N°019_Vol.1_14
- COPROLALIE DISCURSIVE ET HYBRIDITÉ SCRIPTURAIRE : PRÉGNANCE D’UNE POÉTIQUE DE RUPTURE ET DE REFONDATION DANS LA POÉSIE NÉGRO-AFRICAINE. LECTURE STYLISTIQUE DE CAS
- Zana Karim SORO
- Université Alassane Ouattara (UAO)
- ORCID iD: 0000-0000-0000-0000
- soroci0312000148@gmail.com
Introduction:
La stylistique s’intéresse à l’examen technique du matériau langagier, qui fonde les conditions et le caractère spécifique du discours littéraire. La discipline stylistique a connu deux mutations, considérées antagonistes : la stylistique de la langue et la stylistique littéraire. La première, privilégiant l’écrivain et ses desiderata, était qualifiée de « stylistique des intentions ». Si le mérite revient à Marcel Cressot 1942) et à Jules Marouzeau (1946)d’avoir modifié l’orientation de la stylistique, c’est à Michaël Riffaterre (1982) que revient celui d’avoir orienté l’analyse stylistique vers le lecteur. Cette réorientation est appelée « stylistique des effets ». Le lecteur, érigé en valeur suprême, donne vie au texte en y projetant ses images afin de saisir, dans les entrelacs de la matrice textuelle, les significations possibles. De ce fait, « le texte littéraire [devient et] s’analyse comme discours » (G. Molinié et A. Viala, 1993 : 9), obéissant à un système de données qui le valident et contribuent à son décodage au pôle de réception. Lorsque ce système de données est déconstruit dans ses structures internes, élémentaires et formelles, le décodage du message impose une réorientation interprétative du construit discursif. La poésie négro-africaine, partie du bouillonnement intellectuel négritudien, s’est longtemps nourrie de la problématique négro-identitaire posée par la Négritude, relative à la mise en question existentielle du Noir dans le concert des nations. La culture du Noir, en tant que savoir intrinsèque qui lui vaut d’être une digne composante de l’espèce humaine auprès des autres peuples, est atteinte et réduite en calamité par les exactions colonialistes historiques et séculaires. L’ampleur de ce ravalement a valu aux Noirs d’être la risée à la face du monde.
La Négritude donc, tente de revaloriser le patrimoine nègre et de désembourber le Noir du complexe asphyxiant de la petitesse et de l’homme « sans ». Les acquis littéraires de ce processus militantico-identitaire répondent aux exigences d’une poétique de commune vision : un faire voir sombre de la condition du Noir et la volonté de l’ériger en valeur suprême. Pour ce faire, ces poètes négritudiens opèrent une rupture d’avec les principes versificatoires classiques et occidentaux jugés embrigadeurs et étouffants, et adoptent les leurs. Dans le cheminement de cette première rupture opérée, une seconde rupture se fait par une autre catégorie de poètes Noirs. Les œuvres de ces derniers, fondamentalement détournées du doxa négritudien, se caractérisent par une multiplicité de stratégies discursives et déconstructivistes qui complexifient davantage la problématique du littéral. ..
Résumé : La poésie négro-africaine d’expression française, partie du bouillonnement intellectuel négritudien qui a défendu le postulat négro-identitaire face à la baronnie occidentale, affiche désormais les relents d’une poétique désaxation vis-à-vis des axes négritudien. Fabrique d’intertextualité, déstructuration syntaxique et syntagmatique, intégration générique, maillage linguistique, jeu graphique et typographique, sont les procédés nouveaux qui prêtent leur concours à la construction d’un discours poétique qui, détourné des sentiers déjà battus, se tourne vers l’originalité et la ré-création artistique pour un faire-voir du reflet logique de la société.
Mots-clés : Stylistique, Poétique, Discours, Coprolalie, Hybridité.
Références bibliographiques
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