N°021_Vol.1_12
- LA COMMUNICATION DES INSTITUTIONS PUBLIQUES A L’ERE DU NUMERIQUE AU BURKINA FASO : ENTRE CONTRAINTES SOCIOTECHNIQUES, OPPORTUNITES ET EFFETS AMBIVALENTS
- Evariste DAKOURE
- Université Aube Nouvelle
- ORCID iD: 0009-0009-5360-2412
- evaristedakoure@hotmail.com
- &
- Dialinli LOMPO
- Université Joseph Ki-Zerbo
- ORCID iD: 0009-0001-9115-777X
- lomdiass@yahoo.fr
Introduction: De nos jours, le progrès technique et scientifique a fortement impacté plusieurs secteurs dont celui de l’information et de la communication. Les canaux d’information et de communication qui étaient jadis entre autres, l’affiche, la presse imprimée, la radio ou la télévision dans les institutions publiques burkinabè sont aujourd’hui complétés par des outils numériques. Avec l’arrivée des outils numériques dans les pratiques communicationnelles de ces institutions publiques, cela a engendré des mutations, de la nouveauté dans les conditions et manières avec lesquelles ces organisations échangent avec leurs différents publics. Qu’il s’agisse de contenu, de format, d’émetteur ou encore de support, les pratiques communicationnelles de ces institutions ont évolué. En effet, si la communication traditionnelle a toujours joué un rôle prépondérant dans le système de communication des institutions publiques, force est de constater que de nos jours, nous sommes dans une période d’« hybridations » des pratiques entre usage d’outils traditionnels de communication et usages d’outils numériques connectés.
Dans cette nouvelle ère, les attentes et les besoins des populations imposent aux institutions plus de proximité, de transparence et de réactivité. Et à ce niveau, la communication numérique se présente comme un outil de prédilection de bon nombre d’institutions publiques pour offrir des services aux publics tout en créant un contact avec ces publics afin de mieux répondre et de manière adaptée à leurs besoins et attentes. Conscientes de cela, des institutions publiques burkinabè en l’occurrence l’ALP, le CSC, la mairie centrale de Ouagadougou et le MTDPCE vont chercher à intégrer dans leur système de communication, des outils numériques afin de répondre aux besoins et attentes des usagers de plus en plus exigeants. Mais afin de créer les contacts avec eux en établissant un dialogue régulier pour des relations durables. Ces outils vont des sites web institutionnels, aux pages Facebook officiels en passant par des groupes et des chaines WhatsApp et YouTube.
Cependant, derrière l’espoir suscité par cette transition numérique, l’intégration et l’appropriation de la communication numérique se heurtent à des facteurs qui pèsent en défaveur des efforts consentis par les différents acteurs. Il s’agit entre autres, de la fracture numérique, du manque de culture numérique, de la dépendance numérique, de la cybercriminalité et du terrorisme. C’est dans ce sens que Firmin Gouba soutient que la digitalisation de la communication au Burkina Faso, « bien que portée par des impératifs d’efficacité, de visibilité et d’innovation, s’inscrit dans un contexte sociotechnique encore fragile, marqué par des inégalités d’accès, des compétences numériques inégalement réparties, et des cultures organisationnelles parfois réticentes au changement » (2025 :206). Ce contexte commande que les porteurs de projets de digitalisation d’institutions publiques pour l’optimisation de services rendus aux citoyens soient davantage ingénieux dans les choix de leurs outils et dans leur approche communicationnelle. Dès lors, on peut se poser les questions ci-dessous. Quels sont les outils numériques que l’ALP, le CSC, la mairie centrale de Ouagadougou et le MTDPCE mobilisent en vue de réussir l’intégration de la communication numérique dans leur système de communication ? Quelles sont les contraintes auxquelles les organisations étudiées font face dans leurs pratiques de communication numérique ? Quelles sont les incidences de l’introduction du numérique dans les pratiques communicationnelles des institutions étudiées ? De ces questions, découlent les objectifs ci-après :aAnalyser les outils numériques mobilisés par les institutions étudiées en vue de réussir l’intégration de la communication numérique dans leur système de communication ; examiner les contraintes sociotechniques auxquelles fait face la promotion de la communication numérique par les organisations publiques étudiées ; analyser les effets de l’intégration de la communication numérique dans les pratiques de communication des organisations étudiées. Avant d’apporter des éléments de réponse aux questions ci-dessus mentionnées, nous émettons d’ores et déjà les hypothèses ci-dessous.
L’ALP, le CSC, la mairie centrale et le MTDPCE utilisent des outils digitaux variés qui tiennent compte des dispositifs numériques les plus utilisés au Burkina Faso ; la promotion de la communication numérique par les organisations publiques étudiées se heurte à des contraintes sociotechniques auxquelles elles essaient de s’adapter ; les pratiques de communication numérique des organisations étudiées ont des effets limités du fait de contraintes sociotechniques et d’un manque de culture numérique du côté des citoyens.
Cet article, qui exploite de données de terrain d’une recherche empirique, se propose d’abord d’analyser des pratiques de communication numérique de quatre institutions publiques que sont l’ALP, le CSC, la mairie centrale de Ouagadougou et le MTDPCE. Ensuite, cette étude met en exergue les facteurs défavorables à ces pratiques communication numérique en analysant un ensemble de contraintes à prendre en compte pour étudier et mieux comprendre l’adoption et l’appropriation de la communication numérique par ces organisations. Et enfin, nous examinons les incidences de l’introduction du numérique dans les pratiques communicationnelles des institutions étudiées.
Résumé : La communication numérique s’impose de plus en plus au Burkina Faso, depuis plus d’une décennie, comme un levier stratégique dans les organisations publiques ou privées. En effet, l’expansion d’Internet et des technologies de l’information et de la communication ont marqué un tournant important dans le système de communication des organisations. Ces outils constituent des moyens alternatifs qui permettent aux organisations d’échanger directement et de façon diligente des informations et des données avec leurs publics cibles. Ainsi, pour mieux répondre aux besoins et attentes sans cesse croissants des usagers, l’Assemblée Législative du Peuple (ALP), le Conseil Supérieur de la Communication (CSC), la mairie centrale de Ouagadougou et le Ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications Électroniques (MTDPCE) ont décidé de mobiliser plusieurs outils numériques pour se rendre plus présentes, accessibles et attractives. Pour ce faire, des réseaux socionumériques (RSN), des sites web institutionnels et des plateformes collaboratives ont été intégrés dans les pratiques communicationnelles de ces organisations afin de leur permettre de mieux dialoguer avec leurs usagers et d’établir, avec eux, des relations durables. Si, l’adoption de la communication numérique enchante autant qu’elle fascine car les outils numériques véhiculent l’image d’une administration moderne et répondant aux exigences de réactivité, de transparence et de participation croissante des parties prenantes ; face à cela, il faut cependant noter que les effets escomptés qui ont motivé une mobilisation enthousiaste d’outils numériques ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. En effet, les pratiques communicationnelles réelles de ces organisations prennent place dans un environnement qui révèle la présence de facteurs défavorables tels que la fracture numérique, le déficit de culture numérique, la cybercriminalité et la dépendance numérique, qui loin d’être des obstacles infranchissables, réduisent tout de même la portée réelle de la communication numérique étudiée.
Mots-clés : communication numérique, effets ambivalents, facteurs défavorables, outils numériques
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