• LA FETE TRADITIONNELLE DE NA-PΥΥSEM COMME UN MOYEN DE PERENNISATION DE LA CULTURE ET DE LA COHESION SOCIALE : CAS DE BOUSSOU
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  • Abdoul Dramane Karim COMPAORE
  • Université Norbert Zongo, Koudougou, Burkina Faso
  • ORCID : 0009-0004-3356-351X
  • abdouldramanecompaore2@gmail.com
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  • Sobzanga Edouard SAWADOGO
  • Université Catholique d’Afrique de l’Ouest/Bobo Dioulasso
  • ORCID : 0009-0008-6204-0610
  • sesde2019@gmail.com

Introduction: La quête du vivre ensemble, de la cohésion sociale entre les sociétés a toujours été l’une des bases d’une vie paisible entre les peuples. Le manque de la cohésion sociale entraine des conséquences néfastes qui impactent considérablement le développement humain, politique, économique. Ce manque peut causer dans certains cas des différends entre familles, clans, ethnies qui, nécessairement se terminent par les guerres. Fort de ce constat, la chefferie traditionnelle se présente comme un pilier pour faciliter l’entente entre les peuples et préserver la paix au Burkina Faso et dans le monde. L’existence de plusieurs communautés est d’une grande richesse en ce sens que chaque communauté participe de façon singulière à l’édification d’un monde meilleur sur tous les plans. Parmi ces communautés, celle moaaga retient notre attention. La communauté moaaga est une communauté pleine de richesses culturelles mais aussi cultuelles. Ces richesses sont conservées et transmises de génération en génération par le biais de pratiques ancestrales qui existent depuis des temps anciens. En effet, de l’organisation de la société découle une façon de vivre fondée sur le bien-être social. Cette façon de s’organiser implique certaines pratiques culturelles et cultuelles qui sont le fondement de la présente étude. Cette étude qui traite d’une des pratiques chez les Moose à savoir le na-pυυsem (na-pυυsem signifie littéralement « salutation du chef ». C’est une fête coutumière qui marque les salutations des populations à l’endroit du chef qui est leur guide, leur maître mais aussi et surtout leur conseiller) ambitionne de dégager les éléments qui concourent au maintien de l’harmonie, de l’entraide, de la cohésion ; valeurs autrefois exprimées dans les sociétés africaines.  

1.Problématique de l’étude: Le vivre ensemble est le socle d’une société qui ambitionne se développer. Il est nécessaire pour toute nation. En Afrique de façon générale comme au Burkina Faso de façon particulière, le phénomène du vivre ensemble a toujours été une préoccupation pour les différents peuples. Cependant, l’on assiste depuis quelques années à des déstabilisations qui impactent de plus en plus le bon vivre d’antan. Les peuples connaissent des pratiques et des activités qui étaient des régulateurs de l’ordre dans les sociétés. Ces pratiques et ces activités trouvent alors leur place dans le monde actuel qui a besoin de paix, de développement. Dans la localité de Boussou où nous menons la présente étude, le na-pυυsem est l’une des pratiques qui contribuent en grande partie à la régulation de la société, à la sensibilisation au vivre ensemble, à la pérennisation des richesses et valeurs culturelles. C’est dans cette optique que le présent travail trouve son sens d’autant plus que de nos jours, les peuples ont tendance à abandonner cette pratique culturelle et cultuelle. Ainsi, nous nous posons les questions suivantes : que renferme l’expression na-pυυsem ? En quoi le na-pυυsem est facteur de pérennisation culturelle des peuples moose de Boussou ? Dans quel sens cette pratique est source de cohésion sociale pour les populations vivant dans la zone ? Le travail vise les objectifs suivants :1) fournir des informations sur la pratique du na-pυυsem, 2) identifier les raisons pour lesquelles sa pratique est source de pérennisation de la culture des Moose, enfin 3) donner des informations qui montrent que cette fête est source de cohésion sociale.

 Résumé : Chaque société a son organisation et son mode de fonctionnement selon lesquels tout membre de ladite société s’y reconnait. L’existence de plusieurs types de sociétés dans le monde en général et au Burkina Faso en particulier peut expliquer la diversité des pratiques culturelles mais aussi cultuelles dans le monde. Pour le cas du Burkina Faso et selon les types d’organisation et de gouvernance, nous retenons la chefferie traditionnelle qui est une forme d’organisation politique, culturelle et cultuelle mais aussi administrative qui confère aux chefs de villages, aux chefs de cantons, aux rois et aux chefs de terre des prérogatives en matière de prises de décisions relatives à l’administration de leurs territoires. Les peuples moose se reconnaissent dans cette forme de gouvernance. Le chef traditionnel se veut dès lors un guide, un maître et se doit de servir d’exemple pour le peuple qu’il dirige. Dans la localité de Boussou où nous menons la présente étude, le chef traditionnel est considéré comme le reflet de la société, il porte la vision du monde de son peuple et est le garant de la culture ainsi que de l’entente entre le peuple. Cela se manifeste à travers la fête de na-pʋʋsem. L’on se demande dès lors en quoi cette célébration est facteur de sauvegarde et de maintien de la cohésion sociale. La présente étude ambitionne de montrer l’importance de la célébration de cette fête dans la sauvegarde de la culture et le maintien de la cohésion sociale entre les populations. L’étude s’appuie sur des données qualitatives collectées lors de la célébration du na-pʋʋsem et exploite la théorie ethnolinguistique de Geneviève Calame-Griaule (1977) pour l’analyse. 

 Mots-clés : na-pυυsem, pérennisation, culture, culte, cohésion sociale.

Références bibliographiques

  • Belinga S-M.E (1978). Comprendre la littérature orale africaine, Issy-les-Moulineaux : Les classiques africains
  • Calame-Griaule G. (1977). Langues et cultures africaines, essais ethnolinguistiques, CNRS, François MASPERO, Paris
  • Calame-Griaule G. 2009, Ethnologie et langage. La parole chez les Dogon, 3e édition, Limoges, Lambert-Lucas
  • Calame-Griaule G. 2018, Cahier de littérature orale, INALCO.
  • Compaoré A.D.K. (2019) : Étude des proverbes et des devinettes en moore parlé dans la commune de Boussou, U.F.R.-L.S.H, Université Norbert ZONGO.
  • Compaoré A.D.K. et Pitroipa B.Y.  (2022). « Le proverbe moore : outil d’identification et de transmission de la culture des Moose », Sociolinguistique & Didactique, SociD N°7, vol.1.
  • Ouédraogo J-P. Sawadogo S.E. Compaore A.D.K. (2022). « Les contes et légendes moaga : entre tradition orale, culture et éducation », Collection Recherche & Regard d’Afrique, No spécial fin campagne.
  • Zahan D. (1970). Religion, spiritualité et pensée africaines, Paris, Petite bibliothèque Payot