• LA PUNCHLINE : ANALYSE D’UNE CATÉGORIE ESTHÉTIQUE DE LA MUSIQUE RAP
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  • Koffi Mélaine-Anicet Victorien KOUAKOU
  • Université Alassane Ouattara de Bouaké (Côte d’Ivoire)
  • ORCID id : 0009-0004-4480-2969
  • kmanicetv@gmail.com

Introduction: De tous les genres de musique qui existent dans notre société de ce XXIe siècle, – société de culture de masse, société de spectacle –, le Rap est sans conteste le genre musical le plus populaire. C’est en effet une musique qui a la cote aux Bourses de l’audimat Télé, de l’écoute Radio, des likes des Réseaux Sociaux, des vues sur les Chaînes Web, et des Sites de streaming musical. Pour filer la métaphore du langage boursier, le Rap est la seule musique qui a le Triple A en Bourse musicale aujourd’hui. Seulement, les approches courantes du Rap, en termes de réflexion sur le genre musical populaire qu’il représente, sont la plupart du temps d’ordre sociologique. Très peu d’analyses, de fait, à propos du style musical qu’est le Rap, inclinent du côté de l’esthétique ; science de la sensibilité en rapport à l’art, à la beauté, au goût, c’est-à-dire au fait d’être sensible à une chose, un fait, un être, une œuvre d’art (musique, livre, statue, etc…) qui peut être de l’ordre du plaisir ou du déplaisir. C. Talon-Hugon (2004 : 3-4). Il est vrai que ne peut se faire l’économie du sociologique dans toute analyse du Rap mais celui-ci n’est pas plus un fait social qu’esthétique. Par cela, le champ du rap doit être ré-investi esthétiquement, c’est-à-dire donner à l’esthétique la part qui lui revient dans le Rap. D’aucuns diraient à la sensibilité esthétique ce qui est à la sensibilité esthétique dans le Rap. Et, ce qui est justement l’une des composantes de la sensibilité dans la musique Rap, en sorte que enfants, adolescents, adultes, prennent plaisir à rapper, à écouter de la musique Rap, c’est, selon notre hypothèse, la punchline. Emmanuel Kant, dans un passage de Critique de la faculté de juger (1995 : 200-201), nous apprend que les exclamations du type « c’est beau ! », « c’est sublime ! » de la part de l’homme devant des œuvres d’art ou des choses de la nature – en tant que des jugements de goût – ont leurs causes dans un libre jeu des facultés de la sensibilité, de l’entendement et de l’imagination. S’inscrivant dans ce sillage kantien, nous conjecturons que l’une des raisons explicatives des affirmations par les amateurs de musique Rap « ce son c’est du lourd ! », « ce son ça tue ! » c’est l’esthétique-critique des punchlines de ces chansons Rap. Ainsi, le problème au cœur de la réflexion que nous engageons est : Dans quelle mesure la punchline constitue-t-elle un critère important de jugement esthétique d’une chanson Rap ? Cette question ne saurait trouver réponse sans avoir au préalable fait le tour des interrogations spécifiques suivantes : Qu’est-ce que la punchline ? Est-ce une pratique consubstantielle à l’histoire de la musique Rap ? Quel enjeu surtout pour les artistes rappeurs actuels, notamment d’Afrique, que la punchline est un étalon esthétique de la chanson Rap ? Pour ce faire, les méthodes respectives qui seront en usage sont l’analytique, l’historique et l’herméneutique. La méthode analytique en vue de saisir l’essence du concept de punchline ; la méthode historique pour une enquête sur l’histoire de la musique Rap de même que la pratique de la punchline dans la musique Rap ; et la méthode herméneutique dans le cadre d’étude de chansons rap d’artistes rappeurs africains.

Résumé : Le Rap est généralement réduit à une musique de bandits, de voyous, qui n’excellent que dans la profération des propos obscènes, vulgaires, vêtus de vêtements oversized avec des grosses chaînes en argent, en or ou en diamant. Nique ta mère, nique ton père, nique la société, nique l’État, nique le gouvernement, nique le Président, voilà à quoi est ramenée la musique urbaine Rap. Ă s’en tenir à cette image d’épinal, faire de la musique Rap ce serait être habile à lancer des invectives, des mots d’oiseau sur un beat. Même si cela ne constitue la vraie identité de la musique Rap, il faut néanmoins souligner qu’une constante chez les rappeurs à procéder non seulement en des paroles inélégantes mais aussi à des « clashs » entre eux tend à éclipser son esthétique en tant que musique. En effet, le Rap, par-delà ce que certains rappeurs laissent à voir comme sa laideur supposée, est une musique dont la beauté serait dans la façon même de construire énigmatiquement le sens des mots en sorte que celui ou celle qui écoute est sous le charme. Il y a dans la musique Rap un esthétisme des mots. C’est ce que l’on retrouve notamment dans la punchline, un procédé stylistique d’énoncé dans le Rap. En d’autres termes, s’il est une chose à partir de laquelle juger esthétiquement d’une chanson rap au point de l’apprécier il semble que c’est la punchline, cette manière de jouer avec les mots et d’en faire des armes de combat. Dans quelle mesure alors la punchline est-elle une catégorie esthétique qui fait le charme et la beauté de la musique Rap ? La punchline est-elle une pratique propre au Rap ? Les rappeurs d’aujourd’hui font-ils usage de la punchline comme il se doit ? 

Mots-clés : Esthétique, Musique, Punchline, Rap 

Références bibliographiques

  • ADJERAD Daniel, 2022, Punchlines. Paris, Édition Le Mot et le reste.
  • ARCHIMÈDE Pascal, 2018, Histoire de l’Amérique noire, des plantations à la culture rap. Paris, Nofi Éditions.
  • BERTOT Sylvain, 2021, Rap, Hip-Hop 40 années en 200 Albums. Paris, Édition Le Mot et le reste.
  • BOLI Claude, 2016, Mohamed Ali. Paris, Édition Folio Gallimard.
  • KANT Emmanuel, 2000, Critique de la faculté de juger, trad. Alain Renaut. Paris, Édition Garnier Flammarion.
  • KANT Emmanuel, 2025, Qu’est-ce que les lumières ?, trad. Jean-François Poirier et Françoise Proust. Paris, Édition Garnier Flammarion.
  • MC EWEN Jeremie, Philosophie du Hip-Hop. Montréal, Éditions XYZ.
  • NIANG Abdoulaye, 2018, « Rap en Afrique : Faire tourner la roue de l’histoire », in Mouvements no96, pp. 119-127.