N°021_Vol.2_03
- LA VANNERIE DANS LA RÉGION DU CENTRE AU CAMEROUN : PATRIMOINE CULTURE MATÉRIEL ET PATRIMOINE CULTUREL IMMATÉRIEL
- Raïssa TSANGO
- Département des arts et archéologie
- Université de Yaoundé I, Cameroun
- ORCID iD: 0009-0008-1489-4099
- tsara83@yahoo.fr
Introduction: Au 19e siècle, en Occident, le concept de patrimoine se limite à une entité matérielle constituée de sites et de mmonument. De nos jours, la notion de patrimoine est plus englobante ; à l’Unesco, on parle de patrimoine humain vivant. En Afrique en général et au Cameroun en particulier, on ne conserve pas uniquement ce qui est tangible ; on conserve aussi l’immatériel d’où le propos du Président Malien Alpha Oumar KONARE : « les œuvres culturelles n’étaient pas conservées pour elles-mêmes, elles s’accompagnaient souvent de l’intangible (rites, danse, cérémonies.) » Le Président Alpha Oumar Konaré (1992 : p.18) dénonce clairement l’erreur qui consiste à suivre la politique muséale occidentale en Afrique :
- « Traditionnellement, en Afrique, les objets culturels, les statues par exemple, étaient créés pour participer à un rite ou étaient liés au pouvoir. On ne conservait pas l’objet lui-même, mais pour le rite ou pour le souverain. La durée de l’objet était connue, sa vie réelle limitée. Aujourd’hui quand on décide de conserver un objet, c’est son aspect plastique qui est mis en avant. On le dépose alors derrière la vitrine d’un musée où personne ne va le voir. »
La vannerie est un patrimoine culturel qui regroupe à la fois le patrimoine culturel matériel et le patrimoine culturel immatériel, patrimoine culturel étant entendu ici comme héritage du passé, ce avec quoi nous vivons au présent et la source d’inspiration, d’émerveillement et de plaisir à transmettre aux générations futures. La vannerie, comme patrimoine culturel matériel, a servi de support de communication à travers les motifs, les signes et les représentations que les différents peuples du Cameroun ont inscrits dans le tressage du rotin. Ces objets constituent des exemples, des sources de vie et d’inspiration irremplaçable ; ils sont nos pierres de touche, nos points de référence, notre identité. Cet héritage reflète souvent la vie de nos ancêtres et doit sa survie aux efforts particuliers que de nombreux vanniers, détenteurs de ce legs, savent conserver en le pratiquant comme une activité économique. Patrimoine culturel immatériel à cause de ses techniques et savoir-faire lié à l’artisanat traditionnel. La transmission de ces savoir-faire et de ces techniques à des apprentis incombe au vannier d’une époque donnée. Mots clés : vannerie – patrimoine – patrimoine culturel matériel – patrimoine culturel immatériel.
Conclusion: La vannerie est un héritage, un legs des savoir-faire de nos peuples cest-à-dire lun de nos nombreux patrimoines. Un patrimoine est un donner à voir fait de curiosités qui tentent de rendre compte de lévolution des vécus du passé et du présent ; un donner à voir nest un donner à voir que dans la mesure où il est effectivement exposé et vu notamment dans la plupart de nos places et édifices publics. Depuis quelques mois, la chaîne de télévision française TV5MONDE est entrain de diffuser une série ivoirienne intitulée « Ma Famille» . Dans les épisodes où Michel Bohiri va rencontrer sa femme Delta Akissi, chez elle, le salon de la somptueuse villa de Delta est équipé de meubles en rotin. Quelles belles leçons de promotion et dincitation à consommer le « made in Côte dIvoire ! » en ce qui concerne la vannerie. Nous devrions, nous aussi, nous inspirer de ce genre dinitiative pour exposer le génie créateur de nos vanniers dans nos ministères, dans nos formations sanitaires ou dans nos établissements hôteliers. Les salles dattente de nos ministères, de nos hôtels et de nos formations sanitaires, pour ne citer que ces structures, gagneraient à être équipées de meubles fabriqués dans les ateliers de vannerie tenus par nos artisans. Alors, consommer camerounais ne sonnera plus creux, consommer camerounais sera une réalité, consommer camerounais aura une consistance. Quadviendrait-il en effet si chaque habitant de Yaoundé pouvait acheter un panier à pain qui coûte 500FCFA ? Le produit dune telle vente se chiffrerait à au moins 900 000 000FCFA. Et si les services de buanderie de nos différentes structures hospitalières et hôtelières venaient à se doter, eux aussi, de paniers à linge fabriqués dans les ateliers de vannerie camerounais ? Certaine que le produit dune telle acquisition, lui, sélèverait à un chiffre non éloigné du chiffre évoqué plus haut. Le vannier camerounais en général et celui de la Région du Centre en particulier nest autre que le « designer » en charge, entre autres, de la pérennisation de notre patrimoine, de la promotion et de la diffusion du label Cameroun. Si elle est un donner à voir, notre vannerie, quelle soit pratiquée dans la Région du Centre ou dans les autres Régions du Cameroun, est un héritage ; cet héritage malgré les assauts quil subit de la part des autres vanneries, doit être transmis à la jeune génération des vanniers, qui, à son tour, devra transmettre le flambeau ; chaque époque devant ainsi perpétuer cette nécessaire et salutaire mission pour que vive un pan non moins important de notre identité, pour que le Cameroun ne soit pas absent au rendez-vous du donner et du recevoir.
La préservation de ce patrimoine en soi est donc un enjeu, un défi ; le vannier de la Région du Centre daujourdhui et à plus forte raison celui de demain nest plus un artisan cloîtré, confiné dans son aire géographique fût-elle petite ou grande ; il est appelé, plus que jamais, grâce aux voyages, aux lectures, aux séminaires, aux expositions, aux colloques et à linternet, à se frotter à dautres valeurs, à dautres expressions artistiques qui, dune manière ou dune autre, forcément, ont un retentissement dans sa production dobjets dart, dans ses créations et peut-être dans lamélioration de ses conditions de vie ; la ville de Yaoundé, avec le développement prodigieux des nouvelles technologies de communications, est un pôle excellent, indiqué pour une vannerie dans la Région du Centre ouverte aux vanneries pratiquées ailleurs dans le reste du monde. La gamme des produits fabriqués par le vannier de la Région du Centre cesse alors dêtre lexpression exclusive de la richesse culturelle du Cameroun, le secteur étant de plus en plus soumis à dautres influences, à dautres habitudes de consommations.
Résumé : La vannerie dans la région du Centre au Cameroun : patrimoine culturel matériel et patrimoine culturel immatériel. La vannerie dans la Région du Centre est en plein essor; elle est pratiquée dans les villages à des finsagraire et domestique: la consommation des produits étant une économie de subsistance. Aujourd’hui, elle s’ étend dans les métropoles pour devenir une économie de production. Dès la crise de la fin des années 80, ce savoir-faire ancestral, va se constituer comme une solution aux injonctions des Institutions de Bretton Woods qui ont conduit notamment aux réductions des effectifs des personnels dans les secteur public et parapublic. Dans ce contexte, s’agissant du cas particulier de la vannerie, objet de notre étude, les ateliers jusque-là ouverts dans quelques rares endroits de la ville chef- lieu de la Région du Centre d’une part et siège des institutions nationales, de nombreuses Représentations diplomatiques et de nombreuses Organisations Régionales et Internationales d’autre part. Comment le binôme patrimoine culturel matériel/ patrimoine culturel immatériel de la vannerie pourrait-il se perpétuer chez les peuples de la Région du Centre, au Cameroun ? La Région du Centre, au Cameroun est une région agricole. Les récoltes issues de cette activité agricole exigeant entre autre, des paniers, des hottes, des greniers, produits de la vannerie. Cette dernière exigence reste de mise, la vocation de la Région du Centre n’ayant pas changé. Au-delà du rôle économique que la vannerie joue aujourd’hui dans la création des emplois et de la création des richesses à l’échelle du Cameroun, le quotidien des peuples fang-beti ne saurait se passer sans les produits issus de la vannerie qui pour cette aire, représente une identité, un héritage à pérenniser, à perpétuer, à transmettre. Dans la Région du Centre, la vannerie est un patrimoine, une culture. Le vannier appartient à une époque et à un espace géographique à ce titre, il tend à reproduire sa perception de son espace. Cette quête du beau que le vannier cherche à restituer est tributaire d’une identité communautaire. La vannerie du rotin, pour les différents peuples de la Région du Centre, est une accumulation des savoir-faire hérités des générations antérieures,elle n’est plus seulement un enjeu identitaire mais aussi un levier économique qui mérite d’être étudié sous deux angles: l’angle du patrimoine culturel matériel d’une part et l’angle du patrimoine culturel immatériel d’autre part. En plus de la recherche documentaire et des descentes de terrain, l’ analyse matérielle et ethnobotanique, l’analyse de la chaîne opératoire sont des outils méthodologiques qui ont été sollicités dans cette recherche. La première analyse a permis d’établir la taxonomie des rotins utilisés dans la confection des objets, leurs appellations en langues maternelles et en jargon local; la deuxième analyse a permis de retracer les différentes étapes de production des objets ( coupe du rotin, raclage, séchage, débitage, tissage et finitions).
Mots-clés : vannerie, patrimoine, patrimoine culturel matériel, patrimoine culturel immatériel, centre Cameroun.
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