N°021_Vol.2_23
- APTITUDE ET NIVEAU DE COMPÉTENCE DES FORMATEURS ET ENSEIGNANTS DANS LES GRANDES ECOLES PRIVÉES (CÔTE D’IVOIRE)
- N’guessan Louis Franck YAO
- Institut des Sciences Anthropologiques de Développement (ISAD)
- Université Félix Houphouët Boigny
- ORCID iD: 0009-0006-6413-8342
- franckyao701@gmail.com
- Kouakou François De Sales KOUMA
- Institut des Sciences Anthropologiques de Développement (ISAD)
- Université Félix Houphouët Boigny
- ORCID iD : 0009-0008-2856-2263
- dskoumak@gmail.com
- &
- Effoué Dominique ADJE
- Laboratoire de Recherche en Sciences Economiques et Sociales (LARSES)
- Université Assane SECK de Ziguinchor (Sénégal)
- ORCID iD : 0009-0008-2989-1528
- dominiqueffoue@gmail.com
Introduction: Dans la pyramide classique du système éducatif, l’enseignement supérieur reste le plus haut niveau de la formation des étudiants. Il joue un rôle important dans le développement d’un pays. Du fait de sa mission de formation, l’enseignement supérieur fournit des compétences de haut niveau dans les différents domaines d’activités économiques (Banque Mondiale, 2003). En effet, les structures d’enseignement supérieur permettent l’acquisition de connaissances nouvelles et des compétences appropriées indispensable à la croissance économique ainsi qu’à l’amélioration du niveau de vie des populations (Sock, 2004 ; Legendre, 2005). Gendreau-Massaloux (2002) le précise bien lorsqu’il affirme en substance : « là où les sociétés sont fortes, c’est que les institutions universitaires sont fortes ; C’est qu’elles tracent la ligne de ce que sera le partage du savoir dans le monde de demain ». Au regard des difficultés que rencontrent les pays en développement, l’enseignement supérieur apparait comme une alternative pour réduire l’écart important qui les sépare des pays dits développés (Banque Mondiale, 2003). Conscient de l’importance que revêt l’enseignement supérieur dans le processus de développement d’un pays, la Côte d’Ivoire, dès son accession à l’indépendance en a fait l’une de ses priorités. Elle s’est donné les moyens de se doter d’un système d’enseignement supérieur de qualité pour garantir son développement économique (Coulibaly, 2016 : Gazier, 1989).
Cette volonté de l’Etat s’est traduite concrètement par des efforts en matière d’investissement dans le secteur de l’éducation et particulièrement dans l’enseignement supérieur (Altet, 2003). Ce qui lui a valu la formation des cadres supérieurs dans l’administration publique et privée faisant d’elle l’un des pays leader de la sous-région pour ses performances économiques. A partir des années 80, la détérioration du cadre macro-économique avec pour conséquence l’imposition des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), a eu des effets négatifs sur le financement public du secteur de l’éducation. L’Etat de Côte d’Ivoire a réduit substantiellement ses dépenses dans le domaine de l’éducation. Selon le DSRP[1] (2009), ces dépenses sont passées de 36,6% en 1990/1991 à 32,5% en 1999/2000, soit 6,9% du PIB en 1990 contre 3,9% du PIB en 2000 (DSRP, 2009). Ce resserrement budgétaire intervient à une période où la demande en éducation-formation au niveau de l’enseignement supérieur se fait de plus en plus importante. Le nombre d’étudiant en formation initiale est passé de 87 873 en 96/97 à 115 413 en 2000/2001 (Banque mondiale, 2011). Les structures de formation publiques, vu leur capacité d’accueil limité, ne sont plus en mesure de contenir le flux de plus en plus important d’étudiants. Au regard de l’incapacité de l’Etat de Côte d’Ivoire à faire face à ce problème, traduisant l’insuffisance d’offre de formation face une demande exprimée par les étudiants, le champ de la formation post baccalauréat va connaitre un investissement de la part des établissements d’enseignement supérieur privé en l’occurrence, les grandes écoles privées (Goin Bi et al, 2008). Par leur existence, elles accroissent l’offre de formation dans le supérieur à travers la diversification des formations offertes. A cet effet, elles contribuent fortement à désengorger les universités publiques (Goin Bi et al, 2008) qui ont atteint leurs limites en terme d’effectif. Désormais, on assiste à la prolifération d’un nombre important de grandes écoles qui proposent des filières de formation souvent avec des contenus inadaptés au contexte socio-économique du pays. Au titre de l’année 2022, le dispositif de l’enseignement supérieur est composé de 8 universités publiques ; 35 grandes écoles publiques, 127 universités privées et 444 grandes écoles privées. Ces établissements ont permis d’accueillir 293 610 étudiants dont 36,52% dans les universités publiques, 16,96% dans les grandes écoles publiques, 13,07% dans les universités privées et 33,43% dans les grandes écoles privées (MESRS, 2022).
L’encadrement de ces étudiants a été assuré par 22 069 enseignants dont 21,80% en service dans les universités publiques, 13,80% dans les grandes écoles publiques, 11,50% dans les universités privées et 52,88% dans les grandes écoles privées (MESRS, 2022). Étant donné leur mission orientée vers la formation professionnelle, ces établissements se doivent de former un capital humain compétent et qualifié répondant aux besoins du marché de l’emploi. A ce niveau de la question, le rôle joué par les enseignants formateurs reste capital. Ils sont au cœur du processus d’apprentissage. Ces dernières années, les résultats d’admissibilités au BTS restent peu satisfaisants. Selon les données du ministère de l’Enseignement Supérieur la session 2022 du Brevet de Technicien Supérieur (BTS) a enregistré en Côte d’Ivoire, un taux d’admissibilité de 46,05% contre 47,39% en 2021, soit une régression de 1.34 et pour la session 2023, ce sont 21 720 candidats qui ont été déclarés admissibles, soit un taux d’admissibilité de 40,97%, contre 46,05 % pour la session 2022, soit une régression de 5,10%. Aussi, le nombre de diplômés au BTS sans emploi reste important. Ceux qui parviennent à trouver un emploi ne répondent pas toujours aux attentes professionnelles des entreprises. Il leur est souvent exigé une formation complémentaire pour être plus opérationnels. D’un autre point de vue, ceux qui souhaiteraient s’installer à leur compte n’ont pas toujours les capacités requises pour l’auto-emploi et sont susceptibles d’être recruté dans des mouvements armés et des bandes criminelles. Ainsi, quels sont les niveaux d’instructions et de compétences des enseignants intervenants dans les grandes écoles privées ? L’objectif de cette recherche est d’analyser le niveau d’instruction et de compétences des enseignants des grandes écoles privées de Côte d’Ivoire.
- [1] Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté
Résumé : Le niveau d’instruction et de compétences des enseignants des grandes écoles privées est une nécessité absolue afin de mieux comprendre la manière dont les cours sont enseignés dans les salles de classe. Par le biais de cette étude descriptive et contextualisée, nous avons interrogé les professeurs œuvrant au sein des grandes écoles de niveau tertiaire et industriel dans le district d’Abidjan. Grâce à une recherche combinée, utilisant à la fois un questionnaire et une entrevue structurée, que nous avons pu recueillir les opinions de cent-vingt (120) participants. L’analyse des informations obtenues à partir d’entretiens semi-structurés et structurés auprès des enseignants a révélé les divers degrés d’éducation des enseignants, les formations suivies, ainsi que les savoirs et aptitudes associées à la profession enseignante. Ces éléments constituent la base des cours dispensés dans les prestigieuses écoles privées.
Mots-clés : Aptitude, niveau, compétence, grandes écoles, privées
Conclusion: L’examen des résultats indique que la plupart des professeurs des grandes écoles privées n’ont pas bénéficié d’une formation adéquate en sciences de l’éducation, ni en pédagogie professionnelle. Ils se consacrent à l’enseignement en fonction de leurs diplômes universitaires ou professionnels. En effet, en plus de ces enjeux pédagogiques, nous constatons que les enseignants assurent l’apprentissage des apprenants en tenant compte des objectifs, des principes et des procédés d’enseignement. Dans leur approche pédagogique, ils intègrent l’échanges, l’exploitation des outils technologiques et la maîtrise des techniques d’évaluation. En se basant sur les points précédents, on peut noter que bien que les grandes écoles privées connaissent une expansion, il subsiste des disparités dans la qualité de la formation. Bien que primordiales, les compétences des formateurs ne correspondent pas systématiquement aux exigences du marché du travail. La diminution des taux de réussite au BTS reflète une préparation insuffisante des étudiants. En outre, un nombre considérable de diplômés a des difficultés à dénicher un poste à la hauteur de leurs qualifications, ce qui suscite des interrogations concernant la pertinence des programmes proposés (Marcel, 2005 ; Stephan et Franklin, 1985). Ces résultats mettent en lumière la nécessité d’une réforme au sein des grandes écoles privées pour améliorer la qualité de l’enseignement.
Références bibliographiques
- Altet, M. (2003). Caractériser, expliquer et comprendre les pratiques enseignantes pour aussi contribuer à leur évaluation, Les dossiers des sciences de l’éducation. Dans : De l’efficacité des pratiques enseignantes, Presses Universitaires de Mirail, 10 :31-43
- Banque mondiale (2003). Construire les sociétés du savoir : Nouveau défi pour l’enseignement supérieur. Les Presses de l’Université de Laval, 275p.
- Banque mondiale (2011). Rapport d’état sur le Système Educatif National : Comprendre les forces et les faiblesses du système pour identifier les bases d’une politique nouvelle et ambitieuse.
- Coulibaly M, (2016). Microviolences et incidents à l’école : les violences scolaires comme symptômes de la crise d’un modèle éducatif, Revue Universitaire des Sciences de l’Éducation, (7), 1-23.
- Gazier B. (1989). Employabilité de crise et crise d’employabilité, Séminaire D’économie du Travail, n° 919 :1-68.
- Goin Bi Z, N’Dédé B. (2008). Qualité et Innovation dans l’enseignement supérieur : Cas des universités privées en Côte d’Ivoire ». [En ligne], consulté le 25 mars 2013 sur URL : http://www.rocare.org/grants/2007/Qualité et innovation.pdf
- Gendreau-Massaloux (2002). Les besoins en éducation de l’Afrique. [En ligne], consultable sur URL : www.refer.sn/article201
- Le Bortef, G. (1994). De la compétence. Essai sur un attracteur étrange. Paris, Les éditions d’organisation, 16-18.
- Legendre, M.-F. (2017). Sens et portée de la notion de compétence dans le nouveau programme de formation ». [En ligne]. Université de Montréal. [En ligne], consultable sur URL : http://aqefls.org/ressources/ArticleLegendre.PDF
- Legendre, R. (2005). « Dictionnaire actuel de l’éducation » 3e édition. Montréal : Guérin éditeur ltée.
- Marcel, J. (2005). Le développement professionnel au travers de l’évolution des pratiques enseignantes, Revue des sciences de l’education.
- Sock, O. (2004). Politique d’enseignement supérieur et de Recherche scientifique au Sénégal : situation actuelle et perspectives, GDN, New Delhi
- Stephan ET Franklin, (1985). Principe du management, Paris. Edition Economica.
