• TOURISME ET CAPTATION LOCALE DE LA VALEUR EN PAYS ZAFIMANIRY, REGION AMORON’I MANIA, MADAGASCAR
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  • Tokiniaina Horace MANDIMBIARILANTO
  • EDGVM, Université de Mahajanga, Madagascar
  • ORCID iD : 0009-0001-7339-8609
  • htnaval@gmail.com
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  • Guy RAZAMANY
  • Institut des Langues et Civilisations des Îles du Sud-Ouest de l’Océan Indien
  • Université de Mahajanga, Madagascar
  • ORCID iD : 0009-0009-9647-4019
  • razamanyguy@gmail.com
  • &
  • Jean Baptiste RAKOTOARIVELO
  • IUGM, Université de Mahajanga, rue Georges V, bâtiment Kakal, Mahajanga Be,
  • BP 652, 401 Mahajanga, Madagascar
  • ORCID iD : 0009-0002-8236-4395
  • rjbravelo@yahoo.fr

Introduction: Le développement touristique est souvent évalué à partir de la fréquentation, des recettes globales ou encore de la visibilité acquise par une destination. Ces indicateurs restent pourtant insuffisants pour comprendre ce que le tourisme produit réellement à l’échelle d’un territoire rural. Au-delà du nombre de visiteurs, l’enjeu réside dans la circulation de la dépense touristique : les acteurs qui y accèdent, les canaux par lesquels cette dépense transite et, surtout, la part qui demeure effectivement dans l’économie locale. L’Organisation mondiale du tourisme (2004) souligne que la contribution du tourisme à la réduction de la pauvreté dépend notamment de l’accès des populations locales aux marchés, à l’emploi et aux possibilités d’entreprise. Dans une perspective territoriale, Fabry et Zeghni (2012) montrent également que les effets économiques du tourisme sont renforcés lorsque les acteurs locaux sont reliés entre eux et parviennent à structurer une offre cohérente. Il est donc essentiel d’analyser non seulement le volume des activités touristiques, mais aussi le flux des dépenses entre les différents acteurs et la proportion qui demeure effectivement sur place. À Madagascar, cette problématique revêt une importance particulière en raison des disparités en matière d’accessibilité, d’infrastructures, de possibilités de vente et de niveau d’organisation selon les régions. Sarrasin (2007) montre que le tourisme malgache s’est construit à l’articulation d’objectifs économiques, environnementaux et territoriaux dont les effets ne bénéficient pas nécessairement de manière équivalente à l’ensemble des groupes sociaux. Ranaivosoa Rabemananjara (2013), dans ses travaux consacrés à la structuration du tourisme malgache et à ses retombées socio-économiques, insiste également sur la nécessité d’apprécier les effets du tourisme à partir des réalités locales et des formes concrètes d’organisation de l’offre. La création de valeur touristique ne signifie donc pas automatiquement que cette valeur est conservée par les populations vivant dans les espaces visités. Le pays Zafimaniry constitue, à ce titre, un terrain particulièrement pertinent. Le savoir-faire du travail du bois des Zafimaniry a été inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (UNESCO, 2008), renforçant la visibilité internationale d’un territoire déjà reconnu pour son artisanat, son architecture et son organisation sociale. Les recherches menées par Coulaud (1973), de Hammer et Vérin (2004), ainsi que de Vérin et Peltereau-Villeneuve (1991), décrivent un espace montagnard où l’habitat, les pratiques sociales sont étroitement liés aux contraintes de l’accessibilité. Le tourisme se développe ainsi dans un territoire culturellement attractif, mais les échanges entre visiteurs, artisans et prestataires restent sensibles aux difficultés de mobilité, à l’organisation locale surtout aux conditions d’accès au marché. Les travaux de Mancinelli (2013) permettent d’approfondir cette lecture en montrant que l’art Zafimaniry, la patrimonialisation et le développement touristique contribuent à l’émergence de nouveaux « régimes de valeur », au sein desquels interviennent artisans, visiteurs, intermédiaires, institutions et marchands. Condevaux (2020) souligne, de son côté, que la mise en tourisme d’un patrimoine culturel ne peut être réduite à une simple rencontre entre une société locale et une demande extérieure, puisqu’elle transforme également les représentations, les relations sociales et les positions occupées par les différents acteurs. Cette littérature invite de distinguer deux choses. D’un côté, il y a la valeur que le tourisme apporte à un territoire. De l’autre, il y a la part que les acteurs locaux réussissent à garder. Ici, capter la valeur signifie toucher un revenu grâce à une vente, une prestation, un emploi, un achat. La question concerne donc à la fois le montant obtenu occupée dans les échanges. Van der Yeught (2016) rappelle à ce propos qu’une chaîne de valeur touristique durable suppose des relations organisées entre les acteurs d’un même territoire, tandis que Sarrasin (2002) montre, dans le contexte malgache, que l’importance des retombées locales dépend fortement des modalités concrètes de participation des populations aux activités touristiques. En réalité, en pays Zafimaniry, le tourisme repose largement sur des ressources territoriales locales : patrimoine culturel, savoir-faire artisanaux, architecture, paysages et modes de vie. Sur le terrain, pourtant, l’attrait culturel ne garantit pas que les recettes soient partagées de façon régulière entre les acteurs. La dépendance envers des intermédiaires, l’accès inégal aux visiteurs ; un pouvoir de négociation limité peut réduire la part de revenu gardée localement. Ce décalage entre la valeur produite par l’activité touristique reste effectivement en pays Zafimaniry constitue le point de départ de la recherche.

Alors, cela conduit à la question suivante : comment la chaîne touristique en pays Zafimaniry structure-t-elle la captation locale de la valeur ? À partir de cette problématique, l’étude retient l’hypothèse selon laquelle la captation et la rétention locale de la valeur touristique en pays Zafimaniry dépendent principalement de la position des acteurs dans la chaîne touristique, de leur accès direct aux visiteurs, de leur pouvoir de négociation et de la régularité de la fréquentation. L’objectif principal est ainsi d’analyser les mécanismes de captation et de rétention locale de la valeur touristique. Plus spécifiquement, il s’agit d’évaluer la contribution du tourisme aux revenus locaux, d’identifier les principaux pôles de création et de captation de valeur, d’analyser les circuits de circulation de la dépense touristique et de déterminer les facteurs ainsi que les contraintes qui influencent la rétention des revenus sur le territoire.

Résumé : Cet article cherche à mieux comprendre la contribution du tourisme à la création de valeur économique chez les Zafimaniry, dans la région Amoron’i Mania. L’enquête révèle que les revenus issus du tourisme participent aux ressources locales, mais pas de façon égale. Pour beaucoup d’habitants, ils restent un revenu en plus, qui change selon les saisons et le nombre de visiteurs. Les activités principales sont l’artisanat, le guidage, l’hébergement, la restauration et les échanges commerciaux avec les touristes. Grâce à ces activités, une partie de l’argent dépensé par les visiteurs reste aux acteurs locaux. Cependant, les bénéfices ne sont pas partagés de la même façon entre les acteurs. Les personnes qui vendent directement aux visiteurs gardent généralement une part plus importante des revenus. Par contre, faire appel à des intermédiaires, payer des commissions, avoir un faible pouvoir de négociation et manquer de visibilité commerciale réduisent les gains. D’autres difficultés, comme les coûts de transport, les problèmes logistiques et l’irrégularité de la fréquentation, limitent aussi la continuité des activités. Une meilleure organisation des acteurs, des circuits de vente et des services touristiques permettrait de garder plus de revenus sur le territoire. Cela renforcerait la part du tourisme dans le développement local. Elle aiderait aussi à obtenir des revenus réguliers et mieux partagés entre les acteurs locaux.

 Mots-clés : tourisme, valeur, revenus, artisanat, territoire.

TOURISM AND LOCAL VALUE CAPTURE IN THE ZAFIMANIRY TERRITORY, AMORON’I MANIA REGION, MADAGASCAR

 Abstract : This article aims to better understand the contribution of tourism to economic value creation among the Zafimaniry in the Amoron’i Mania region. The survey shows that income from tourism contributes to local resources, but not equally. For many residents, it remains an extra income that fluctuates with the seasons and the number of visitors. The main activities are crafts, guiding, lodging, food services, and trade with tourists. Thanks to these activities, part of the money spent by visitors stays with the local players. However, the benefits are not shared equally among the players. People who sell directly to visitors usually keep a larger share of the income. On the other hand, relying on intermediaries, paying commissions, having low bargaining power, and lacking commercial visibility reduce earnings. Other difficulties, like transportation costs, logistical problems, and irregular visitor numbers, also limit business continuity. Better organization of the players, sales channels, and tourist services would help keep more revenue in the area. This would strengthen tourism’s role in local development and also help secure regular income that is better shared among local players.

Keywords : tourism, value, income, handicrafts, territory.

Références bibliographiques

  • Condevaux, A. (2020). Fabiola Mancinelli, Zafimaniry : L’invention d’une tribu. Art ethnique, patrimoine immatériel et tourisme. Mondes du Tourisme, 17.
  • Coulaud, D. (1973). Les Zafimaniry : un groupe ethnique de Madagascar à la poursuite de la forêt. Étude de géographie humaine. Tananarive.
  • Fabry, N., & Zeghni, S. (2012). Tourisme et développement local : une application aux clusters de tourisme. Mondes en développement, 157(1), 97–110.
  • Hammer, J.-P., & Vérin, P. (2004). À Madagascar, chez les Zafimaniry. Paris : Ibis Press.
  • Mancinelli, F. (2013). Zafimaniry : l’invention d’une tribu. Art ethnique, patrimoine immatériel et tourisme dans une communauté de Madagascar [Thèse de doctorat, Université de Barcelone].
  • Organisation mondiale du tourisme. (2004). Tourisme et réduction de la pauvreté : recommandations pour l’action. Madrid : OMT.
  • Ranaivosoa Rabemananjara, T. N. A. (2013). Structuration du tourisme malgache et retombées socio-économiques : analyses et perspectives : le cas de la descente de la Tsiribihina [Thèse de doctorat, Université de Grenoble].
  • Sarrasin, B. (2002). Tourisme et conservation à Madagascar : quel rôle pour l’écotourisme ? Téoros, 21(3), 60–67.
  • Sarrasin, B. (2007). Géopolitique du tourisme à Madagascar : de la protection de l’environnement au développement de l’économie. Hérodote, 127(4), 124–150.
  • Sarrasin, B., & Ramahatra, H. (2018). Écotourisme et modèle de développement néolibéral à Madagascar. Dans B. Duterme (dir.), La domination touristique (pp. 145–153). Paris : Éditions Syllepse.
  • UNESCO. (2008). Le savoir-faire du travail du bois des Zafimaniry. Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
  • Van der Yeught, C. (2016). Construire une chaîne de valeur « tourisme durable » sur un territoire : une approche par la Théorie de l’Acteur-Réseau. Management & Avenir, 84(2), 159–177.