• LA MUSIQUE TRADITIONNELLE COMME DISCOURS SOCIAL : ARTICULATIONS, FONCTIONS ET INTERACTIONS
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  • Youssou FOFANA
  • Laboratoire GRADIS
  • Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal)
  • ORCID iD : 0009-0008-1541-2039
  • fofanayoussou75@gmail.com
  • &
  • Kalidou Seydou SY
  • Laboratoire GRADIS
  • Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal)
  • ORCID iD :0009-0009-1580-2659
  • kalidou.sy@ugb.edu.sn

Introduction: Longtemps cantonnée au statut de simple patrimoine sonore ou d’expression purement esthétique, la musique est aujourd’hui appréhendée par les sciences humaines comme une pratique discursive et sociale à part entière. Elle permet de créer du sens, de tisser des liens entre les individus et de transmettre l’imaginaire propre à chaque communauté. Dans cette optique, l’ethnomusicologie moderne dépasse le simple inventaire technique : elle étudie les pratiques musicales comme des dynamiques vivantes où se construisent les identités, les mémoires et le sentiment d’appartenir à une culture. À cet égard, Rice (2013 :4) rappelle l’impératif pour l’enquête de situer l’art sonore au carrefour des sciences humaines :

  •  “Ethnomusicology is the study of why, and how, human beings are musical. This definition positions ethnomusicology among the social sciences, humanities, and biological sciences dedicated to understanding the nature of the human species in all its biological, social, cultural, and artistic diversity”.

 En parfaite complémentarité, Tarasti (2016 :19) démontre que la sémiotique musicale permet de saisir le fait musical non pas comme une forme isolée, mais comme une activité signifiante globale :

  •  “All musical semiotics start from the premise that music carries meanings, that it possesses sense and that it constitutes a meaningful activity. So it can accept Eduard Hanslick’s formalist theory of music as tönend bewegte Formen (moving sound forms), but only as what constitutes the minimal or primal aspect of musical signification”.

 Au Sénégal, ce patrimoine musical traditionnel revêt une importance capitale dans la régulation de la vie collective, en rythmant les rituels initiatiques, les cérémonies officielles et les circuits de transmission des savoirs mémoriels. Toutefois, la littérature scientifique disponible laisse apparaître un angle mort conceptuel. Les investigations existantes privilégient massivement les approches organologiques, les monographies historiques ou les caractérisations purement formelles. Dès lors, l’analyse fine de la musique traditionnelle sénégalaise, envisagée comme un discours autonome structuré par un système de signes codifiés, de sémantisations et d’interactions dynamiques, demeure encore embryonnaire et insuffisamment théorisée. Pour pallier ce déficit heuristique, cette étude prend pour objet les configurations expressives et symboliques de la musique traditionnelle sénégalaise sous le prisme de sa fonction discursive. Face à ces enjeux, la recherche se propose de répondre à la problématique suivante : par quels mécanismes internes et structures de signes la musique traditionnelle sénégalaise parvient-elle à produire du sens sémantique et à opérer comme instance de régulation des dynamiques relationnelles dans l’espace communautaire ?

Nous partons de l’hypothèse que la musique sénégalaise fonctionne comme un langage symbolique très organisé. En associant voix, instruments, rythmes et danses, elle véhicule une mémoire collective, des rituels et des codes essentiels à l’équilibre social. Pour vérifier cette idée, notre démarche s’articulera autour de trois grands axes. Le premier établira les bases théoriques et sémiotiques nécessaires pour analyser ce discours musical. Le deuxième examinera les structures concrètes et les choix esthétiques qui donnent du sens à la musique. Enfin, le troisième analysera le rôle socioculturel de ces expressions et la façon dont elles font interagir les individus avec leur environnement.

Résumé : Ce présent article permet de ressortir les critères d’articulation du discours musical sénégalais et ses fonctions communautaires. Cette musique constitue une modalité d’énonciation qui s’apparente à un système de signes porteur de mémoires, d’identités et de représentations collectives. La volonté de dépasser le simple fait sonore engendre ici une pratique sociale contextualisée. Ses structures interdépendantes (vocales, instrumentales, rythmiques et chorégraphiques) ouvrent les voies de la production du sens. Dès lors, la démarche sémiotique procède du besoin d’analyser ce patrimoine pour dépasser le seuil de la description. La musique traditionnelle apporte la cohésion sociale en offrant un cadre où s’articulent ses fonctions éducative, mémorielle, identitaire, rituelle et régulatrice avec son corollaire d’interactions entre acteurs et espaces.

Mots-clés : Musique traditionnelle, discours social, sémiotique musicale, cohésion sociale, Sénégal

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