N°021_Vol.1_04
- MUTATIONS SOCIOCULTURELLES DU MARIAGE CHEZ LES KPELE DE PELA (YOMOU) : ENTRE TRADITION ET MODERNITE
- Marie Thérèse DRAMOU
- Institut Supérieur Arts Mory Kanté de Dubréka (ISAMK/D)
- ORCID iD: 0009-0001-9501-5293
- marietheresedoum82@gmail.com
- Hélène LOUA
- Institut Supérieur des Arts Mory Kanté de Dubréka (ISAMK/D)
- ORCID iD: 0009-0001-3634-9875
- heleneloua83@gmail.com,
- &
- Tamba Daniel LENO
- Institut Supérieur des Arts Mory Kanté de Dubréka (ISAMK/D)
- ORCID iD: 0009-0009-2379-3481
- tambadaniel82@gmail.com
Introduction: Les sociétés d’Afrique subsaharienne se distinguent par plusieurs aspects dont la richesse et la complexité de leurs institutions matrimoniales. Dans ces contextes, le mariage dépasse largement le cadre d’une simple union entre deux individus. Il constitue à la fois « une cérémonie, un acte symbolique et une institution sociale » représentant « la légalisation de l’union entre deux personnes soumises à des obligations réciproques et la reconnaissance de droits spécifiques » (Gilles, cité dans Loua, 2023). Sur le plan anthropologique, il est défini comme l’union d’un homme et d’une femme de telle sorte que les enfants qui en naissent, soient reconnus légitimes par la communauté (Malinowski, 1970). Pour (Chrétien-Vernicos 2004), le mariage constitue avant tout « une alliance entre deux familles » scellée par la dot, laquelle « peut concerner tout un village » et dépasse donc le seul cadre du couple. Toutefois, en Guinée Forestière, cette réalité revêt une coloration particulière ; d’où les Kpèlè constituent une communauté ethnique vivant au Sud-Est de la Guinée. Cette communauté a en son sein un système matrimonial profondément enraciné dans une cosmogonie et une organisation sociale.
La sous-préfecture de Péla est située dans la Préfecture Yomou et est limitée au Nord-Est par les sous-préfectures de Samoé et de Bounouma (préfecture de N’zérékoré), au Nord-Ouest par la sous-préfecture de Bowé-Sud, à l’Ouest par lela commune urbaine de Yomou, et au Sud par les sous-préfectures de Bhèta, Bignamou et de Diecké. (Loua, 2023). Selon les données de l’Institut National de la Statistique, du recensement général de la population et de l’habitation guinéenne (RGPH-4, 2025), la population de Péla est estimée à 27 550 habitants dont 47,7 % d’hommes soit 13 142 et 52,3 % de femmes soit 14 408). Elle vit essentiellement d’activités agricoles et peu d’élevage et de commerce. Sur le plan historique, les Kpèlè de Péla seraient originaires de Moussadou dans la préfecture de Beyla, leurs ancêtres migrèrent vers le Sud à la suite d’événements fondateurs liés à leur organisation clanique, (Loua, 2023).
Toutefois, parmi les pratiques culturelles les plus structurantes de cette communauté, figurent le mariage désigné Hwililöö[1] en Kpèlèwo. Comme l’observe Germain (1984), les Kpèlè sont très attachés à leurs us et coutumes malgré l’expansion des religions monothéistes et le cosmopolitisme de la région. Or, sous l’effet conjugué de la mondialisation, de la monétarisation croissante des rapports sociaux et du développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), cette institution connaît de nos jours des transformations profondes que (Taylor, 1871) qualifierait de modifications du « tout complexe qui englobe les connaissances, les croyances, l’art, la morale, la loi, la tradition et toutes autres dispositions et habitudes acquises par l’homme en tant que membre d’une société ». C’est précisément ce vide analytique qui motive la présente étude, dont la question est : quelles sont les mutations qui affectent aujourd’hui le mariage chez les Kpèlè de Péla, entre ancrages traditionnels et influences de la modernité ? L’objectif de cette étude est de contribuer à la compréhension du processus matrimonial chez les Kpèlè de Péla en mettant en lumière les mutations de cette institution ainsi que les stratégies de préservation identitaire qu’elle suscite. Notre hypothèse est la suivante : le mariage chez les Kpèlè de Péla connait des mutations significatives sous l’effet conjugué de la modernité, tout en conservant certains éléments structurants de la tradition.
Sur le plan théorique, cette étude mobilise deux cadres complémentaires : le culturalisme, développé par (Benedict Linton, 1945), (Mead et Kardiner, 1969), postulent que la culture exerce une influence déterminante sur la formation de la personnalité des individus et la structuration des pratiques sociales. Le fonctionnalisme, formulé par (Malinowski, 1970) et développé par (Radcliffe-Brown, 1972) et (Parsons, 2009), propose de lire toute pratique sociale à travers sa contribution au maintien de l’équilibre du système social. (Malinowski, 1970, p. 128) affirme à cet égard que « la culture est un tout indivisible dont les divers éléments sont interdépendants », tandis que (Radcliffe-Brown, 1972) définit la fonction d’un usage social comme « la contribution qu’il apporte à la vie sociale considérée comme l’ensemble du fonctionnement du système social ». Ces deux cadres nous ont permis d’analyser le mariage Kpèlè à la fois comme vecteur de transmission culturelle et comme institution remplissant des fonctions sociales indispensables à la cohésion communautaire.
- [1] Le mariage en langue Kpèlè
Résumé : Le mariage coutumier, désigné Hwililöö chez les Kpèlè de Pela (Yomou), constitue une institution sociale fondamentale structurant les relations entre familles, clans et générations. Cependant, sous l’effet conjugué de la mondialisation, de la monétarisation des rapports sociaux, de l’expansion des religions monothéistes et du développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, cette institution connaît des transformations profondes qui menacent l’identité culturelle de la communauté. Pour répondre à cette préoccupation, nous avons fixé comme objectif général de contribuer à la compréhension du processus matrimonial authentique chez les Kpèlè de Péla, en mettant en lumière les mutations de cette institution ainsi que les stratégies de préservation identitaire qu’elle suscite. En mobilisant une méthode qualitative combinant entretiens individuels, semi-directifs, focus groups et observation participante auprès de 97 personnes à Pela, nous sommes parvenus aux résultats suivants : le mariage coutumier Kpèlè s’articule autour d’étapes et de symboles précis telles que : le Kpëgnanbelëi, le Wèlitoliè, le Bhèlèhaa et les Hëghë Moumou dont la substance est progressivement recomposée sous l’influence de facteurs exogènes. Cette étude contribue ainsi à la documentation d’un patrimoine culturel immatériel encore peu étudié et ouvre des perspectives pour une valorisation institutionnelle des pratiques matrimoniales des peuples de la Guinée Forestière.
Mots-clés : mariage coutumier, Kpèlè, mutations socioculturelles, patrimoine immatériel, modernité.
Références bibliographiques
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