N°021_Vol.5_01
- LE SLAM EN MOORE OU LE COMBAT D’UNE JEUNESSE POUR UNE SOUVERAINETE DU BURKINA FASO
- Tounwendé Michel SAVADOGO
- Université Thomas Sankara, Burkina Faso
- ORCID iD: 0009-0008-1775-2096
- savamike12@gmail.com
Introduction: Le slam est aujourd’hui une réalité incontestable. Ce qui laisse comprendre que ce concept, bien que nouveau, s’impose aux populations urbaines au point qu’elles faillent désormais composer avec lui. Ayant vite compris sa notoriété, les promoteurs de spectacles n’hésitent pas à faire recours au slam. L’art en pleine expansion a conquis les banlieues. Ce qui suscite quelques interrogations à son sujet : quel est le rôle social du slam ? Quelle est sa place dans les questions majeures d’une nation ? Comment participe-t-il de la construction de l’idéal d’un peuple ? Partant de l’hypothèse que le slam constitue une forme d’expression artistique engagée, il ressort qu’il contribue nécessairement au débat sociopolitique national par l’éveil des consciences et la mobilisation populaire. De ce point de vue, cette réflexion vise à éclairer l’opinion sur la contribution du slam en moore dans la quête d’une souveraineté véritable du Burkina Faso. L’étude se nourrit de la théorie sociopoétique de Jacques Montandon, qui considère les représentations sociales comme le matériau de base à la création littéraire et artistique. Le slam en langue nationale moore, se voudrait donc être une ‘’scène-satire’’ qui dépeint avec rigueur et humour les laideurs d’une société à double vitesse : l’exploitations sans âmes des groupes impérialistes face aux populations meurtries criant leur ras-le-bol. Comme résultat, l’étude aboutit au fait que le slam en langue nationale moore revêt un caractère particulier qui est celui de l’affirmation de l’identité nationale et du rejet de la dictature néocoloniale. Pour support, le slam en moore ‘’Non loti jeune‘’ de l’artiste slameur burkinabè Dabross servira à l’étude.
1.Le slam: Le terme « slam » dérive de l’anglais ‘’to slam’’ qui signifie claquer. Ce mot revient à décloisonner la poésie dite classique en la débarrassant de ses règles trop rigides et ennuyeuses qui constituent un frein à la création artistique. Cette vision du slam rencontre celle de Camille VORGER qui soutient qu’
- « À l’origine était le verbe to slam « claquer », dont le champ sémantique est plus vaste que la forme sonore, particulièrement incisive. Et pour cause, il s’agit aussi d’une onomatopée, l’équivalent de « CLAC » en français. Partant, le verbe est utilisé pour signifier « claquer la porte », « taper du poing sur la table », mais aussi « critiquer avec virulence », par exemple en contexte journalistique. Les acceptions argotiques (slang) du substantif sont nombreuses : c’est l’insulte blessante mais aussi le verre qu’on boit « cul sec », le coup gagnant au base-…
Résumé : Le slam connait de nos jours une expansion fulgurante dans le milieu jeune. A la frontière de l’oralité et de l’écriture, ce genre oral de type nouveau se veut tout à la fois poésie, chant, art dramatique et satire. Cette étude vise à montrer que le slam en langue nationale moore[1], plus qu’un simple motif de distraction et de plaisir constitue un excellent moyen d’éveil des consciences. Postulant que le slam en moore constitue un outil d’affirmation de soi, de revendication et de dénonciation, l’étude aboutit au résultat selon lequel le slam en moore constitue un adjuvant à la quête d’une souveraineté véritable pour le Burkina Faso. Cette réflexion trouve son fondement dans la sociopoétique de Alain Montandon, qui considère les représentations sociales comme le matériau de base à la création littéraire et artistique. Le slam est appréhendé de ce fait, non plus comme une poétique du beau pour le beau. Il s’illustre plutôt comme une œuvre d’art d’inspiration sociale qui met à nu les iniquités et réclame une justice sociale pour les plus faibles. Le slam en moore intitulé ‘’Non loti jeune‘’ du burkinabè Dabross sert de support à l’étude.
Mots-clés : jeunesse, oralité, poésie, slam en moore, souveraineté.
- [1] Moore : langue parlée par les Moose, une des ethnies majoritaires du Burkina Faso.
Références bibliographiques
- Bodin J. (1576). Les six livres de la République. Paris : Jacques du Puys. Libraire Luré.
- Cabot J. (2017). La scène ouverte de slam : dispositif, situation, politique, in Performances poétiques, Editions nouvelles Cécile Defaut, Lormont, pp.79-101.
- Carré de Malberg R. (1920). Contribution à la théorie générale de l’État, vol. I, Paris, Sirey.
- Heidsieck B. (1988). Domaine musical et poésie sonore. In Karlheinz Stockhausen. Paris-Lausanne. Festival d’automne/Contrechamps. pp. 20-22.
- Ki-Zerbo J. (2007). Repères pour l’Afrique. Dakar Fann, Editions Panafrika-Silex/Nouvelles du Sud.
- Konaté S. & Boulghalagh M. (2025). L’Alliance des États du Sahel (AES) : Fruit de l’échec de la communauté internationale. In Revue internationale de la recherche scientifique. Maroc. Vol. 3. No. 1. pp. 100-119.
