• FACTEURS ASSOCIES A LA SURVIE DES ENTREPRISES EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO : INFLUENCE DE LA FORMALISATION
  • ET DE L’ENVIRONNEMENT D’IMPLANTATION
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  • Erick BIDUAYA PANU
  • Chercheur et apprenant au troisième cycle, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education, Département de Gestion des Entreprises et Organisation du Travail à l’Université de Kinshasa
  • divindisi75@gmail.com

Introduction: La littérature sur la démographie des entreprises s’est construite autour de plusieurs traditions complémentaires. Une première filiation, inspirée de la pensée marshallienne, envisage les entreprises comme des populations en renouvellement permanent. Naissances, croissances, déclins et disparitions y sont interprétés comme des mouvements comparables à ceux d’un écosystème économique, où concurrence, adaptation et accès aux ressources influencent la structure du tissu productif. Une deuxième filiation, schumpétérienne, met l’accent sur la destruction créatrice. L’innovation, l’entrepreneuriat et la recombinaison des ressources modifient continuellement les positions acquises. Les travaux évolutionnistes de Nelson et Winter prolongent cette intuition en soulignant l’hétérogénéité des routines, des capacités d’apprentissage et des trajectoires d’entreprises. La firme n’y apparaît pas comme une unité homogène et représentative, mais comme une organisation dotée de capacités propres, soumise à des processus de sélection et d’adaptation.

L’écologie des organisations apporte un ancrage particulièrement utile à l’analyse de la survie. Stinchcombe a mis en évidence la « responsabilité de la nouveauté », c’est-à-dire la vulnérabilité des jeunes organisations confrontées aux coûts d’apprentissage, de coordination et de légitimation. Hannan et Freeman ont formalisé l’analyse des populations d’organisations en insistant sur l’inertie structurelle, les niches environnementales et les mécanismes de sélection. Dans cette perspective, l’âge de l’entreprise, l’exposition au risque de fermeture et la durée de vie deviennent des objets centraux. Les approches par les ressources complètent cette lecture. La Resource-Based View, associée notamment à Barney, considère que les différences de performance et de résistance s’expliquent en partie par les ressources financières, humaines, organisationnelles, technologiques et relationnelles disponibles. Appliquée à l’origine du capital, cette approche aide à comprendre pourquoi les entreprises à capitaux étrangers peuvent bénéficier d’avantages liés au financement, aux réseaux, aux technologies, aux compétences de gestion ou à l’expérience internationale. Ces avantages ne doivent cependant pas être supposés mécaniquement. Dans un environnement institutionnel complexe, l’ancrage local, la connaissance des marchés et la capacité à composer avec les pratiques administratives peuvent aussi soutenir la survie des entreprises à capitaux congolais.

La théorie du capital humain, notamment chez Becker, éclaire le rôle des caractéristiques du promoteur. Le niveau d’instruction, l’âge et les acquis professionnels peuvent améliorer les capacités de gestion, de planification, de négociation et d’adaptation. Dans les contextes où l’information est imparfaite et où l’accès aux services d’appui demeure inégal, ces caractéristiques deviennent parfois des ressources décisives. Elles ne garantissent pas la survie, mais orientent la manière dont le promoteur interprète les contraintes, mobilise les opportunités et organise l’activité. Les approches institutionnelles, avec North et les prolongements de Peng et ses coauteurs, rappellent que les entreprises évoluent dans un système de règles formelles et informelles. Les procédures administratives, la sécurité juridique, les normes sociales, les conditions d’accès au crédit, les inégalités de genre, la fiscalité et les pratiques de régulation influencent les coûts de fonctionnement et la légitimité des unités économiques. La forme juridique, le sexe du promoteur et la perception du climat des affaires ne sont donc pas de simples caractéristiques descriptives : ils renseignent sur les conditions d’accès aux ressources, aux marchés, à la reconnaissance institutionnelle et aux dispositifs d’appui. L’économie des coûts de transaction et la logique d’agglomération permettent enfin de situer l’effet du milieu d’implantation. Williamson insiste sur les coûts liés à la négociation, au contrôle et à l’exécution des transactions. Marshall a montré l’importance des externalités d’agglomération, notamment l’accès aux marchés, à la main-d’œuvre, aux informations et aux infrastructures. En RDC, les écarts entre milieux urbains, semi-urbains et ruraux peuvent influencer la survie par l’accès différencié aux services publics, aux clients, aux fournisseurs, aux réseaux et aux infrastructures.

Sur le plan méthodologique, l’analyse de la survie des entreprises repose sur des outils éprouvés. L’estimateur de Kaplan-Meier permet de reconstruire des courbes de survie en tenant compte des censures. Le test du log-rank compare les fonctions de survie entre groupes. Le modèle de Cox à risques proportionnels estime l’association entre des covariables et le risque instantané de fermeture, sans imposer une forme paramétrique à la fonction de risque de base. Ces outils, issus initialement de la biométrie, sont aujourd’hui largement utilisés en démographie des entreprises. Les travaux empiriques internationaux montrent que la survie varie selon l’âge, la taille, le secteur, les conditions d’entrée, la structure de propriété et l’environnement institutionnel. Audretsch a souligné la sensibilité des jeunes entreprises aux conditions technologiques et sectorielles. Mata et Portugal ont mis en évidence des différences de survie selon les caractéristiques initiales et l’environnement concurrentiel. López-García et Puente ont insisté sur l’effet de la conjoncture et des conditions d’accès aux ressources. Dans ce prolongement, Wagner et Weche Gelübcke ont étudié la relation entre propriété étrangère et survie des entreprises, montrant l’intérêt d’une analyse spécifique de l’origine du capital. Appliquée à la RDC, cette littérature révèle une lacune importante. Les diagnostics disponibles évoquent souvent l’informalité, les difficultés d’accès au crédit, les contraintes administratives et les déficits d’infrastructures, mais les études fondées sur des microdonnées nationales et des modèles d’analyse de durée restent limitées. Le RGE 2019 offre donc une opportunité scientifique significative. Sa couverture nationale et la disponibilité de variables individuelles permettent d’examiner, avec prudence mais rigueur, les facteurs associés à la survie des entreprises créées entre 2010 et 2019….

Résumé : Cette étude examine les facteurs associés à la survie des entreprises en République démocratique du Congo, avec un accent particulier sur la formalisation et l’environnement d’implantation. Elle s’appuie sur les données du Recensement général des entreprises (RGE) de 2019 et porte sur les entreprises créées entre 2010 et 2019. L’étude adopte une démarche quantitative, documentaire, comparative et rétrospective. L’analyse repose d’abord sur le test du chi-deux afin d’identifier les associations entre les caractéristiques des entreprises et leur situation de survie, puis sur le modèle de Cox pour apprécier leur relation avec le risque instantané de fermeture. Les résultats montrent une association statistiquement significative entre la forme juridique, le milieu d’implantation, le climat des affaires et la survie des entreprises. Le modèle de Cox indique notamment que la formalisation est associée à un risque de fermeture plus faible (HR = 0,815), tandis que le climat des affaires et le milieu d’implantation présentent respectivement des rapports de risque de 1,045 et 1,184. Ces résultats suggèrent que la survie entrepreneuriale en RDC ne dépend pas uniquement des caractéristiques internes des entreprises, mais également de leur degré de formalisation et des conditions de leur environnement. Toutefois, les résultats doivent être interprétés comme des associations statistiques et non comme des relations causales directes.

Mots-clés : survie des entreprises, formalisation, environnement d’implantation, climat des affaires, risque de fermeture, RDC.

FACTORS ASSOCIATED WITH BUSINESS SURVIVAL IN THE DEMOCRATIC REPUBLIC OF CONGO: THE INFLUENCE OF FORMALIZATION AND BUSINESS ENVIRONMENT

 

Abstract : This study examines the factors associated with business survival in the Democratic Republic of Congo, with particular emphasis on formalization and the business environment. It draws on data from the 2019 General Census of Enterprises and focuses on businesses created between 2010 and 2019. The study adopts a quantitative, documentary, comparative, and retrospective approach. The analysis first uses the chi-square test to identify associations between business characteristics and survival status, followed by the Cox proportional hazards model to assess their relationship with the instantaneous risk of business closure. The findings reveal statistically significant associations between legal status, location, perceived business climate, and business survival. The Cox model indicates that formalization is associated with a lower risk of closure (HR = 0.815), whereas the business climate and location show hazard ratios of 1.045 and 1.184, respectively. These findings suggest that business survival in the DRC is not determined solely by firms’ internal characteristics but is also related to their degree of formalization and the conditions of their operating environment. However, the findings should be interpreted as statistical associations rather than direct causal relationships.

Keywords: business survival, formalization, business environment, business climate, closure risk, Democratic Republic of Congo.

Conclusion: Au terme de cette étude, il ressort que la survie des entreprises en République démocratique du Congo est associée à plusieurs caractéristiques de leur environnement institutionnel et territorial. La forme juridique, le milieu d’implantation et le climat des affaires présentent tous des relations statistiquement significatives avec la situation de survie des entreprises. Les résultats du modèle de Cox suggèrent notamment que les entreprises formalisées seraient exposées à un risque de fermeture relativement plus faible, tandis que certaines caractéristiques de l’environnement d’implantation seraient associées à une variation du risque de fermeture. Ces résultats montrent l’intérêt de renforcer les conditions permettant aux entreprises de s’inscrire durablement dans l’économie formelle et d’améliorer leur environnement d’activités. Ils invitent également à poursuivre les recherches à partir de données longitudinales plus détaillées afin de mieux comprendre les mécanismes qui expliquent les trajectoires de survie et de disparition des entreprises en RDC.

Références bibliographiques

  • Barney, J. (1991). Firm resources and sustained competitive advantage. Journal of Management, 17(1), 99–120. https://doi.org/10.1177/014920639101700108
  • Becker, G.S. (1964). Human capital: a theoretical and empirical analysis, with special reference to education. Chicago, IL: University of Chicago Press.
  • Chandler, A. D., Jr. (1977). The visible hand: The managerial revolution in American business. Harvard University Press.
  • Davis, S. J., Haltiwanger, J. C., & Schuh, S. (1996). Job creation and destruction. MIT Press.
  • Cox, D. R. (1972). Regression models and life-tables. Journal of the Royal Statistical Society: Series B (Methodological), 34(2), 187–220. https://doi.org/10.1111/j.2517-6161.1972.tb00899.x
  • Kaplan, E. L., & Meier, P. (1958). Nonparametric estimation from incomplete observations. Journal of the American Statistical Association, 53(282), 457–481. https://doi.org/10.1080/01621459.1958.10501452