• CONTRIBUTION DE LA COMMUNICATION DE CHANGEMENT COMPORTEMENTAL A L’EDUCATION ROUTIERE DANS L’ENSEIGNEMENT
  • PRIMAIRE A KORHOGO
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  • Assane TRAORE
  • Université Peleforo Gon Coulibaly
  • ORCID iD: 0009-0001-8641-1331
  • assanetraore067@gmail.com

Introduction: La route constitue un élément essentiel du développement socioéconomique, car elle facilite la circulation des personnes et des biens, puis renforce l’intégration territoriale. Sa qualité et son accessibilité sont largement reconnues comme des indicateurs majeurs de croissance et de modernisation des États. Conformément à cette vision, l’Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE, 2016), souligne que les infrastructures routières jouent un rôle stratégique dans la sécurité, la fluidité et la performance des systèmes de transport. En Côte d’Ivoire, l’État consacre des investissements considérables à la construction, à la rénovation et à l’entretien du réseau routier, dans le cadre de la Stratégie nationale de sécurité routière 2021-2025 mise en œuvre par le Ministère des Transports. Convaincu que le facteur humain est central dans l’utilisation de la route, le gouvernement ivoirien initie des initiatives de prévention. Celles-ci reposent sur l’éducation, la sensibilisation et la communication orientées vers les conducteurs, les piétons et particulièrement les écoliers et élèves, futurs citoyens. D’ailleurs, le Ministère de l’Éducation nationale s’inscrit dans cette dynamique en intégrant l’éducation routière aux cours d’Éducation aux Droits de l’Homme et à la Citoyenneté (EDHC), du CP1 au CM2, afin de promouvoir très tôt la construction d’un comportement citoyen.

Par ailleurs, l’usage d’un véhicule motorisé est encadré par des dispositifs légaux (permis, assurance, visite technique), dont le respect est contrôlé par la Police et la Gendarmerie nationale. L’Office de Sécurité Routière (OSER) assure la formation initiale et le recyclage des moniteurs d’auto-école, ainsi que la formation initiale et le recyclage d’inspecteurs de permis de conduire. Il gère également le recyclage des conducteurs professionnels et l’éducation routière en milieu scolaire (Ministère des Transports de Côte d’Ivoire, 2016). Cependant, malgré les efforts structurels et de coaching, l’insécurité routière demeure préoccupante. Aussi, l’Office de Sécurité Routière (OSER) a-t-il, entre autres missions, le recyclage des conducteurs professionnels, la formation initiale et le recyclage des moniteurs d’auto-école, ainsi que l’éducation routière en milieu scolaire (Ministère des Transports, 2016). Cependant, la conjugaison de ces efforts ne semble pas constituer la panacée face au problème de l’incivilité routière. En effet, selon l’OSER, 90 à 95 % des accidents sont imputables aux usagers de la route, parmi lesquels le non-respect du Code de la route, l’imprudence et les comportements à risque (Kouakou, 2024). Selon l’auteur, les piétons et les usagers de deux-roues en constituent les principales victimes, représentant près de 70 % des blessés et plus de 60 % des décès au niveau national.

La ville de Korhogo, capitale du district des Savanes, constitue un espace où l’insécurité routière demeure particulièrement préoccupante. Les données récentes montrent que 41 accidents ont été enregistrés en 2024 contre 64 en 2023, Agence Ivoirienne de Presse (Soro, 2025). Malgré cette légère baisse, les chiffres demeurent élevés, notamment en ce qui concerne les motocyclettes, très utilisées dans la ville. Entre 2020 et 2022, une étude locale a recensé 3 670 accidents impliquant des véhicules à deux-roues, lesquels ont entraîné 5 908 victimes, dont 136 décès (Coulibaly, 2023). Ces données placent Korhogo parmi les localités où les risques routiers sont élevés, en raison notamment du non-respect des feux tricolores, du défaut de port de casque, de l’usage du téléphone en circulation, des excès de vitesse ou encore des traversées anarchiques des piétons, dont les élèves et écoliers. Cet incivisme compromet la formation de citoyens nouveaux, porteurs des valeurs morales et républicaines prônées par les Objectifs de développement durable définis par l’ONU. En effet, ces comportements déviants s’observent quotidiennement sous les yeux des écoliers, futurs citoyens appelés à incarner la posture responsable attendue de ces objectifs internationaux.

Partant du constat que les enfants sont influençables et donc susceptibles d’adopter ces comportements non conformistes, l’interrogation suivante mérite d’être posée : pourquoi les comportements à risque persistent-ils à Korhogo, malgré les actions de sensibilisation, exposant ainsi les écoliers à l’incivilité routière ? À cet égard, l’hypothèse avancée est que l’éducation routière à l’école demeure trop théorique et peu pratique, tandis que les comportements parentaux et l’environnement social influencent fortement ceux des écoliers. L’objectif est d’analyser la contribution de la communication pour le changement comportemental à l’amélioration de l’éducation routière dans les pratiques enseignantes à l’école primaire.

Résumé : Cette étude s’inscrit dans une perspective de communication pour le changement comportemental. Elle analyse l’efficacité de l’éducation routière à l’école primaire face à l’incivilité routière croissante. L’étude a été menée à Korhogo, au nord de la Côte d’Ivoire, dans les circonscriptions de l’enseignement préscolaire et primaire de Korhogo Centre et Sud, plus précisément dans les groupes scolaires Piscine et Soba. Les techniques de collecte des données ont reposé sur l’observation participante, le questionnaire et l’analyse documentaire, menées auprès de 100 écoliers, 16 instituteurs et 02 agents du ministère des Transports. Les principaux résultats issus de l’analyse des données quantitatives et qualitatives ont révélé que les leçons d’éducation routière sont partiellement intégrées au programme de l’Éducation aux Droits de l’Homme et à la Citoyenneté (EDHC). Outre le manque d’autonomie curriculaire, l’absence de partenariat entre l’école et les services locaux du ministère des Transports réduit cette discipline à des enseignements purement théoriques. Cette situation a une incidence négative sur le changement comportemental souhaité. L’étude préconise une communication éducative axée sur des approches pédagogiques expérientielles ainsi qu’une coordination institutionnelle accrue afin de favoriser l’adoption durable de comportements responsables dès les premiers apprentissages scolaires.

Mots-clés : Changement comportemental, Communication, École primaire, Éducation routière, Korhogo

Références bibliographiques