• LE GROTESQUE COMME STRATÉGIE DE SUBVERSION DES CODES GÉNÉRIQUES DANS EN ATTENDANT LE VOTE DES BÊTES SAUVAGES D’AHMADOU KOUROUMA
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  • Kofi QUENUM
  • University of Media, Arts and Communication-UniMAC-IL Tamale
  • ORCID iD: 0009-0008-4272-7706
  • kofquenum@gmail.com /kquenum@unimac.edu.gh

Introduction: La littérature africaine francophone contemporaine est marquée par une dynamique de renouvellement des formes narratives. Contrairement aux ẻcrivains de la premiѐre heure qui ont privilẻgiẻ le cloisonnement gẻnẻrique, la vague de nouveaux ẻcrivains issus de la nouvelle gẻnẻration qui dẻferle sur la scѐne littẻraire africaine s’ oriente carrẻment entre autres vers l’ adoption du grotesque, caractẻrisẻ par l’hybridation, le dẻcloisonnement et la subversion des codes gẻnẻriques. Les textes d’Ahmadou Kourouma n’en sont pas du reste. Ils s’inscrivent dans le sillage de ces romanciers novateurs de la nouvelle gẻnẻration qui se singularisent par des oeuvres en rupture avec la forme gẻnẻrique traditionnelle du roman africain. Ahmadou Kourouma est indiscutablement un ẻcrivain phare de sa gẻnẻration dont l’ ẻcriture grotesque se dẻmarque par la dẻconstruction et la subversion des codes gẻnẻriques traditionnels en tẻmoigne son roman intitulẻ En attendant le vote des bêtes sauvages. Publié en 1998, En attendant le vote des bêtes sauvages constitue à cet égard une œuvre particulièrement représentative de cette esthétique de la rupture. Le roman raconte, sous une forme fortement satirique et grotesque, l’itinéraire politique de Koyaga, dictateur africain fictif dont le parcours est reconstitué à travers une cérémonie traditionnelle de donsomana. L’œuvre met ainsi en relation une forme romanesque moderne avec une forme de littérature orale issue de la tradition des chasseurs. Le récit fait également intervenir le conte, l’épopée, la chanson, le proverbe, la légende, le discours historique et des éléments du merveilleux et du fantastique. Cette coexistence de formes hétérogènes pose la question de la relation entre grotesque et subversion générique. Si le grotesque est traditionnellement associé à l’hybridité, à la déformation, au mélange des contraires et au brouillage des frontières, il semble particulièrement adapté à une écriture qui refuse les catégories génériques étanches. Bakhtine montre ainsi que le grotesque carnavalesque repose sur le décloisonnement, la dégradation, la transformation et la coexistence des contraires. Dans cette perspective, l’hybridité ne concerne pas uniquement les personnages ou les représentations du corps : elle peut également affecter les formes littéraires elles-mêmes.

La problématique de cette étude peut dès lors être formulée ainsi : comment le grotesque fonctionne-t-il comme une stratégie de subversion des codes génériques dans En attendant le vote des bêtes sauvages ? Autrement dit, comment l’esthétique grotesque permet-elle à Kourouma de transgresser les frontières entre le roman et les genres de l’oralité ? Comment l’hybridation générique participe-t-elle au renouvellement de la forme romanesque ? Nous faisons l’hypothèse que le grotesque ne constitue pas seulement un procédé thématique ou stylistique chez Kourouma. Il fonctionne comme un véritable principe de composition qui favorise la transgression des frontières génériques. Cette transgression s’effectue notamment à travers trois mécanismes : le dialogue du texte avec d’autres textes et discours, le mélange des genres écrits et oraux et la transformation de la narration romanesque en performance. L’objectif est donc de montrer, d’une part, que les pratiques intertextuelles, hypertextuelles et architextuelles participent à la subversion des codes littéraires et, d’autre part, que l’intégration des genres de l’oralité transforme profondément la structure du roman. L’analyse s’appuie principalement sur les concepts d’intertextualité, d’hypertextualité et d’architextualité de Genette, sur la conception bakhtinienne du grotesque et sur les travaux consacrés à l’oralité et à la narration-performance dans le roman africain contemporain, notamment ceux de Tro Dého et d’Ehora. Pour ce faire, nous avons ẻchelonnẻ notre travail sur 6 grandes parties, dont les articulations se prẻsentent comme suit. Nous avons à priori structurẻ notre article autour de l’analyse des formes du grotesque qui participent de la transgression et dẻconstruction des frontiѐres gẻnẻriques classiques. Nous procẻdẻrons dans la deuxiѐme partie à ressortir la maniѐre dont l’architextualitẻ contribue au brouillage des codes gẻnẻriques. La troisiѐme partie porte sur l’examen des genres de la littẻrature orale comme instrument de subversion. La quatriѐme partie se focalise sur comment certains genres oraux transgressent le rẻalisme romanesque. La cinquiѐme partie aborde comment l’oeuvre transgẻnẻrique s’incline vers une renovation de la forme romanesque. Enfin la sixiѐme partie traite le grotesque comme stratẻgie globale de subversion des codes gẻnẻriques.

Résumé: Le grotesque constitue l’une des modalités esthétiques emblẻmatiques de l’écriture d’Ahmadou Kourouma. Dans En attendant le vote des bêtes sauvages (1998), il ne se cantonne ni à une esthétique de l’ anormal et ni à des procẻdẻs de caricature et de satire des dictatures africaines. Il prẻsente de nombreuses distorsions et subversions des codes génériques et narratifs. Cet article vise à examiner comment l’hybridation gẻnẻrique, un des traits caractẻristiques du grotesque, s’ illustre chez Ahmadou Kourouma par le brouillage des frontières entre l’ ẻcrit et l’oral, le mẻlange des genres littẻraires et la performance orale. Pour cerner les coutours du grotesque comme stratẻgie de subversion des codes gẻnẻriques qui brille par sa singularitẻ dans le texte, nous avons choisi les outils théoriques, développés essentiellement par les théoriciens du grotesque tel que Bakhtine, Qui plus est, un dẻtour par les concepts d’intertextualité, d’hypertextualité et d’architextualité de Genette, et les travaux de Bakhtine, Tro Dého, Ehora et Beniamino, nous a servi à dẻchiffrer que l’hybridation générique constitue le principe fondateur de l’écriture kouroumienne. Le prẻsent article révèle que le texte de Kourouma n’ est pas marquẻ que par l’insertion d’ éléments de l’oralité dans une forme romanesque occidentale. En fait, Kourouma recompose le rẻcit et crẻe un texte où plusieurs genres s’entrelacent et se superposent. Il rompt avec les choix rẻdactionnels du cloisonnement des genres en vogue antẻrieurement et donne ainsi naissance à un texte complexe où   scripturalité et oralité dialoguent et nẻgocient dans un principe d’harmonie. L’entrecroisement des genres, l’ hybridation des genres qui se caractẻrise entre autres par le dẻploiement du donsomana, des narrateurs-griots, des interventions des narrateurs-personnages, des chants, des proverbes, du merveilleux, du fantastique, des métamorphoses et de la théâtralisation de la narration participe de la constitution d’une oeuvre transgẻnẻrique. Vẻritable phẻnomѐne de rupture et d’ innovation, le grotesque devient alors une esthétique de la transgression et de non-respect du cloisonnement traditionnel des genres littẻraires et permet à Kourouma d’ẻlaborer une forme romanesque protéiforme et originale.

Mots-clés : grotesque, subversion, hybridité, oralité, codes génériques

Références bibliographiques

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