• LA PAIX, CONDITION DU DÉVELOPPEMENT EN AFRIQUE : DE L’ORDRE HOBBESIEN À LA PENSÉE D’ÉBÉNÉZER NJOH-MOUELLÈ
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  • Kouadio Louis N’GUESSAN
  • Enseignant-Chercheur, Philosophie politique et sociale,
  • Université Alassane Ouattara (Bouaké-Côte d’Ivoire)
  • ORCID iD : 0009-0004-0741-4422
  • louiskdio@yahoo.fr
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  • Edwige Amenan KOUAKOU
  • Enseignante-Chercheure, Esthétique et Philosophie africaine,
  • Université Alassane Ouattara (Bouaké-Côte d’Ivoire)
  • ORCID iD : 0009-0000-6997-6253
  • amenaned@yahoo.fr

Introduction: L’Afrique contemporaine reste confrontée à de nombreux problèmes politiques, sociaux et économiques. Les conflits, l’instabilité politique et l’insécurité constituent des obstacles importants au développement de plusieurs pays. Dans ce contexte, la recherche de la paix et de la stabilité devient une nécessité. En effet, un pays ne peut pas se développer durablement sans un environnement politique stable et un minimum de sécurité. La paix favorise ainsi de meilleures conditions de vie et permet aux populations de participer aux activités économiques et sociales. Cependant, la manière de construire et de maintenir cette paix varie selon les courants de pensée. Thomas Hobbes et Ébénézer Njoh-Mouellé proposent, à cet égard, deux perspectives différentes qui, mises en relation, permettent de mieux comprendre les conditions d’un développement durable, particulièrement en Afrique. Le premier met l’accent sur la capacité du pouvoir souverain à assurer la paix et la sécurité. Le second accorde une place importante à la gouvernance, à la justice et à l’épanouissement humain.

Plus précisément, Thomas Hobbes considère que la paix repose sur l’existence d’un pouvoir souverain capable d’assurer la sécurité et de maintenir l’ordre. Dans le Léviathan, l’auteur de Malmesbury démontre que l’accès au progrès matériel et intellectuel est irréalisable en dehors d’une autorité souveraine capable de soustraire les hommes à la peur de la mort violente et à l’insécurité propres à l’état de nature. La philosophie africaine critique, quant à elle, représentée notamment par le penseur camerounais Ébénézer Njoh-Mouellé, soutient que la simple pacification coercitive portée par l’État ne suffit pas à fonder un progrès authentique. Pour Njoh-Mouellé, le développement exige de dépasser une conception exclusivement sécuritaire pour ancrer la paix dans l’éthique de la gouvernance, le refus de la médiocrité et la liberté de l’« homme nouveau».

Dès lors, l’analyse de la paix comme condition du développement en Afrique conduit à s’interroger sur les conditions nécessaires à son établissement et à sa consolidation. Dans quelle mesure la paix constitue-t-elle une condition du développement en Afrique, et quelles sont les conditions politiques, institutionnelles et éthiques nécessaires à sa consolidation ? C’est autour de cette interrogation que s’organise la présente étude, qui confronte la pensée politique de Thomas Hobbes à la philosophie éthique d’Ébénézer Njoh-Mouellé. De cette préoccupation principale, découlent les interrogations suivantes : la paix n’est-elle pas une condition de l’ordre politique et du développement ? Comment la paix peut-elle favoriser le développement de l’Afrique ?

La présente étude a pour objectif général d’analyser les conditions politiques, institutionnelles et éthiques de la paix en Afrique. Elle cherche à montrer que la paix est le fondement du développement à partir d’une confrontation entre la pensée politique de Thomas Hobbes et la philosophie éthique d’Ébénézer Njoh-Mouellé. Plus spécifiquement, la recherche poursuit trois objectifs. Le premier est de montrer que, chez Hobbes, l’État souverain est nécessaire à la sécurité, à l’ordre politique et à la création de conditions favorables au développement. Le deuxième est d’analyser les effets des crises politiques et institutionnelles sur le développement en Afrique et d’examiner les conséquences des problèmes de gouvernance. Le troisième est de montrer, à partir de la pensée de Njoh-Mouellé, que la paix durable ne dépend pas seulement de la sécurité. Elle exige aussi la justice sociale, la bonne gouvernance et la participation des citoyens ainsi que l’émancipation humaine.

L’hypothèse générale de cette recherche est que la paix est une condition essentielle du développement en Afrique. Cette hypothèse générale conduit à trois hypothèses spécifiques. D’abord, un État fort et légitime est nécessaire à la paix civile. Il permet de créer un environnement favorable au développement. Ensuite, les crises politiques et sociales favorisent l’instabilité. Les faiblesses institutionnelles et les mauvaises pratiques de gouvernance contribuent également au sous-développement. Enfin, la paix durable ne peut pas reposer uniquement sur la force de l’État. Elle exige aussi la justice sociale et la responsabilité des gouvernants. Elle nécessite également la participation des citoyens et le changement des mentalités.

La présente étude adopte une démarche herméneutique et comparative, articulée autour de deux axes principaux : l’analyse du modèle hobbesien de la paix et celle des réalités africaines à la lumière de la pensée de Njoh-Mouellé. Ainsi, nous examinerons le basculement logique de l’état de nature au contrat social, pour montrer comment l’État souverain est théorisé comme le garant de la paix, de la sécurité et de l’ordre politique, lesquels constituent des conditions préalables au développement. Nous analyserons par la suite les limites d’une conception exclusivement sécuritaire de la paix et montrerons comment la lutte contre la médiocrité éthique, la refondation de la gouvernance et le développement …

Résumé : La question de la stabilité politique et de la prospérité socio-économique en Afrique conduit à interroger les fondements du pouvoir ainsi que les conditions nécessaires à l’émergence d’un ordre social juste et durable. Cet article analyse la paix comme une condition fondamentale du développement à travers une confrontation entre la pensée politique de Thomas Hobbes et la philosophie éthique d’Ébénézer Njoh-Mouellé. Cette étude repose sur une approche herméneutique et comparative. Elle permet de comprendre que, chez Hobbes, l’établissement d’un pouvoir souverain est indispensable pour sortir de l’état de nature. Un tel pouvoir permet de rétablir la sécurité, de protéger les citoyens et de garantir leurs biens. La paix et la stabilité politique apparaissent ainsi comme des bases importantes du développement. Seulement, elles ne peuvent pas, à elles seules, garantir un développement durable. La philosophie de Njoh-Mouellé apporte un autre éclairage à cette question. Pour lui, une paix durable en Afrique dépend aussi bien de la qualité de la gouvernance, du respect de la justice sociale et de la responsabilité des dirigeants. Elle nécessite également un changement dans les comportements et dans les façons de penser. Le développement ne doit donc pas être réduit à sa seule dimension économique. Il doit surtout contribuer à améliorer les conditions de vie et à favoriser l’épanouissement humain. Il ressort ainsi de cette étude que la construction d’un État stable doit être accompagnée d’une participation active des citoyens et d’une volonté de défendre l’intérêt général.

Mots clés : Afrique ; Ébénézer Njoh-Mouellé ; développement ; paix ; Thomas Hobbes.

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