• DECROCHAGE SCOLAIRE AU BURKINA FASO : QUAND L’ECOLE SE HEURTE AUX REALITES SOCIO-ECONOMIQUES ET CULTURELLES
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  • Balibié BATIENON
  • Université Norbert Zongo, Burkina Faso
  • ORCID iD: 0009-0005-2605-8416
  • balibieaz@gmail.com

Introduction: Le décrochage scolaire demeure un défi majeur pour les systèmes éducatifs africains et constitue, au Burkina Faso, un obstacle à l’atteinte des objectifs d’équité et de qualité éducative, particulièrement dans la province du Ganzourgou où pauvreté, insécurité et orpaillage artisanal accentuent les risques d’abandon (UNICEF, 2021). Selon AIB (2025, 19 mars)[1], dans la province du Ganzourgou, plusieurs dizaines d’élèves abandonnent les classes chaque année, essentiellement pour les sites d’orpaillage, avec un taux de déperdition scolaire passé de 3,72% en 2023 à 5,19% en 2024, soit une augmentation de 1,47 % dans la province. Ce qui constitue donc un défi majeur pour le système éducatif et pour l’avenir de la jeunesse burkinabè.  Faisant tache d’huile dans presque toutes les régions du pays, l’abandon scolaire, loin d’être une simple décision individuelle, résulte de l’interaction complexe entre contraintes économiques, normes socioculturelles et contexte sécuritaire, ce qui rejoint l’idée de Bourdieu, P. et Passeron, J. C. (1970 :212) selon laquelle « l’échec scolaire est le produit de mécanismes sociaux de reproduction ». De cette situation découle la question centrale suivante : Comment les contraintes économiques et les normes culturelles locales interagissent-elles pour expliquer le décrochage scolaire au Burkina Faso ? L’objectif de cette étude est d’analyser les déterminants du décrochage scolaire afin de mieux comprendre les logiques qui sous-tendent ce phénomène et de proposer des pistes d’action adaptées. L’hypothèse principale postule que le décrochage scolaire s’explique à la fois par la faiblesse de la rentabilité perçue de l’investissement éducatif et par des logiques sociales qui relèguent l’école au second plan face aux stratégies immédiates de survie. Pour vérifier cette hypothèse, l’approche mixte et l’analyse documentaire ont été privilégiées. L’enquête est menée auprès 150 participants composés d’élèves décrocheurs, de parents, d’enseignants et de responsables administratifs.

L’étude a mobilisé deux théories complémentaires à savoir la théorie du capital humain et la théorie de la reproduction sociale.  La théorie du capital humain, défendue par Becker, G. S. (1964), explique que l’école est un l’investissement dont les bénéfices s’obtiennent à long terme.  Pour ce qui est de la théorie de la reproduction sociale développée par Bourdieu, P. et Passeron, J. C. (1970), elle met en lumière le rôle des structures socioéconomiques et culturelles dans la perpétuation des inégalités sociales. Le recours à ces deux théories permet d’articuler les dimensions économiques et sociales du phénomène et d’éclairer le paradoxe d’une école à la fois valorisée symboliquement mais jugée économiquement et socialement peu crédible.

Résumé : Le décrochage scolaire demeure un obstacle majeur à l’équité éducative et au développement social au Burkina Faso, avec une acuité particulière dans la province du Ganzourgou. Cette étude interroge les dynamiques socio-économiques et culturelles qui expliquent cet abandon scolaire massif, en vue de mieux comprendre à la fois les contraintes structurelles et les logiques culturelles qui sous-tendent le phénomène. Comme hypothèse générale, nous admettons que selon laquelle le décrochage scolaire est la résultante de plusieurs facteurs socioéconomiques et culturels, lesquels diminuent à la fois l’investissement éducatif et la valeur perçue de l’école. A travers un échantillonnage stratifié selon le sexe et le niveau scolaire, 150 personnes ont été interviewées grâce à une approche mixte. Les résultats montrent que la pauvreté des ménages, l’orpaillage artisanal, les mariages précoces, le contexte sécuritaire et le chômage des diplômés constituent les principaux facteurs alimentant le décrochage scolaire au Burkina Faso. L’étude révèle l’école comme un investissement incertain vis-à-vis des contraintes socioéconomiques de survie. L’analyse met ainsi en évidence une représentation contrariée de l’école qui est valorisée par la société, mais perçue comme peu crédible en termes d’investissement. L’étude appelle à des politiques intégrées allant au-delà du cadre scolaire, combinant appuis financiers ciblés, régulation de l’orpaillage, lutte contre les mariages précoces et l’amélioration de l’insertion professionnelle des diplômés.

 Mots-clés : décrochage scolaire, Burkina Faso, déterminants socio-économiques, normes culturelles, équité éducative.

Références bibliographiques

  • Bankole, A. & al. (2017). Facteurs socio-économiques du décrochage scolaire en Afrique de l’Ouest. Dakar: Université Cheikh Anta Diop.
  • Becker, G.,S. (1964). Human Capital: A Theoretical and Empirical Analysis, with Special Reference to Education. New York : Columbia University Press.
  • Bourdieu, P. & Passeron, J.-C. (1970). La reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement. Paris : Éditions de Minuit.
  • Braun, V. & Clarke, V. (2006). Using thematic analysis in psychology. Qualitative Research in Psychology, 3(2), 77–101.
  • Creswell, J. W. & Plano Clark, V. L. (2018). Designing and conducting mixed methods research (3rd ed.). Sage Publications.
  • Denzin, N. K. (1978). The Research Act: A Theoretical Introduction to Sociological Methods. New York : McGraw-Hill.
  • Hanushek, E. A. (1995). Interpreting recent research on schooling in developing countries. World Bank Research Observer, 10(2), 227–246. OUP Academic. [En ligne], consultable sur URL : https://doi.org/10.1093/wbro/10.2.227