HS 19_17
- LA RÉÉCRITURE DU MYTHE DE PANDORE DANS IL FAUT SAUVER PANDORA ! DE FERDINAND FARARA
- Essosolem Tchilalo YORA
- Université de Kara, Togo
- ORCID iD : 0009-0005-3912-1728
- y.olivia@yahoo.fr
Introduction: La réécriture des mythes est une tradition littéraire très ancienne. Depuis toujours, les mythes ont constitué une source d’inspiration inépuisable pour les écrivains, qui les perpétuent et les renouvellent au gré des contextes sociaux, politiques, historiques, culturels, etc. Il apparaît donc évident que « les liens entre mythe et littérature sont manifestes, nombreux et étroits » (Aron & al., 2002 : 506). La propension incessante des auteurs à investir les récits fondateurs témoigne de leur volonté d’inscrire leurs œuvres dans un dialogue permanent avec les intertextes universels. A la suite de Mircea Eliade, nous pouvons affirmer que « le mythe raconte une histoire sacrée, il relate un évènement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des commencements » (1963 : 15). Cependant, son actualité, quant à elle, reste indéniable. Bien qu’étant enraciné dans un passé originel, le mythe traverse les âges tout en gardant toujours sa portée universelle et son caractère intemporel. En effet, nombreux sont ces voix qui se sont nourries de l’imaginaire mythique pour interroger les réalités contemporaines. Parmi elles, l’écrivain togolais Ferdinand Farara s’illustre par une œuvre romanesque fortement ancrée dans les enjeux sociaux et environnementaux de son époque. Publié en 2020 aux éditions Awoudy, Il faut sauver Pandora ! est empreint d’une tonalité critique qui allie mythologie et réalisme. Le titre même de l’œuvre est fort significatif. Il évoque une figure mythique très emblématique, Pandore, qui, depuis Hésiode (2013), est souvent représentée comme le symbole de l’irruption du mal au sein de la société. Si le mythe de Pandore a généralement été associé au fatalisme, sous la plume de ferdinand Farara, il subit un processus de transmutation en incarnant un nouveau symbole. Pandora cesse d’être la femme responsable des malheurs du monde pour devenir un espace calamiteux que la détermination des hommes cherche à délivrer. Le roman met de ce fait en exergue la nécessité d’un engagement collectif afin de préserver l’humanité des fléaux qui la menacent. L’espoir enfermé au fond de la jarre n’est plus une attente passive, il se mue en une action salvatrice.
Comment Ferdinand Farara réinvente-t-il donc le mythe de Pandore ? Quels enjeux socio-politiques et éthiques cette actualisation permet-elle de mettre en lumière ? La présente étude part de l’hypothèse générale selon laquelle la transposition du mythe de pandore dans le corpus transcende un sobre exercice de réécriture littéraire pour se constituer en une lecture critique des crises sociales du XXIe siècle. Dans l’objectif de mener à bien cette analyse, nous emprunterons l’approche mythocritique de Pierre Brunel, qui envisage le texte littéraire à partir des configurations mythiques qui le sous-tendent. Pour Danièle Chauvin et Philippe Walter, « le postulat de la mythocritique est de tenir pour essentiellement signifiant tout élément mythique, patent ou latent, et donc d’organiser à partir de lui toute l’analyse de l’œuvre » (2005 : 7). Dans le prolongement de ce principe méthodologique, nous appréhenderons l’œuvre à la lumière du mythe de pandore qui en constituera la clé de lecture. Cette étude s’articule autour de trois axes majeurs. Nous analyserons d’abord les traces du mythe originel dans Il faut sauver Pandora ! Puis, nous interrogerons la manière dont l’écrivain opère une reconfiguration du mythe pour l’adapter au contexte actuel. Enfin, nous étudierons les fonctions contemporaines du mythe.
Résumé : Cet article explore la réécriture du mythe de Pandore dans Il faut sauver Pandora ! de Ferdinand Farara. Notre objectif est d’analyser, à la lumière de la mythocritique de Pierre Brunel, la manière dont l’écrivain togolais s’approprie l’hypotexte mythique pour le transposer dans un contexte social purement contemporain. Il est donc question d’examiner les mythèmes qui émergent du roman et à partir desquels l’auteur organise l’ensemble de son récit. Il en ressort que la résurgence du mythe de pandore se manifeste sous plusieurs formes. D’une part, la figure féminine du récit fondateur est mutée en un espace urbain en crise où foisonnent les pires fléaux. D’autre part, l’espoir acquiert une nouvelle portée symbolique : il cesse d’être l’ultime recours laissé aux hommes pour devenir l’incontournable levier du progrès social. Le mythe de Pandore se trouve en fin de compte réinvesti de nouvelles fonctions : satirique, moralisatrice et incitative.
Mots-clés : mythe de pandore, Pandora, mythème, transmutation, crises sociales.
Références bibliographiques
- Aron, P. & al. (dir.) (2002). Le dictionnaire du littéraire, Presses Universitaires de
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