• DU ROI DE PIERRE MICHON
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  • Sana AAJOUJ
  • Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Abdelmalek Essaâdi, Maroc
  • Laboratoire de recherche sur le Maghreb et la Méditerranée,
  • ORCID iD : 0009-0009-8894-6514
  • sana.aajouj@etu.uae.ac.ma
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  • Mokhtar CHAOUI
  • Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Abdelmalek Essaâdi, Maroc
  • Laboratoire de recherche sur le Maghreb et la Méditerranée,

Introduction: S’il y a une œuvre qui se prête particulièrement à la méthode psychanalytique, c’est bien celle de Pierre Michon. Hantée par le mystère de la création, elle offre un terrain propice à l’investigation, puisqu’elle présente la création comme un terrain de conflit psychique fondamentalement lié à l’identité et à la filiation. Dans Corps du roi, cette problématique se cristallise notamment autour de la figure de Victor Hugo dont la stature monumentale semble occuper l’espace symbolique et confronter l’écrivain à l’impossibilité de rivaliser avec un prédécesseur érigé en modèle absolu. La quête d’identité et le désir incommensurable de gloire du narrateur se heurtent ainsi à l’image d’un père de la horde qui s’accapare l’espace symbolique. Dès lors, la recherche se structure autour de la question suivante : comment le sujet-écrivain peut-il subjectiver son propre désir de création et accéder à la souveraineté de l’Auteur alors que le lieu symbolique de la littérature est d’emblée saturé par une imago paternelle castratrice et écrasante ? Nous faisons l’hypothèse que cette représentation de Hugo comme figure fascinante et écrasante permet à l’écrivain de penser la filiation comme un processus conflictuel de confrontation, de dépassement et de réappropriation de l’héritage. Pour répondre à cette problématique, notre analyse mobilisera certains concepts fondamentaux de la psychanalyse, notamment l’imago paternelle, le signifiant du désir, les mécanismes de défense ou le meurtre du père. Il s’agira ainsi de mettre en lumière la manière dont Michon inscrit la création littéraire dans une dynamique de filiation conflictuelle au sein de laquelle l’écrivain doit affronter la figure tutélaire de son prédécesseur afin de conquérir sa propre parole créatrice.

Victor Hugo ou l’imago du père primitif : la fascination devant le « Crocodile »: Dans Corps du Roi, Michon ne traite pas Victor Hugo comme un simple prédécesseur, mais comme une entité biologique et symbolique totale, un père impossible qui évoque la figure freudienne du père de la horde, issue de Totem et Tabou (1965) : « un père violent, jaloux, gardant pour lui toutes les femelles et chassant ses fils, à mesure qu’ils grandissent » (p. 162).=…

Résumé : Cet article interroge les modalités de la filiation littéraire dans Corps du roi de Pierre Michon à partir d’une approche psychanalytique. Loin de se réduire à un héritage biologique ou à une simple transmission culturelle, la filiation y prend la forme d’un rapport conflictuel où l’écrivain construit son identité en affrontant les figures tutélaires qui le précèdent. L’espace littéraire devient ainsi une véritable scène œdipienne, dans laquelle la conquête de la parole créatrice passe par une confrontation avec le père symbolique. L’analyse portera plus particulièrement sur la figure de Victor Hugo, dont la stature monumentale fonctionne comme une imago paternelle à la fois fascinante et écrasante. Cette présence engendre chez le narrateur une tension entre aspiration à la gloire, sentiment d’insuffisance et désir de s’inscrire dans une lignée d’écrivains. En mobilisant des concepts issus de la psychanalyse, tels que l’imago paternelle, le complexe d’Œdipe, la sublimation et le meurtre symbolique du père, cette étude montrera que la création littéraire se construit à travers une dynamique de filiation conflictuelle. Il s’agira ainsi de mettre en évidence que Corps du roi ne représente pas seulement une relation à des prédécesseurs prestigieux, mais reconfigure la filiation comme un processus de transmission symbolique fondé sur le conflit, le dépassement et la réappropriation de l’héritage. La littérature apparaît dès lors comme le lieu où se négocie l’inscription de l’écrivain dans une généalogie artistique, faisant de la filiation un enjeu essentiel de la création.

Mots-clés : filiation littéraire, création littéraire, figure parentale, Pierre Michon, psychanalyse

Références bibliographiques

  • Michon, P. (2002). Corps du roi. Verdier.
  • Freud, S. (1965). Totem et Tabou : interprétation par la psychanalyse de la vie sociale des peuples primitifs (S. Jankélévitch, trad.). Payot.
  • Lacan, J. (1981). Le Séminaire, Livre III : Les psychoses (1955-1956) (J.-A. Miller, Éd.). Seuil.