• LE NUMERIQUE COMME LEVIER DE RAYONNEMENT DE LA DIPLOMATIE CULTURELLE TOGOLAISE : PERCEPTIONS DES ACTEURS, FONCTIONNALITES DU HUB DIGITAL ET VALORISATION DU PATRIMOINE CULTUREL
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  • Essohanam Mbou PASSOU
  • IRES-RDEC – Togo
  • ORCID iD: 0009-0007-4472-1466
  • charlpass@gmail.com
  • &
  • Ismaïlou TCHACORICO
  • Université de Lomé – Togo
  • ORCID iD: 0009-0006-4456-4977
  • tchacoricoismailou@gmail.com

Introduction: Dans un contexte international marqué par l’intensification des circulations culturelles, l’accélération des échanges informationnels et la transformation numérique des pratiques sociales, la visibilité internationale des États ne dépend plus exclusivement de leurs capacités économiques, militaires ou institutionnelles. Elle se construit également à travers leur aptitude à produire, mettre en récit et diffuser des représentations attractives de leur territoire, de leur culture, de leur patrimoine et de leurs valeurs (Tchacorico et al. 2025 ; Passou et al. 2025). Cette évolution renvoie à la montée en puissance du soft power, notion forgée par Joseph S. Nye pour désigner la capacité d’un acteur à obtenir ce qu’il souhaite non par la contrainte ou la rémunération, mais par l’attraction et la persuasion. Dans cette perspective, la culture constitue l’une des principales ressources du pouvoir d’attraction des États, dès lors qu’elle contribue à façonner des perceptions positives et à créer des dispositions favorables à leur égard (Nye, 2004). La diplomatie culturelle apparaît ainsi comme un espace privilégié de projection symbolique, de dialogue et de construction de relations avec les sociétés étrangères. Elle ne se réduit cependant plus aux dispositifs institutionnels classiques que sont les centres culturels, les manifestations artistiques, les échanges universitaires ou les accords de coopération : l’essor des technologies numériques et des réseaux socionumériques transforme profondément les modalités de production, de circulation et de réception des contenus culturels. Cette transformation s’inscrit dans le renouvellement plus général de la diplomatie publique. Melissen (2005) montre en effet que celle-ci s’éloigne progressivement d’une conception centrée sur la transmission unidirectionnelle d’un message étatique pour accorder une place croissante à la communication, aux réseaux, aux sociétés civiles et à l’interaction avec les publics étrangers. Cull (2009), de son côté, met en évidence plusieurs dimensions constitutives de la diplomatie publique, parmi lesquelles l’écoute, la défense d’une cause, la diplomatie culturelle, les échanges et la diffusion internationale de l’information. Dans cette nouvelle configuration, l’espace numérique ne constitue donc pas seulement un support supplémentaire de communication : il devient un espace diplomatique à part entière, dans lequel les États peuvent construire leur présence, développer leur visibilité, mettre en scène leur identité et entrer en interaction avec des publics dispersés à travers le monde.

Les récents travaux sur la diplomatie numérique confirme cette mutation. Manor (2019) considère la numérisation comme un processus de long terme qui transforme les institutions, les pratiques, les normes et les objectifs de la diplomatie publique plutôt qu’un simple transfert des activités diplomatiques traditionnelles vers Internet. Bjola et Manor (2024) soulignent, quant à eux, que les technologies numériques bouleversent les normes et les logiques traditionnelles de l’action diplomatique, en imposant notamment de nouvelles formes de communication fondées sur la simplicité visuelle, la mise en récit émotionnelle, la personnalisation et l’engagement des publics. De même, Manor et Pamment (2019) montrent que l’environnement numérique peut offrir aux acteurs disposant de ressources matérielles limitées des possibilités nouvelles de compenser certains déficits de prestige et d’accroître leur présence dans les réseaux diplomatiques internationaux. Ces analyses invitent ainsi à dépasser une conception strictement techniciste du numérique : la question centrale n’est pas seulement de savoir si un État est présent sur Internet, mais de déterminer comment il transforme cette présence en visibilité, en reconnaissance, en attractivité et, éventuellement, en influence.

C’est dans cette perspective que s’inscrit la présente étude consacrée aux stratégies de renforcement de la visibilité de la diplomatie culturelle togolaise. Les résultats de notre étude réalisée en 2023 auprès des acteurs concernés révèlent une hiérarchisation des initiatives à même de renforcer le rayonnement culturel du Togo à l’échelle internationale. La création d’un hub digital arrive en tête des propositions avec 83,1 % de réponses favorables, ensuite vient l’organisation d’événements culturels au Togo et à l’étranger (71,2 %), puis vient la création d’un office national de diffusion artistique (68,8 %), la promotion de l’offre éducative des universités (56,6 %), la création d’une maison culturelle (55,9 %) et enfin la négociation d’accords intergouvernementaux dans les domaines de la culture et de l’éducation (53,8 %). Ces résultats sont particulièrement révélateurs : ils montrent que, dans les représentations des enquêtés, la visibilité internationale de la culture togolaise tend désormais à être pensée à partir d’une articulation entre dispositifs institutionnels classiques et dispositifs numériques. Le numérique apparaît dès lors comme un possible levier de rattrapage, de démocratisation de l’accès au patrimoine et de réduction des asymétries de visibilité qui affectent les petits États sur la scène internationale.

Cependant, considérer le hub digital comme le principal instrument de visibilité ne saurait conduire à une lecture déterministe de la technologie. La présence numérique ne produit pas automatiquement de l’attractivité, de la reconnaissance ou de l’influence. Les travaux contemporains sur la diplomatie numérique montrent précisément que les effets des technologies dépendent des ressources institutionnelles, des objectifs poursuivis, des pratiques professionnelles, des publics visés et des conditions sociales dans lesquelles elles sont appropriées. Manor (2026), à partir d’une revue extensive des recherches sur la diplomatie numérique, insiste ainsi sur le fait que l’adoption des technologies par les acteurs diplomatiques est déterminée par un ensemble de facteurs institutionnels, sociaux et économiques et non par les seules potentialités techniques des outils. Dès lors, le problème scientifique posé par les résultats de cette enquête dépasse la simple question de la création d’une plateforme numérique. Il conduit à interroger les conditions dans lesquelles un tel dispositif peut devenir un véritable instrument de diplomatie culturelle.

Cette interrogation est d’autant plus importante que le numérique transforme simultanément les modalités de diffusion de la culture et les rapports entre producteurs, médiateurs et publics. Les réseaux sociaux permettent aux institutions, aux artistes, aux acteurs touristiques et aux citoyens de participer à la production et à la circulation des représentations culturelles. Ils rendent….

Résumé : Ce papier traite des stratégies susceptibles de renforcer la visibilité et l’attractivité de la diplomatie culturelle togolaise sur la scène internationale. Il analyse la pertinence du numérique comme instrument de promotion de l’art et du patrimoine culturel togolais. Pour ce faire, l’étude s’est appuyée sur une méthodologie mixte combinant l’administration de questionnaires et entretiens individuels auprès d’acteurs culturels et diplomatiques, le tout complété par une documentation rigoureuse. Les résultats obtenus montrent que la création d’un hub digital constitue la stratégie prioritairement plébiscitée par les enquêtés, vient ensuite l’organisation d’événements culturels et la création d’un office national de diffusion artistique. Le hub digital est perçu comme un outil permettant de promouvoir le patrimoine culturel à l’international, de faciliter l’accès aux œuvres et au patrimoine et de valoriser la dimension économique de la culture. Les éléments patrimoniaux jugés prioritaires à promouvoir sont les sites culturels et touristiques, les danses traditionnelles, les fêtes culturelles ainsi que les foires et festivals. L’étude conclut ainsi que la digitalisation de l’offre culturelle constitue un levier stratégique de visibilité, d’attractivité et de rayonnement international du Togo.

Mots-clés : Diplomatie culturelle ; Hub digital ; TIC ; Rayonnement ; Togo

DIGITAL TECHNOLOGY AS A LEVER FOR ENHANCING THE VISIBILITY OF TOGOLESE CULTURAL DIPLOMACY : STAKEHOLDERS’ PERCEPTIONS, DIGITAL HUB FUNCTIONALITIES, AND CULTURAL HERITAGE PROMOTION 

Abstract : This paper examines strategies likely to enhance the visibility and attractiveness of Togolese cultural diplomacy on the international stage. It analyzes the relevance of digital technology as a tool for promoting Togolese art and cultural heritage. To this end, the study adopted a mixed-methods approach, combining questionnaires and individual interviews with cultural and diplomatic stakeholders, supplemented by a rigorous review of relevant documentation. The findings show that the creation of a digital hub is the strategy most strongly endorsed by the respondents, followed by the organization of cultural events and the establishment of a national office for artistic promotion and dissemination. The digital hub is perceived as a tool for promoting cultural heritage internationally, facilitating access to artistic works and heritage, and enhancing the economic dimension of culture. The heritage elements considered priorities for promotion include cultural and tourist sites, traditional dances, cultural celebrations, as well as fairs and festivals. The study therefore concludes that the digitalization of cultural offerings constitutes a strategic lever for enhancing Togo’s visibility, attractiveness, and international influence.

Keywords : Cultural diplomacy ; Digital hub ; ICTs ; International outreach ; Togo.

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