• LES OBSTACLES A L’USAGE DES TICE PAR LES ENSEIGNANTES
  • DU PRIMAIRE AU BURKINA FASO
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  • Souleymane NIAMPA
  • Laboratoire de Psychopédagogie, Andragogie, Mesure et Évaluation et de Politiques Éducatives. Université Norbert ZONGO, Burkina Faso
  • ORCID iD: 0009-0009-9213-1238
  • niampa.souleymane@yahoo.fr
  •  
  • Barthélémy SORGHO
  • Université Norbert Zongo, Burkina Faso
  • ORCID iD : 0009-0001-8203-9114
  • barthelemysorgho@gmail.com
  • &
  • Windpouiré Zacharia TIEMTORÉ
  • Laboratoire de Recherche en Éducation et Formation
  • École Normale Supérieure (ENS), Burkina Faso
  • ztiemtore@gmail.com

Introduction: La fracture numérique qui traduit une variation dans l’accès, les usages et les bénéfices tirés des TIC (Kiyindou, 2009) est traditionnellement appréhendée en termes d’écart entre le Sud et le Nord. Mais dans certains pays, notamment ceux de l’Afrique au sud du Sahara, le fossé dans l’appropriation des TIC revêt également des disparités entre les hommes et les femmes. Dans ces pays, « la société de l’information produit et reproduit des inégalités de genre » (Palmieri, 2012 ; p.177). Les inégalités sociales et historiques entre les hommes et les femmes se répercutent dans le numérique (Ben Taziri et Akkari, 2025). En effet, selon plusieurs études (ADEA ; Ben Taziri et Akkari, 2025 ; Palmieri, 2012 ; Moukala et Al-Ansar, 2024 ; Afro baromètre, 2022), les différences d’accès et d’usage d’internet sont en défaveur des femmes. Le réseau genre et TIC a qualifié la situation d’inquiétante à l’issue d’une étude menée en 2005 dans six pays francophones dont le Burkina Faso. Les résultats de cette étude indiquent que « les femmes ont globalement un tiers de chances en moins que les hommes de bénéficier des avantages de la société africaine de l’information » (Régentic, 2005). Ben Taziri et Akkari (2025) ont également fait le constat d’une sous-représentation des femmes dans le domaine du numérique dans les pays économiquement faibles. « Les Africaines sont moins “connectées” au réseau internet que leurs homologues masculins » (Palmieri, 2012, p.173). « Le déficit d’accès et d’usage de l’internet est nettement plus fréquent chez les femmes », estime Afro baromètre (2022, p.2). En 2023, sur le continent, 35 % des hommes avaient recours à internet contre 24 % de femmes (ADEA). Au Mali, ce taux est de 17 % pour les hommes et 5 % pour les femmes en 2025 (Ben Taziri et Akkari, 2025). Au Burkina Faso, parmi les utilisateurs d’internet, les femmes représentaient 30 % environ en 2024 (Moukala et Al-Ansar, 2024). Cette différence d’usages des TIC est surtout marquée chez les femmes plus âgées, constatent Kpangba, Nogbou et Yapi (2025). Dans ces conditions, le potentiel des TIC, en raison de leur capacité de transformation sociale (Enda, 2005) à contribuer à la réalisation des objectifs de développement énoncés dans la Déclaration du Millénaire, notamment l’éradication de l’extrême pauvreté (Sommet mondial sur la société de l’information, 2003), risque d’être compromis. D’autant plus que les femmes représentent la majorité de la population (Gibigaye, 2005). Ainsi, quels sont les obstacles à l’usage professionnel des TIC par les enseignantes au Burkina Faso ?

L’objectif de cette étude est donc d’analyser les obstacles à l’usage des TICE par les enseignantes au Burkina Faso. Les TICE sont considérées comme un ensemble de technologies fondées sur l’informatique, la microélectronique, les télécommunications (notamment les médias sociaux), le multimédia et l’audiovisuel (Basque, 2005 ; Holo, 2015) utilisées à des fins d’enseignement et d’apprentissage. Elles sont constituées d’outils et d’applications d’accès à l’information et de communication (Kaboré, 2021) dans le domaine de l’éducation. Mais, la présente étude porte sur quelques-unes, notamment sur le smartphone, internet et deux réseaux sociaux numériques (WhatsApp et Facebook). En effet, le téléphone portable est la technologie, comparativement aux autres, la plus utilisée sur le continent africain (UIT, 2004). La majorité des usagers ont plus accès aux smartphones qu’à l’ordinateur (Yam Pukri, 2021). Quant à internet, il « permet l’accès public à la connaissance mondiale et à l’expression individuelle et citoyenne, par l’information, l’expression, la communication, le plaidoyer et l’action » (Régentic, 2005 ; p.39). De plus, 84,3 % des utilisateurs d’internet sur le continent se servent d’appareils mobiles et 69,13 % du trafic internet relève de la technologie mobile (Moukala et Al-Ansar, 2024 ; p.4). Par ailleurs, selon Moukala et Al-Ansar (2024), Facebook et WhatsApp sont les réseaux sociaux les plus utilisés sur le continent. Nous formulons l’hypothèse que l’usage professionnel des TIC par les enseignantes au Burkina Faso est limité par une combinaison de facteurs psychosociaux et socioculturels liés au genre. Le présent rapport s’articule autour de trois principales parties : le cadre théorique et méthodologique de l’étude, la présentation des résultats, puis leur discussion.

Résumé : Les enseignantes utilisent relativement moins les TICE à des fins professionnelles comparativement à leurs collègues masculins. Afin de comprendre les causes de cette situation, cette étude s’est intéressée aux obstacles à leurs usages du smartphone, de l’internet et des réseaux sociaux numériques. L’analyse s’est appuyée sur la théorie du sentiment d’auto-efficacité ainsi que sur celle des représentations sociales de genre. Les données recueillies à l’aide d’un questionnaire administré à trois cent quatorze (314) enseignantes ont permis de mettre en évidence plusieurs facteurs explicatifs. La faiblesse du sentiment d’auto-efficacité numérique constitue le principal frein à l’usage professionnel des TICE par les enseignantes. Les facteurs socioculturels exercent également une influence indirecte sur leurs adoptions. Cependant, les enseignantes ne manifestent aucun complexe vis-à-vis de l’utilisation des outils numériques et affichent, au contraire, des dispositions favorables à leur intégration dans leurs pratiques professionnelles.

 Mots-clés : TICE, usages, obstacles, représentations de genre, auto-efficacité.

Références bibliographiques

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