N°21_Vol.6_06
- TOLIARA, CAPITALE DE LA TORTUE RADIÉE :
- OTAGE DES TRAFIQUANTS
- Alain Prosper RALAIAVY
- EDGVM, Université de Mahajanga, Madagascar
- ORCID iD : 0009-0008-4619-3879
- prosperalay@gmail.com
- &
- Liva Jackson RAHARINAIVO
- EDGVM, Université de Mahajanga, Madagascar
- donitaliva@gmail.com
Introduction: Actuellement, le trafic des espèces sauvages constitue une menace importante pour la conservation de la biodiversité, particulièrement dans les pays qui possèdent un taux élevé d’endémisme. Madagascar est directement concerné par cette situation en raison de la richesse exceptionnelle de sa faune et de sa flore. Parmi les espèces les plus exposées figure la tortue radiée (Astrochelys radiata), une espèce endémique du Sud et du Sud-Ouest de Madagascar. Les prélèvements dans le milieu naturel, associés à la dégradation des habitats, continuent de fragiliser ses populations. Une étude récente réalisée dans le Sud-Ouest montre notamment que certaines populations présentent une structure démographique préoccupante et restent vulnérables aux activités de braconnage (Nambinina et al., 2023). La région de Toliara occupe une position importante dans cette problématique. Située à proximité de plusieurs zones naturelles où la tortue radiée est encore présente, elle représente également un point stratégique dans les itinéraires utilisés par les réseaux de trafic. Les tortues capturées dans différentes localités du Sud, notamment dans les secteurs d’Itampolo, d’Androka et d’Ampanihy, peuvent être transportées jusqu’à Toliara avant d’être acheminées vers Antananarivo ou vers d’autres destinations, ce qui fait de cette région un espace clé dans la circulation et le commerce illégal de cette espèce. Les difficultés de surveillance, le manque de moyens des services de contrôle ainsi que certaines pratiques de corruption peuvent faciliter le fonctionnement de ces réseaux (Randriamampianina et al., 2020).
Par ailleurs, le trafic de la tortue radiée dépasse aujourd’hui les limites du territoire malgache. Les réseaux impliqués peuvent utiliser plusieurs pays comme lieux de transit ou de destination. L’analyse du commerce d’espèces sauvages entre Madagascar et l’Asie du Sud-Est montre notamment que les tortues malgaches sont concernées par des circuits internationaux de trafic, ce qui renforce la nécessité d’une coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination (Chng et al., 2023). Cette dimension internationale rend le contrôle du phénomène plus difficile et montre que le problème ne peut pas être traité uniquement à l’échelle locale. Les conséquences du trafic sont également importantes pour la conservation de l’espèce. La disparition répétée d’individus dans leur milieu naturel peut réduire les effectifs et compromettre progressivement la capacité des populations à se maintenir. Face à cette situation, différentes actions de conservation sont actuellement développées, notamment la réhabilitation et la réintroduction de tortues saisies dans leur habitat naturel. Les travaux menés par Bachmann (2024) sur les mesures de translocation dans le parc national de Tsimanampesotse mettent en évidence le rôle essentiel du suivi scientifique pour assurer l’efficacité de ces actions de conservation. Dans ce contexte, Toliara apparaît comme une région à la fois stratégique pour la protection de la tortue radiée et fortement exposée aux activités de prélèvement et de trafic. Cette situation souligne l’importance d’approfondir l’analyse des facteurs qui encouragent ces pratiques, d’évaluer leurs conséquences sur les populations de tortues radiées et d’identifier les limites des mécanismes de lutte actuellement mis en place.
L’analyse de ces éléments permet de proposer des stratégies adaptées aux réalités locales pour assurer une meilleure conservation de la tortue radiée dans la région de Toliara. La tortue radiée (Astrochelys radiata) est une espèce endémique de Madagascar, présente principalement dans le Sud et le Sud-Ouest du pays, notamment à Toliara. Elle possède une grande importance écologique, culturelle et patrimoniale. Cependant, elle est aujourd’hui menacée par les prélèvements illégaux et le trafic. Ce phénomène est favorisé par plusieurs facteurs, notamment la pauvreté, le manque d’activités génératrices de revenus, les faibles moyens de surveillance, l’insuffisance des contrôles et l’existence de réseaux de trafiquants. Le trafic entraîne une diminution des populations de tortues dans leur milieu naturel, perturbe l’équilibre écologique et représente une menace pour la survie de l’espèce à long terme. Il peut également créer des problèmes sociaux et économiques au niveau des communautés locales. Cela conduit à la question suivante : Comment les facteurs socio-économiques, territoriaux et institutionnels favorisent-ils le trafic de la tortue radiée à Toliara, quels sont ses impacts et quelles stratégies peuvent renforcer sa conservation ? Pour aborder notre problématique, nous formulons les hypothèses suivantes : la faiblesse des conditions socio-économiques et du contrôle institutionnel favorise le trafic de la tortue radiée à Toliara, le trafic de la tortue radiée entraîne la diminution de sa population et la dégradation de son équilibre écologique et le renforcement de la surveillance et de la participation communautaire réduit le trafic et améliore la conservation de la tortue radiée. L’objectif principal de notre article est d’analyser les causes et les impacts du trafic de la tortue radiée à Toliara afin de proposer des stratégies adaptées pour renforcer sa conservation. Dans ce cas, deux objectifs spécifiques sont proposés : identifier les principaux facteurs qui favorisent le trafic de la tortue radiée dans la région de Toliara, évaluer les impacts du trafic sur la tortue radiée, son habitat et les communautés locales et proposer des stratégies adaptées pour réduire le trafic et renforcer la conservation de la tortue radiée.
Résumé : Cette étude article « Toliara, capitale de la tortue radiée : otage des trafiquants » analyse les principaux facteurs qui favorisent le trafic de la tortue radiée, ses impacts sur l’espèce, son habitat et les communautés locales, ainsi que les stratégies susceptibles de renforcer sa conservation. Cette étude a été réalisée dans la région de Toliara auprès de 150 personnes enquêtées, dont 90 hommes et 60 femmes, en adoptant une approche basée à la fois sur des données quantitatives et qualitatives. La collecte des informations a été effectuée à l’aide d’une fiche d’enquête, d’entretiens ainsi que d’une recherche documentaire, tandis que le traitement des données a été réalisé avec le logiciel Microsoft Excel. Les résultats obtenus révèlent que le trafic de la tortue radiée est largement influencé par des facteurs socio-économiques tels que la pauvreté, le chômage, l’insuffisance d’activités génératrices de revenus et la volonté d’obtenir rapidement des ressources financières. Ces difficultés sont renforcées par plusieurs contraintes liées à la surveillance et à la lutte contre le trafic, notamment la faiblesse des contrôles, le manque de moyens disponibles pour les agents chargés de la protection ainsi que l’existence de réseaux organisés de trafiquants. Cette situation provoque une diminution progressive des effectifs de tortues radiées, perturbe leur capacité de reproduction, entraîne leur raréfaction dans certaines zones et accentue les menaces pesant sur leur habitat naturel. Au-delà des conséquences écologiques, le trafic affecte également les communautés locales ainsi que les perspectives de développement de la région de Toliara. L’étude met ainsi en avant la nécessité de renforcer les dispositifs de surveillance, l’application des réglementations, les actions de sensibilisation, l’implication des populations locales et la mise en place d’alternatives économiques durables. Elle souligne enfin l’importance d’une gouvernance intégrée permettant d’assurer un équilibre entre la conservation de la biodiversité, le développement local et les responsabilités des différents acteurs institutionnels.
Mots-clés : Tortue radiée, trafic illicite, conservation, gouvernance environnementale, biodiversité
Référence bibliographie
- ANDRIANAMBININA, F. Ollier D. et al. (2023). Renforcer la résilience des aires protégées face aux crises en réduisant leur dépendance au tourisme. PLOS ONE, vol. 18, n° 4, e0278591, 17 p.
- BACHMANN, Clara Henriette Lina (2024). Évaluation du succès à court terme des mesures de translocation de la tortue radiée (Astrochelys radiata) dans le Parc national de Tsimanampesotse et les zones adjacentes à Madagascar. Mémoire de Master en biologie, Université de Hambourg, Hambourg, Allemagne, 49 p.
- CARPENTER, Angus I. (2023). Valorisation du commerce des espèces sauvages et du tourisme lié à la faune à Madagascar : quels bénéfices pour la conservation ? Conservation, vol. 3, n° 4, p. 509-522, 14 p.
- CHNG, Serene C. L. et al. (2023). Évaluation du commerce des espèces sauvages entre Madagascar et l’Asie du Sud-Est. TRAFFIC International, Cambridge, Royaume-Uni, 34 p. Le rapport officiel de TRAFFIC identifie Serene Chng comme première auteure et a été publié en mars 2023.
- KESKIN, Burcu B. et al. (2023). Analyse quantitative des chaînes d’approvisionnement du trafic d’espèces sauvages : une revue. Omega, vol. 115, article 102780.
- MANJOAZY, Theodore (2017). Approvisionnement illégal en viande de tortue dans la ville de Toliara, Sud-Ouest de Madagascar. Oryx, vol. 51, n° 3, p. 437-440, 4 p.
- NAMBININA, Andrée et al. (2023). Enquête démographique récente sur la tortue radiée (Astrochelys radiata) dans le Sud-Ouest de Madagascar. Reptiles & Amphibians, vol. 30, n° 1, e18088, 7 p. DOI : 10.17161/randa.v30i1.18088. La publication officielle confirme Andrée Nambinina comme première auteure et le PDF comporte sept pages.
- PLOOS VAN AMSTEL, Naomi et al. (2022). Panoptique de la tortue : liens entre les tabous et la gestion de la conservation à Madagascar. Geoforum, vol. 129, p. 85-97, 13 p.
- RANDRIAMAMPIANINA, Mialisoa et al. (2020). Trafic d’espèces protégées et déforestation : Madagascar, une biodiversité otage de la corruption. Annales des Mines – Responsabilité & Environnement, n° 100, p. 63-67, 5 p. DOI : 10.3917/re1.100.0063.
- RONTO, William. (2019). La perte de forêt affecte-t-elle l’état corporel et les déplacements individuels de la tortue radiée (Astrochelys radiata) ? Herpetology Notes, vol. 12, p. 603-611, 9 p.
- WALKER, Ryan. (2014). Le suivi à court terme révèle le déclin rapide des espèces de tortues en danger
