• LE RECIT DE VOYAGE DE ANNE-RENEE BRASSART AU MAROC : NOUVELLES PERSPECTIVES ALTERITAIRES
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  • Salima OUADI
  • Université Mohammed Premier. Oujda, Maroc
  • Laboratoire : Patrimoine culturel et développement
  • ORCID iD: 0009-0004-4277-5733
  • salima.ouadi@ump.ac.ma
  • &
  • Rachida SAIDI
  • Université Mohammed Premier. Oujda, Maroc
  • Laboratoire : Patrimoine culturel et développement

Introduction: Les premières manifestations de la curiosité des écrivaines-voyageuses au Maroc se manifestent au XVIIIe siècle dans des récits de voyage dits de captivité dans le cadre de la course barbaresque[1]. La fin du XIXe siècle va connaître le voyage d’une élite sociale féminine qui jouissait des privilèges de l’autorité coloniale, ces dernières jouaient un rôle dans l’établissement de l’ordre et de la sécurité, elles effectuaient des apostolats ou accompagnaient leurs maris en mission, ou tout simplement, animées par un désir d’aventure, elles cherchaient le dépaysement dans ce pays exotique. Ces femmes voyageuses ont laissé de nombreux textes qui reflètent souvent un regard ambivalent et essentiellement ethnocentrique[2]. Le voyage contemporain au féminin, suggère de nouveaux défis et de nouvelles perspectives, son objectif est la découverte de l’Autre et de l’Ailleurs, certes, mais aussi la découverte de Soi. Le récit de voyage aujourd’hui ne se polarise plus sur des aventures individualistes, des représentations idéologiques, voire anecdotiques, des personnes et des cultures ou bien des descriptions superficielles des paysages pittoresques, il s’agit plutôt d’une requête humaniste et universaliste dont le but ultime reste la connaissance de l’Autre et la tolérance au cœur d’un monde en crise. L’ère contemporaine est (re)connue comme l’heure du contre-discours où « nous sommes devant « une concurrence des discours » » (Saidi, 2024 :74) au point qu’aucune force ne domine la sphère littéraire.

Notre article s’inscrit dans les études contemporaines des récits de voyage dans leur version féminine en soumettant à l’analyse le récit de voyage Au Pays des Berbères de Anne-Renée Brassart, qui a effectué en 2004, un séjour au Maroc qui a duré presque huit ans pour des raisons familiales et professionnelles. Le récit retrace le voyage d’Alice, une femme française qui laisse l’opulence de la vie métropolitaine pour contribuer au travail bénévole dans l’un des villages reculés du Haut Atlas marocain. Loin de la naïveté touristique et de la curiosité aventurière, le voyage d’Alice s’avère comme un appel humanitaire durant lequel la protagoniste découvre non seulement la culture berbère, mais aussi les contrastes territoriaux au Maroc du début de XXIe siècle, les inégalités sociales, l’hypocrisie religieuse, la corruption, l’égoïsme, l’individualisme et d’autres « tumeurs » qui s’infiltrent dans le tissu social marocain et empêchent le développement du Royaume.

Notre recherche consiste à répondre à la question suivante : comment les différentes modalités de la dualité identité-altérité alimentent-elles les défis liés à la diversité culturelle dans les sociétés d’aujourd’hui ? Nous supposons que le texte contemporain remet en question le rapport identité-altérité dans sa perspective eurocentrique liée à l’esprit impérialiste qui résiste encore chez de nombreux voyageurs lorsqu’ils visitent les anciennes colonies de leurs pays.  Pour étayer cette proposition, nous étudierons d’abord la complexité de l’expérience altéritaire, ensuite nous analyserons les procédés de l’interculturalité.

  • [1] Nous citons à titre d’exemple le récit de captivité de Maria ter Meetelen, L’annotation ponctuelle de la description de voyage étonnante et de la captivité́ remarquable et triste durant douze ans de moi, Maria ter Meetelen, et de l’heureuse délivrance d’icelle et mon joyeux retour dans ma chère patrie, le tout décrit selon la vérité́ et mon expérience personnelle (Hoorn, 1748) traduit du néerlandais par G – H Bousquet et G. W Bousquet-Mirandolle, Paris, Larose, 1956.
  • [2] Voir à ce sujet : Latifa Benjelloun-Laroui, Les voyageuses occidentales au Maroc 1860-1956, Casablanca, La croisée des chemins, 2014.

Abstract: While French-speaking female travelers visited Morocco between 19th and early 20th centuries to spread the Christian faith, accompany their husbands on missions, embellish the colonial enterprise, succeed in their own professional careers, or find inspiration for their artistic and literary creations, they now face a new set of challenges. These are no longer simply matters of security that once forced them to travel in disguise, but rather questions of alterity that emerge in a land that is at once alluring and unsettling. In this contemporary era, the motives for traveling to Morocco have shifted for these courageous women, who no longer enjoy the privilege of staying in the sumptuous palaces and luxurious guest houses once reserved for imperialist authorities. Today’s woman is an active traveler, she does not merely leave a trace of her passage by describing the cultures and landscapes she encounters but seeks to demystify stereotypical images. Through the power of her pen, she works to reconcile populations in conflict while crossing the borders of a mysterious world.

Keywords: Travelogue, Morocco, contemporary, identity-alterity, difference.

Références bibliographiques

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  • Benjelloun-Laroui, L. (2014). Les voyageuses occidentales au Maroc 1860-1965, Casablanca, La croisée des chemins
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  • Saidi, R. (2018). « De la culturalité des langues. Le multilinguisme chez Fouad Laroui : identité et Mémoire », Langues, Cultures, Communication -L2C- Volume 2 – N° 2 Juillet – décembre  URL : https://revues.imist.ma/index.php/L2C/article/view/15393/8613.
  • Saidi, R. (2024). « Le Maroc palimpseste : Les récits de voyage du XVIIe siècle à l’ère actuelle », L’Archétype, 2(spécial), 69–76, URL : https://doi.org/10.34874/PRSM.archtype-vol2issspécial.4990.
  • Ter-Meetelen, M. (1956). L’annotation ponctuelle de la description de voyage étonnante et de la captivité remarquable et triste durant douze ans de moi, Maria ter Meetelen, et de l’heureuse délivrance d’icelle et mon joyeux retour dans ma chère patrie, le tout décrit selon la vérité́ et mon expérience personnelle (Hoorn, 1748) traduit du néerlandais par G – H Bousquet et G. W Bousquet-Mirandolle, Paris, Larose
  • Thouroude, G. (2017). La Pluralité des mondes. Le récit de voyage de 1945 à nos jours, Paris, PUPS, « Imago Mundi »
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