement mis en place un dispositif normatif destiné à prévenir, constater et réprimer les comportements susceptibles de compromettre l’intégrité du processus électoral. La législation électorale congolaise incrimine notamment diverses formes de fraude, de corruption, de violence, de falsification et d’atteinte aux opérations électorales. Toutefois, l’existence d’incriminations et de sanctions pénales ne garantit pas, à elle seule, l’effectivité du droit pénal électoral. La pratique révèle un écart entre la normativité des textes et leur application effective. Certaines irrégularités sont dénoncées ou font l’objet d’interpellations et de plaintes, sans nécessairement aboutir à des poursuites judiciaires effectives et, davantage encore, à des condamnations définitives. Cette situation soulève la question de l’impunité des infractions électorales en République démocratique du Congo. La présente étude analyse les fondements juridiques du droit pénal électoral congolais, les principales manifestations de l’impunité ainsi que les facteurs susceptibles de l’expliquer. Elle met en évidence les difficultés liées à la constatation des infractions, à l’administration de la preuve, à l’identification des auteurs, à la conduite des poursuites ainsi qu’à l’articulation entre contentieux électoral et responsabilité pénale. Elle propose enfin des mécanismes destinés à renforcer l’effectivité de la répression électorale.

Mots-clés : infractions électorales, impunité, droit pénal électoral, élections, fraude électorale.

Références bibliographiques

Textes juridiques

  • Constitution de la République démocratique du Congo du 18 février 2006, telle que modifiée et complétée.
  •  Loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales.
  • Loi n°11/003 du 25 juin 2011 modifiant et complétant la Loi n°06/006 du 9 mars 2006.
  • Loi n°15/001 du 12 février 2015 modifiant et complétant la Loi n°06/006 du 9 mars 2006.
  • Loi n°17/013 du 24 décembre 2017 modifiant et complétant la Loi n°06/006 du 9 mars 2006.
  •  Loi n°22/029 du 29 juin 2022 modifiant et complétant la Loi n°06/006 du 9 mars 2006.
  • Décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal, tel que modifié et complété.
  • Code de procédure pénale, tel que modifié et complété.
  • Pacte international relatif aux droits civils et politiques, New York, 16 décembre 1966.
  • Observation générale n°25, Participation aux affaires publiques et droit de vote comité des droits de l’homme des nations unies,
  • Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, Addis-Abeba, 30 janvier 2007.
  • Déclaration sur les principes régissant les élections démocratiques en Afrique, 2002.
  • Code de bonne conduite en matière électorale : lignes directrices et rapport explicatif, CDL-AD(2002)023rev2-cor.
  • Rapports relatifs aux violations des droits de l’homme en lien avec les processus électoraux en RDC. Bureau conjoint des nations unies aux droits de l’homme (bcnudh),
  • WIEBUSCH, Micha et al., « The African Charter on Democracy, Elections and Governance: Past, Present and Future », Journal of African Law, vol. 63, 2018.
  •  
  • Doctrine
  • ELIAS AL-SALAMI. (2021). Le droit pénal électoral : entre exigences d’efficacité et le risque d’impunité,  Un Dp
  • ESAMBO KANGASHE J.-L. Droit pénal électoral in, https://WWW.studocu.com/fr consulté le 18/08/2026 à 11H4O’ ;
  • LUZOLO BAMBI LESSA E-J. (2018). Traité de droit judiciaire, PUC, Kinshasa
  • MALANGO MUYUNGA C. (2018). Droit pénal électoral, Kinshasa, PUC
  • MANASI N’KUSU-KALEBA R.-B. (2023). Code pénal annoté à l’usage de practitiens, DES
  • MBATA MANGU A. (2024). La constitution de la république démocratique du Congo du 18 février 2006 au croisé des chemins : entre révision et changement, Revue africaine de la démocratie et de la gouvernance, (11)1
  • MERLE & VITU. (1967). Traité de droit criminel, Cujas, Paris
  • NYABIRUNGU Mwene SONGA R. & al. (2020). Droit pénal général congolais, Manuel d’enseignement mis à jour, D.E.S, Kinshasa
  • TASOKI MANZELE J.M. (2020). Procédure pénale Congolaise, L’harmattan, Paris
  • WANE BAMEME B. (2014.) Cours de droit pénal spécial, UPC, Kinshasa,…