• COMPETENCE LINGUISTIQUE DES ENSEIGNANTS DU PRIMAIRE ET PERFORMANCE DES ELEVES AU TCHAD
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  • Celestine NEMADJI
  • Ecole Normale Supérieure de N’djamena
  • ORCID D : 00009-0001-9316-1297
  • celesnemadji@gmail.com

Introdution: L’enseignement est une profession d’une noblesse incontestable. Ceux qui l’exercent sont appelés à incarner, en toutes circonstances, l’excellence, la dignité et le sens élevé de l’éthique. L’enseignant ne se limite pas à la transmission des connaissances, il représente également un modèle pour ses élèves. porteur de valeurs, il inspire par son attitude ses élèves et constitue une référence en matière de conduite et de comportement. A ce titre, il lui revient également de stimuler la réflexion intellectuelle et de contribuer à l’éveil des esprits au sein du système éducatif. En effet, la relation qui se noue entre l’enseignant et l’élève, fondée sur l’interaction et la communication, constitue un outil fondamental du développement intellectuel de ce dernier.  Cette dynamique ne saurait opérer efficacement sans une solide compétence de la part de l’enseignant. Pour ce faire, dans le système éducatif, la qualité de l’enseignement dépend fortement des compétences professionnelles des enseignants parmi lesquelles la maîtrise de la langue d’enseignement est fondamentale. Le français est une langue officielle d’enseignement au Tchad dans le sous système fracophone malgré que les enseignants et les élèves evoluent dans les milieux où Presque latotalité de la population s’exprime purement en langues nationales. Cela est source de  la tension linguistique qui peut affecte le processus d’enseignement-apprentissage. Les enquêtes du PASEC et de la Banque Mondiale ont fait ressortir le très faible niveau de performance des élèves tchadiens en lecture. Une part importante d’élèves ne parvient à atteindre les seuils minimaux de compétence, ce qui interroge la qualité de l’enseignement dispensé. Dans ce contexte, il devient pertinent d’analyser le rôle des compétences linguistiques des enseignants dans la production des résultats  scolaires des élèves.

Après les indépendances, l’enseignement primaire bénéficiait d’un système de recrutement fondé sur l’excellence académique. Les élèves les plus brillants étaient sélectionnés dans toutes les écoles du pays et admis dans les écoles normales pour y recevoir une formation professionnelle de qualité. Les instituteurs ainsi formés, ont généralement une compétence avérée. Après la conférence de Jomtien en 1990, avec la politique de l’Éducation pour Tous et l’augmentation spectaculaire de l’effectif des élèves, le besoin en enseignant se fait sentir. La politique de massification a mis en place les mécanismes de recrutement assouplis. Même si les concours constitutent le principal moyen d’accès à la profession, le critère d’excellence n’apas été observé avec beaucoup de rigueur comme dans le passé. Les 2/3 des enseignants sont des maîtres communautaires, soit un pourcentage de 72% (PNUD,2010), avec comme résultat  un rendement médiocre qui se traduit par le phénomène de redoublement des élèves. En 2012-2013, sur 37336 enseignants recensés au primaire, 76% étaient des maîtres communautaires.

Par ailleurs, l’insuffisance de l’offre éducative publique de l’État à répondre seul à la demande croissante de scolarisation a favorisé la création d’écoles communautaires et privées. Dans de nombreux cas, ces établissements ont recruté des enseignants parmi des jeunes ayant interrompu leurs études au primaire ou au secondaire. Faute de personnel qualifié, la maîtrise élémentaire du français ou de l’arabe suffisait parfois pour exercer la fonction d’enseignant, sans formation pédagogique adéquate et compétence de base avéré. Le système éducatif tchadien est confronté à l’expansion démographique d’où la nécessité de recruter massivement de nouveaux enseignants appélés maîtres communautaires (PASEC, 2016). Cette situation a impacté negativement le métier de l’enseignement. Or celui-ci est autrefois très valorisé mais aujourd’hui, il est consideré comme un métier de ceux qui n’ont pas réussi à l’école. Cette façon de voir est soutenue par certains discours sociaux qui attribuent l’option  du choix de l’enseignement par contrainte et non par vocation. La somme de toutes ces facteurs: la massification de l’éducation, le recrutement des enseignants non formés, la dévalorisation de la profession d’enseignant a degradé la qualité de l’enseignement primaire. Les élèves sont confrontés à des enseignants non qualifies ou mal formés, ce qui peut entrainer les lancunes dans les apprentissages (Larngor, 2024).

Dans ce contexte, les évaluations internationales, notamment celles menées par le PASEC et la Banque Mondiale ont révélé des performances scolaires globalement faible des élèves en lecture et en mathématiques, soulevant ainsi des interrogations quant aux facteurs explicatifs de ces résultats. Parmi les facteurs déterminants, la maîtrise de la langue d’enseignement par les enseignants apparaît comme un enjeu principal. Dans un contexte où le français est la langue d’enseignement au Tchad, la faible maîtrise de cette langue par certains enseignants du primaire représente un obstacle majeur à l’amélioration de la qualité des apprentissages. Les résultats du BM, 2023 et PASEC, 2019 ont fait ressorti les insuffisances en compréhension de l’écrit chez les enseignants susceptibles d’affecter leurs pratiques pédagogiques. Dès lors, une question se pose, la non-maîtrise de la langue d’enseignement par les enseignants influence-t-elle la clarté des explications, la qualité des interactions pédagogiques, la compréhension des consignes et les pratiques de classe et affecteles performances scolaires des élèves en lecture?

Les insuffisances en langue d’enseignement des enseignants du primaire au Tchad affectent la clarté des explications, la qualité des interactions pédagogiques, la compréhension des consignes et les pratiques de classe, ce qui contribue aux faibles performances des élèves en lecture. De cette hypothèse principale, découle les hypothèses secondaires: une meilleure maîtrise linguistique des enseignants améliore significativement la performance des élèves; le faible niveau de linguistique des enseignants impacte negativement les acquis des élèves, notamment en lecture. L’article se base sur deux approches qui se complètent: la théorie de la capitale humaine de Becker de 1964 et l’approche sociolinguistique. Gary Becker a développé la théorie du capital humaine  en mettant en relation le niveau de qualification des individus et leur productivité. Dans le domaine de l’éducation, la competence des enseignants a des effets significatifs sur la qualité de l’éducation. L’approche sociolinguistique, inspirée notamment des travaux de Williams Lavov et Basil Bernstein, considère que les pratiques langagières sont socialement situées. …

Résumé: L’article analyse l’influence de la maîtrise linguistique des enseignants sur la performance des élèves du primaire au Tchad, dans un système éducatif caractérisé par le plurilinguisme et l’usage dominant du français comme langue d’enseignement. Il fait apparaître clairement que la non maîtrise de la langue d’enseignement chez les enseignants ainsi que chez les élèves, est un handicap aux apprentissages. Il exploite les données issues des évaluations nationales et internationales (PASEC,2019 et BM,2023) expliquant l’insuufisance de la performance scolaire en lecture et en mathématiques. Un nombre important des élèves est incapable de lire, de comprendre des textes simples en français, ce qui a de répercussion sur l’ensemble de leurs apprentissages. Il révèle que bon nombre d’enseignants n’ont pas la maîtrise de la langue d’enseignement, ce qui compromet les interactions pédagogiques, l’explication et la transmission des savoirs. Dans la société dominée par les langues maternelles, cet état de fait provoque une tension linguistique qui touche les enseignants et les élèves. L’article suggère le renforcement de capacités des enseignants en linguistique, pédagogie de l’enseignement au plurilinguisme et la valorisation des langues nationales  Ces mesures sont essentielles pour améliorer la qualité de l’éducation et les performances des élèves du primaire au Tchad.

Mots-clés: compétence linguistique, enseignants du primaire, français, langue d’enseignement, performance des élèves, Tchad

LANGUAGE COMPETENCE OF ELEMENTARY SCHOOL TEACHERS AND  STUDENT ACHIEVEMENT IN CHAD

Abstract: This article analyzes the impact of teachers’ language proficiency on the performance of elementary school students in Chad, within an educational system characterized by multilingualism and the predominant use of French as the language of instruction. It clearly shows that a lack of proficiency in the language of instruction among both teachers and students hinders learning. It draws on data from national and international assessments (PASEC, 2019, and BM, 2023). To explain the inadequate academic performance in reading and mathematics. A significant number of students are unable to read or understand simple texts in French, which has repercussions on their overall learning. It reveals that many teachers lack proficiency in the language of instruction, which compromises pedagogical interactions, explanations, and the transmission of knowledge. In a society dominated by mother tongues, this situation creates linguistic tension that affects both teachers and students. The article suggests strengthening teachers’ capacities in linguistics, pedagogy for improving the quality of education and the performance of elementary school students in Chad. 

Keywords: linguistic competence, elementary school teachers, French, language of instruction performance.

Conclusion: En somme, les enquêtes révèlent que les enseignants du primaire au Tchad évalués, présentent un niveau de compétences linguistiques nettement inférieur à celui observé chez leurs homologues d’autres pays. Cette situation s’est répercutée directement sur les performances des élèves. Ces constats soulignent la nécessité impérieuse de mettre en place des strategies visant à renforcer les compétences linguistiques du corps enseignant afin de garantir la qualité des apprentissages au Tchad. Au fait, la compétence linguistique des enseignants est un variable determinant de la performance scolaire. Elle agit directement sur la qualité des interactions en classe et la compréhension des élèves. Un niveau élevé de maîtrise de la langue d’enseignement permet de mieux structurer les savoirs et de soutenir la reussite notamment dans le contexte du bilinguisme

 

Référence bibliographique

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  • Conseil de l’Europe (2021). Cadre européen commun de reference pour l’apprentissage/enseignement des langues et l’évaluation. Https://m. coe. Int/16802fc3a8
  • PASEC (2016). PASEC2014. Performances du système éducatif tchadien: compétences et facteurs de réussite au primaire. PASEC CONFEMEN, Dakar.
  • LARNGOR, N. J (2024). Problématique du recrutement des maîtres communautares au Tchad et la qualité de l’éducation. Edition GUIGUESS 43P.
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  • UWIZEYE, P., Yanzigiye, B., & Rugigana, A. (2025). Étude des obstacles qui entravent l’enseignement-apprentissage du français et les stratégies d’y remédier, dans le district de Gasabo au Rwanda. African Quarterly Social Science Review, 2(2), 241–253. https://doi.org/10.51867/AQSSR.2.2.21