N°021_Vol.4_15
- DE LA CHAIR MARTYRISEE AU LABORATOIRE DE GUERRE : ENJEUX TECHNIQUES ET POLITIQUES DE LA MEDECINE DANS
- LA CHAMBRE DES OFFICIERS
- Sylvie ZOHIN épse GOHOU
- Université Alassane Ouattara, Bouaké
- divineprunelleg@gmail.com
Introduction: La question du corps souffrant a souvent fait l’objet de la littérature française, en référence à la Peste d’Albert Camus ou au Malade imaginaire de Molière. Sa résurgence dans la littérature contemporaine et précisément dans un roman du vingtième siècle tel que La chambre des officiers (1998), notre corpus, porte une originalité qu’interroge ce sujet : De la chair martyrisée au laboratoire de guerre. Enjeux techniques et politiques de la médecine dans La Chambre des officiers. Mettre en lumière la pratique balbutiante de la chirurgie maxillo-faciale et les enjeux politiques de la médecine en contexte de guerre est l’objectif de cette analyse. Comment la représentation de la chirurgie réparatrice et de l’institution médicale en générale dépasse-t-elle le témoignage historique des douleurs pour devenir une critique politique et une réflexion sur la condition humaine en temps de guerre ? L’hypothèse qui en découle est la suivante : Si la médecine militaire du Val-de-Grâce objective et dissimule le corps brisé des soldats pour servir l’effort de guerre, notre corpus se veut un porte flambeau des « gueules cassées » pour restituer leur dignité d’homme. Nous allons utiliser respectivement la théorie du trauma de Susan Sontag (1979) qui lit la blessure grave, dans la littérature, comme un mode d’expression et celle des « institutions totales » (1968) à l’exemple de l’hôpital du Val-de-Grâce, telles que décrites par Goffman qui sont des espaces où l’on exclut l’individu du monde extérieur par souci de contrôle. Elles s’adossent à une méthodologie fusionnelle appelée la narrato-socio-politique. Notre plan d’analyse se structure en deux temps. D’une part, le Val-de-Grâce sera examiné comme un laboratoire médical pour soldats blessés, lieu d’expression d’une typologie des traumatismes de la guerre industrielle et de leur cortège de douleurs consécutives aux chirurgies expérimentales. D’autre part, la médecine sera interrogée entre éthique du soin et gestion politique, en confrontant l’humanisme des infirmières à la froideur professionnelle des médecins, avant d’aboutir à la manipulation politique des corps réduits à l’état de « monstres » invisibles. »
1.Le Val-de-grâce comme laboratoire médical pour les soldats blessés
En plein guerre de 14/18, l’hôpital, le val de grâce devient un symbole de la blessure qui, dans la théorie du trauma de Susan Sontag élaborée dans son ouvrage intitulé Maladie comme métaphore (1979), devient un langage et un mode d’expression dans la littérature. En effet, suite à un éclat d’obus Fournier le narrateur s’y retrouve. De là, nous allons décrypter une typologie des blessés avant d’arriver à la sémantique de la douleur.
Résumé : L’étude de la médecine dans la chambre des officiers de Marc Dugain s’est faite sur la base des théories du trauma de Sontag et des institutions totales de Goffman sur fond d’une méthodologie fusionnelle appelée narrato-sociocritique-politique. Dans l’objectif de populariser l’histoire des « gueules cassés », le corpus de Dugain a fait connaitre une typologique des blessures de la première guerre mondiale, dont la maxillo-faciale principalement. Il décrit également les douleurs atroces qui en découlent à la suite des chirurgies réparatrices en phase d’expérimentation. Ensuite, il est fait état du rapport entre les soldats victimes et le corps médical. Pendant que les infirmières représentent la bienveillance et la sollicitude, les médecins se distinguent par une distance émotionnelle nécessaire à la science et à leur santé mentale face à tant d’horreurs. Les politiques ont mis en place un dispositif médical pour soigner leurs blessés de guerre dont les défigurés appelés « gueules cassées » sont à sortir des radars pour préserver l’opinion publique française des désastres humains et entretenir l’illusion de la victoire.
Mots-clés : Médecine, blessures, soldats, éthique, politique.
Références bibliographiques
- BECKER, A. (1998) Oubliés de la Grande Guerre : humanitaire et culture de guerre, 1914-1918, Paris.
- CANGUILHEM, G. (2013) Le Normal et le Pathologique, Paris, Presses Universitaires de France.
- DELAPORTE, S. (2000) Les Gueules cassées : Les blesses de la face de la Grande Guerre, Paris.
- DUCHET, Claude. (dir.). (1979). Sociocritique. Paris, Nathan-Université
- DUGAIN, M. (1998) La Chambre des officiers, Paris, Editions Jean-Claude Lattes.
- FOUCAULT, M. (1963) Naissance de la clinique : une archéologie du regard médical, Paris, Presses Universitaires de France.
- GENETTE, Gérard. (1972). Figures III. Paris, Seuil.
- GOFFMAN, E. (1968) Asiles : Etudes sur la condition sociale des malades mentaux, Paris, Editions de Minuit.
- LEVINAS, E. (1990) Totalité et Infini : Essai sur l’extériorité, La Haye, Le Livre de Poche.
