• LA RESTITUTION DU TAMBOUR-PARLEUR DJIDJI AYOKWE A LA COTE D’IVOIRE : CO-CONSTRUCTION DES SAVOIRS, GOUVERNANCE PATRIMONIALE ET PARTICIPATION DE LA COMMUNAUTE BIDJAN
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  • Yooul Silvie MEMEL
  • Laboratoire des Politiques culturelles et du Patrimoine du Centre de Recherche sur les Arts et la Culture (CRAC), Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC), Côte d’Ivoire
  • silviememelk@yahoo.fr

Introduction: Le patrimoine culturel matériel et immatériel représente, à l’instar de tous les peuples, l’essence de l’identité culturelle des Africains. Fort de cette richesse, il constitue aujourd’hui, un puissant moyen de redynamisation des liens entre l’Europe et l’Afrique dans le contexte de restitution des biens culturels. Cependant, une bonne partie de ces œuvres demeure encore conservée dans les collections occidentales depuis l’époque coloniale. La publication du rapport Sarr-Savoy en 2018 a néanmoins profondément bouleversé les cadres juridiques et éthiques de leur restitution. C’est dans cette perspective que s’inscrit la présente étude intitulée : « La restitution du tambour-parleur Djidji Ayôkwè à la Côte d’Ivoire : co-construction des savoirs, gouvernance patrimoniale et participation de la communauté Bidjan ». La question que soulève cette étude est de savoir comment la participation active de la communauté Bidjan redéfinit les protocoles de gouvernance patrimoniale en Afrique. Cette recherche repose sur l’hypothèse que la participation active de la communauté Bidjan garantit la légitimité sociale et la réussite scientifique du processus de restitution du tambour. L’objectif principal de l’étude est d’analyser l’impact de la participation communautaire Bidjan dans le processus de restitution du Djidji Ayôkwè. Pour atteindre cet objectif, la démarche méthodologique s’appuie sur une approche qui allie la recherche documentaire, les observations participantes menées lors des cérémonies de retour et entretiens semi-directifs réalisés auprès des chefs traditionnels Bidjan, des conservateurs de musée et des chercheurs impliqués dans cet évènement historique. Les données recueillis ont fait l’objet d’une analyse de contenu thématique inspirée des travaux de Laurence Bardin (2013).  Deux fondements théoriques structurent l’étude. Le premier, lié à la justice restaurative appliquée au patrimoine, développée par Sandrine Lefranc (2021) et conceptualisée dans le champ muséal par Wayne Modest (2019), qui appréhende la restitution comme un processus de réparation symbolique visant à restaurer la dignité des communautés spoliées. Le second, fondé sur la théorie de la justice épistémique de Miranda Fricker (2007) dont le but est de déconstruire l’hégémonie des savoirs académiques occidentaux,

valorise l’expertise mémorielle et rituelle des détenteurs de traditions locales.
la lumière de ces approches, la réflexion se s’organise en deux axes. L’analyse s’intéresse d’abord à la présentation du cadre historique et conceptuel de la recherche et l’analyse et à l’implication de la communauté Bidjan dans le processus de restitution. Elle se consacre ensuite à l’examen du modèle ivoirien de gouvernance participative issu de cette expérience.
 

Conclusion: La restitution du Tambour parleur Djidji Ayôkwè, pilier de la mémoire collective des Bidjan, constitue une étape historique dans les politiques patrimoniales ivoiriennes et africaines. L’étude présente le modèle ivoirien de restitution du Tambour Djidji ayôkwè à la Côte d’Ivoire. Cette démarche qui privilégie la co-construction des savoirs et la participation communautaire, s’éloigne du modèle traditionnel pour se positionner comme une gouvernance patrimoniale innovante.  Elle repose sur le principe du partage des connaissances entre l’Etat, les institutions, les chercheurs, les partenaires et les communautés détentrices des savoirs endogènes, longtemps marginalisés. En intégration les communautés locales, à l’instar des Bidjan, ce processus instaure la confiance entre tous les acteurs. Il garantit de fait, la réappropriation du patrimoine et son transfert à la nouvelle génération et invite à la mise en œuvre d’un modèle africain de restitution, s’appuyant sur l’expérience ivoirienne. Il conviendrait ainsi d’institutionnaliser la participation communautaire dans les politiques de restitution, de renforcer la formation à la recherche de provenance, de faire des biens restitués des laboratoires de transmission, et de promouvoir ce modèle au sein des réseaux patrimoniaux africains et internationaux afin d’en faire une référence continentale.

Résumé : La restitution des biens culturels africains constitue un enjeu majeur des politiques patrimoniales internationales. Loin de se limiter aux considérations juridiques et patrimoniales, le processus de restitution repose avant tout, sur l’histoire et l’identité des peuples. Ầ travers l’exemple de la restitution du Tambour-parleur Djidji Ayôkwè à la Cote d’Ivoire, cette étude ambitionne d’évaluer l’apport des Bidjan dans le retour de cet objet patrimonial. Elle analyse les rapports de collaboration entre l’Etat, les institutions publiques, les partenaires, les chercheurs et les communautés locales dans la construction des savoirs. La réalisation de l’étude s’appuie sur la recherche documentaire, l’observation participante et des entretiens semi-directifs. Deux concepts théoriques ont été mobilisées : la justice restauratrice et la justice épistémique considérant la restitution comme un acte de réparation symbolique. Les résultats de l’étude montrent que l’implication des communautés Bidjan dans le processus de restitution garantit la reconnaissance des savoirs endogènes et leur prise en compte dans la gestion du patrimoine. L’étude se positionne dès lors, comme un plaidoyer pour une gouvernance intégrant la voix des communautés, faisant du cas ivoirien une référence en matière de restitution.

Mots-clés : Co-construction des savoirs ; Communauté Bidjan ; Djidji Ayôkwè ; Gouvernance patrimoniale ; Restitution

Références bibliographiques

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  • Ministère de la Culture (2025), Restitution d’un bien culturel à la République de Côte d’Ivoire : Le tambour-parleur Djidji Ayôkwè, République Française. https://www.culture.gouv.fr, consulté le 6 juillet 2026 à 11 h 10 mn.
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  • MEMEL Yooul Silvie. (2024). L’intégration du Tambour-parleur Djidji Ayôkwè dans les collections du Musée des Civilisations : Quelles implications dans la mobilisation des communautés ivoiriennes. (Re)penser le modèle du musée en Afrique. Nouvelles stratégies de renouvellement de l’offre à l’ère des sociétés post-coloniales et de la transition socio-écologique. École du Patrimoine Africain, Porto-Novo, 2025, p. 21.