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  • ALLIANCE MATRIMONIALE ET COHABITATION CULTURELLE : CAS DES COUPLES DANS LA COMMUNE DE BOKÉ (GUINÉE)
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  • Ismailou BALDE
  • Institut de Recherche sur le Patrimoine et en Linguistique
  • Applique (IRPLA)/Université Général Lansana Conté de Sonfonia
  • ORCID iD: 0000-0002-6152-9026
  • baldeismailou@gmail.com
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  • Mariame DIALLO
  • Institut de Recherche sur le Patrimoine et en Linguistique
  • Applique (IRPLA)/Université de Kindia
  • ORCID iD: 0009-0005-8760-6340
  • mariameabib86@gmail.com
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  • Aboubakar ALIDOU
  • Institut de Recherche sur le Patrimoine et en Linguistique
  • Applique (IRPLA)/Université Général Lansana Conté de Sonfonia
  • ORCID iD: 0009-0004-4233-4241
  • aboubakaralidou@.com
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  • Moussa Sayon KOUROUMA
  • Institut de Recherche sur le Patrimoine et en Linguistique
  • Applique (IRPLA)
  • mouskour78@gmail.com
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  • Paul KOMANO
  • Institut de Recherche sur le Patrimoine et en Linguistique
  • Applique (IRPLA)
  • paulkomano@gmail.com

Introduction: En Afrique, le mariage est généralement perçu comme un pacte fédérateur qui dépasse l’union de deux individus. Il engage des familles, des lignages et des communautés entières. Il constitue à la fois un cadre de régulation sociale, un mécanisme d’alliance et un espace de production du lien social. Il ne relève plus uniquement de la sphère privée ; il participe à la structuration des rapports entre les groupes ethniques, à la circulation des valeurs culturelles et à la consolidation de la cohésion sociale. Boké, ville située sur le littoral de la République de Guinée, est caractérisée par une diversité ethnoculturelle et linguistique à travers laquelle les unions matrimoniales entre les membres de différentes communautés offrent un terrain privilégié d’observation des dynamiques de coexistence, de négociation culturelle et de recomposition des pratiques langagières. En raison de ses potentialités minières, halieutiques, agricoles, commerciales, etc., la commune de Boké se distingue en effet par la présence de plusieurs communautés qui cohabitent dans un même espace social. Dans ce contexte, les mariages intercommunautaires apparaissent comme des faits sociaux significatifs et intensément observables.

Les différents groupes ethniques se rencontrent et la réduction des distances sociales puis l’établissement des relations d’alliance entre les familles d’origines diverses se font abondamment observées. Cette cohabitation matrimoniale s’inscrit dans un environnement marqué par la présence et l’usage croissant du sosoxui, langue qui, bien qu’elle ne soit pas originaire de la localité, tend à occuper une position dominante dans les interactions quotidiennes. Cette diversité aussi culturelle que linguistique que l’on observe à Boké favorise des questionnements qu’à l’hégémonie du sosoxui. La problématique de ce travail réside dans la pertinence des rapports qu’entretiennent les groupes sociaux dans leurs différentes relations interpersonnelles et communautaires. Plus spécifiquement, il s’agit d’examiner les logiques sociales qui sous-tendent ces unions, les formes de négociation qu’elles impliquent, ainsi que leurs effets sur les relations intercommunautaires et sur la transmission des langues. L’analyse de ces mariages permet ainsi d’aborder le couple non seulement comme une unité conjugale, mais aussi comme un espace d’interaction où se construisent des compromis sociaux, culturels et linguistiques.

La problématique étant établie, la présente recherche a pour objectif principal de décrire les logiques sociales du mariage entre les différentes communautés dans la commune de Boké. De cet objectif principal découlent trois objectifs spécifiques. Primo, il s’agit d’identifier les facteurs socioculturels ainsi que familiaux favorisant les mariages interethniques à Boké, secundo, il s’agira d’analyser le rôle du mariage dans le processus du renforcement des liens sociaux entre les communautés et tertio il s’agit d’examiner l’hégémonie du sosoxui dans les différentes communications communautaires. Sur cette base, la question principale de recherche est formulée comme suit :  comment les mariages entre les différentes communautés de la commune de Boké participent-ils à la cohésion sociale et à la recomposition des pratiques linguistiques dans un contexte marqué par l’influence du sosoxui ? De cette question découlent trois questions spécifiques : quels sont les facteurs qui favorisent les mariages entre les communautés à Boké ? Comment les mariages contribuent-ils au renforcement de la cohésion sociale entre les groupes par le truchement des formes de négociation des couples issus de différentes communautés ? Quel rôle joue le sosoxui dans les interactions conjugales et familiales ? L’hypothèse principale de cette étude est que les mariages entre les différentes communautés de Boké favorisent la cohésion sociale en créant des liens d’alliance, de solidarité et de négociation culturelle, tout en renforçant l’usage du sosoxui comme langue de communication commune au sein de la population. À partir de cette hypothèse principale, se déclinent trois hypothèses spécifiques : les mariages intercommunautaires à Boké sont favorisés par des facteurs de proximité sociale, de voisinage, d’échanges économiques et d’ouverture culturelle ; les unions contribuent à réduire les distances sociales entre les groupes ethniques par le truchement du vécu des couples issus de différentes communautés développant des stratégies de compromis pour l’harmonisation des normes familiales et culturelles en vue du renforcement de la cohésion communautaire et enfin le sosoxui s’impose progressivement comme la langue de communication privilégiée dans les échanges interpersonnels.

Résumé : Cet article examine les mariages intercommunautaires dans la commune de Boké comme un mécanisme qui contribue à la cohésion sociale et recompose les pratiques linguistiques locales dans un contexte marqué par la diffusion du sosoxui. Inscrite dans un cadre théorique pluridisciplinaire comprenant l’anthropologie de l’alliance de Claude Lévi‑Strauss (1949) et² prolongée par Louis Dumont (1975), de l’interactionnisme symbolique de Mead (1934) et Blumer (1969) et enfin les théories de l’interculturalité de Gudykunst & Kim (1984) et Ting‑Toomey (1999) ; cette étude vise à décrire les logiques sociales qui gouvernent les unions mixtes et leurs effets sur les relations intercommunautaires ainsi que la transmission des langues. La méthodologie adoptée dans cette recherche est qualitative avec des entretiens semi‑directifs et des focus groups avec comme participants, des couples, des membres de familles élargies et des leaders communautaires et administratifs. Les résultats de cette recherche  font état de la vivacité des mariages mixtes qui fondent des réseaux d’alliance et de réciprocité consolidant ainsi la solidarité locale et favorisant le vivre ensemble en apaisant considérablement les tensions intergroupes et politiques. Les mariages mixtes sont une occasion de différentes sortes de négociations sociales, de tolérance sociale et d’acceptation sociale. Dans cette diversité linguistique, le sosoxui s’impose comme une langue d’intercommunication entre les couples et à l’intérieur des échanges intercommunautaires. On note également une forte volonté de maintien des langues maternelles à travers diverses stratégies notamment le bilinguisme domestique, les usages contextuels de la langue. La ville de Boké se définit alors comme le carrefour des échanges intercommunautaires apaisés où le mariage interethnique constitue le socle même de la recomposition et de la cohésion sociale.

Mots‑clés : mariage interethnique ; cohésion sociale ; transmission linguistique ; langues, Boké.

Références bibliographiques

  • Blumer, H. (1969). Symbolic Interactionism: Perspective and Method. Berkeley: University of California Press. 256 p.
  • Dumont, L. (1975). « Quelques caractéristiques des systèmes d’alliance », in L. Dumont, Essais sur l’individualisme : sur une voie d’anthropologie, Paris : Gallimard, pp 121–144.
  • GOFFMAN, E. (1973). La mise en scène de la vie quotidienne, tome 1 : La présentation de soi. Paris : Les Éditions de Minuit, , 256 p.
  • Gudykunst, W. B., & Kim, Y. Y. (1984). Communicating with Strangers: An Approach to Intercultural Communication. New York : Random House. 320 p.
  • Lévi‑Strauss, C. (1949). Les structures élémentaires de la parenté. Paris : Presses Universitaires de France. 384 p.
  • Marie, A. (1972) « Parenté, échange matrimonial et réciprocité́ » (II), in L’Homme, tome 12 n°4. pp. 5-36
  • Mead, G. H. (1934). Mind, Self, and Society: From the Standpoint of a Social Behaviorist. Chicago: University of Chicago Press. 276 p.
  • Ting‑Toomey, S. (1999). Communicating Across Cultures. New York: Guilford Press. 352 p.
  • LE COMPLEMENT DE LA BIBLIOGRAPHIE SUR LE MARIAGE INTERETHNIQUE
  • – EFFET DE LA DISTANCE CULTURELLE SUR CHOIX CONJUGAL : MARIAGE ENDOGAMIQUE ET EXOGAMIQUE ENTRE LES DIFFERENTES ETHNIES EN COTE D’IVOIRE. ZIBE Guédé Patrick Doctorant au Département de Psychologie UFR Science de l’Homme et de la Société Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan (Côte d’Ivoire) guedezibe@gmail.com
  • L’interculturel : facteur de paix et de cohésion sociale Lacina YEO et KONATE A. Siendou ; collection « Recherche » – 2014
  • Le couple mixte : définition et réalité, January 2018 – Abdelaaziz Ourhou
  • Satisfaction conjugale des couples mixtes franco-gabonais: approche psycho-sociale et interculturelle
  • EF Mboumba – 2016 – theses.hal.science
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