• L’EDUCATION MATRIMONIALE DE LA NOUVELLE MARIEE ENTRE TRADITION ET MODERNITE A DABOLA : UNE LEÇON DE VIE A TRAVERS JAMANAKԑ
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  • Mariame DIALLO
  • Université de Kindia, Guinée/Conakry
  • ORCID iD: 0009-0005-8760-6340
  • mariameabib86@gmail.com
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  • Adama KOALA
  • Université Daniel OUEZZIN COULIBALY, Burkina Faso
  • ORCID iD: 0009-0002-7476-4436
  • adamskoala@yahoo.fr
  • &
  • Moumouni ZOUNGRANA
  • Université Joseph KI-ZERBO, Burkina Faso
  • ORCID iD: 0009-0009-1863-6131
  • zmoumouni44@yahooo.fr

Introduction: L’éducation matrimoniale occupe, dans les sociétés ouest-africaines et particulièrement au sein de la communauté maninka[1] de Dabola, une place essentielle. Elle ne se réduit pas à un ensemble de règles abstraites : elle façonne les comportements, forge l’identité et prépare à un rôle social précis. Transmise avant tout par l’oralité, elle s’exprime à travers des discours, des récits, des proverbes et surtout des chansons, véritables condensés de sagesse et de mémoire collective. Ces productions chantées, souvent interprétées par des aînées, des griottes ou les membres de la belle-famille, offrent à la femme un savoir pragmatique sur la vie conjugale. La chanson Jamanakɛ qui signifie « jeunesse » s’inscrit dans cette dynamique. Elle se distingue par sa fonction initiatique et préventive : elle s’adresse aux jeunes femmes à la veille du mariage pour les préparer aux réalités d’un foyer conjugal souvent idéalisé avant l’union, mais porteur de contraintes, de tensions et de devoirs. En retraçant le passage de la jeunesse à la vie conjugale, elle met en garde, conseille, exhorte et initie la femme aux réalités souvent rudes du mariage. Elle constitue ainsi une source précieuse pour comprendre les valeurs éducatives, morales et sociales transmises par l’oralité féminine. A côté des garants de cette forme traditionnelle d’éducation, s’élève une nouvelle génération de femmes gagnées par les discours féministes, qui n’adhèrent pas à ces idéaux. De plus en plus ces voix remettent en cause cette forme d’éducation traditionnelle de la femme et revendiquent leurs droits. Quelles sont alors les valeurs traditionnelles enseignées à travers Jamanakɛ ? Quelles sont les nouvelles formes de revendication des féministes ? L’étude postule que la chanson exalte, d’une part, la nouvelle mariée en tant que pilier du foyer, contrainte à la patience, à l’abnégation et au respect des valeurs sociales et, d’autre part, présente des femmes qui s’affirment et revendiquent leur place dans la société dominée par le patriarcal. L’objectif qui découle de cette étude consiste à examiner les valeurs ancestrales du mariage transmises par le truchement de la chanson et les nouvelles formes de contestation de ces normes ainsi que les revendications des femmes modernes. Pour ce faire, l’ethnolinguistique initiée par des auteurs à l’image de G. CALAME-GRIAULE (1977), B. POTTIER (1991), Dubois et alii. (1972) sera sollicitée. Cette approche pragmatique des textes oraux consiste à analyser la vision du monde de la société qui a produit la chanson. Elle permettra de comprendre la conception dualiste du mariage qui oppose deux générations dans la société maninka.

[1] Maninka désigne le nom de l’ethnie, l’individu est appelé Malinké et la langue maninkakan

Résumé : Le mariage est un fait de société dont les règles de conduite sont contraignantes et complexes. Par conséquent, une éducation aux bonnes mœurs des jeunes époux, en général et de la nouvelle mariée en particulier, s’avère indispensable pour la stabilité du couple. Ce faisant, à l’égard de l’époux et de la belle-famille, la femme a des obligations dont la connaissance et la pratique conditionnent l’amélioration de son image. Pour l’appropriation de ces valeurs, la société traditionnelle maninka se sert de plusieurs canaux de transmission dont principalement la chanson. Ce choix s’explique non seulement par l’engouement dont cette forme d’expression bénéficie dans les milieux féminins mais aussi par son caractère populaire. Dans l’aire culturelle manding, Jamanakԑ, qui signifie littéralement « jouvence », est l’une des plus anciennes et célèbres chansons de cet inépuisable répertoire destiné à éduquer la jeune fille pour une vie de foyer plus équilibrée. Entonnée par les femmes à l’occasion des cérémonies de mariage, particulièrement pendant le bain nuptial, cette chanson est adressée à la mariée, lui prodiguant des conseils sur ses obligations de femme au foyer. Quels sont les conseils pratiques transmis à travers cette chanson ? La présente réflexion a pour objectif d’analyser les leçons de vie relatives à la vie conjugale enseignées à la nouvelle mariée à travers Jamanakԑ. Elle postule que la femme au foyer n’a que des devoirs. L’approche ethnolinguistique du corpus révèle que celle-ci doit, d’une part, remplir ses devoirs conjugaux et, d’autre part, avoir une bonne attitude envers ses beaux-parents.

Mots-clés : Chanson, féminisme, éducation, mariage, Maninka.

Références bibliographiques

  • DUBOIS, J. & al. (1972). Dictionnaire de linguistique, Paris, Larousse
  • CALAME-GRIAULE G., (1965), Ethnologie et langage. La parole chez les Dogons, Paris, Gallimard 
  • CALAME-GRIAULE G., (1977), Langage et cultures africaines : Essais d’Ethnolinguistique, Paris, Maspero 
  • DABIRE D. R., (1990), « La dot et son rôle dans le mariage traditionnel », Les grandes conférences du Ministère de la Communication et de la Culture/sous la direction de SOMDA. Claude Nurukyor, Ouagadougou, Sankofa, p.167-205 
  • DIALLO, M. (2017), Oralité et éducation à travers les chansons de mariage de la communauté malinké : cas de la commune urbaine de Dabola, mémoire, Lettres Modernes, Université Général Lansana CONTE de Sonfonia 
  • DJONDO, A. (2016), L’image de la femme dans le roman d’Afrique francophone à travers le thème de la polygamie. Thèse ; Université Paris Nanterre