N°021_Vol.4_05
- JE SUIS JÓOLA, ET J’APPRENDS EN FRANÇAIS : ATOUT OU OBSTACLE ?
- Kéba DIÉDHIOU
- Université Assane Seck de Ziguinchor (Sénégal)
- ORCID iD: 0009-0000-9286-9982
- kebadiedhiou20@gmail.com
Introduction: En Afrique, au lendemain de la colonisation, la problématique des langues s’est invitée a dans les orientations des politiques publiques et éducatives des nouveaux états indépendants. Le Sénégal, à l’instar de beaucoup de pays africains, est caractérisé par une pluralité de langues et de cultures qui cohabitent avec le français, la seule langue officielle admise pour les transmissions des savoirs dans les établissements scolaires, dans les administrations et dans l’armée. Cette situation a créé bon nombre de difficultés chez les élèves ,qui une fois admis à l’école, doivent construire leurs discours aussi bien à l’oral qu’à l’écrit dans une langue différente de leurs langues de première socialisation. Cette difficulté est notée chez certains enfants jóolas de la Casamance, communauté linguistique et culturelle du sud du pays. En effet, les structures morphosyntaxiques du jóola sont très différentes de celles du français. Cette particularité fait que l’apprentissage de la langue seconde (le français particulièrement) dépasse les difficultés ordinaires que rencontrent les apprenants dans les contextes multilingues africains. Ces défis concernent non seulement la maîtrise grammaticale, phonologique et lexicale du français, mais aussi la tension identitaire que génère l’apprentissage d’une langue étrangère perçue parfois comme concurrente, voire menaçante pour la problématique transmission culturelle. Du moment où certains locuteurs jóolas peinent à articuler correctement la langue française, des sentiments de repli identitaires ne peuvent pas manquer en Casamance. Le nombre de locuteurs francophones diminueraient sur l’étendue du territoire diminuerait considérablement. C’est dans ce contexte que s’inscrit notre: l’apprentissage du français représente-t-il, pour les locuteurs jóolas, un atout ou un obstacle ? Cette question, en apparence binaire, recouvre en réalité une complexité multidimensionnelle qui articule des enjeux linguistiques, didactiques, identitaires et politiques.
Dans cet article, il sera question de situer d’abord le cadre sociolinguistique et politique du Sénégal, avant de préciser la méthode utilisée pour l’étude. Ensuite, nous présenterons les résultats en deux phases : d’une part la fonction identitaire de la jóola et les perceptions de ses locuteurs vis-à-vis du français et d’autre part les difficultés constatées chez les locuteurs jóolas en apprentissage du français. Enfin, nous discuterons des opportunités qu’offrent la langue française et des stratégies pédagogiques fondées sur une approche interculturelle et plurilingue à mettre en place œuvre dans le contexte casamançais.
Résumé : Le présent article examine la situation sociolinguistique des locuteurs jóolas du Sénégal face à l’apprentissage du français, langue officielle du pays. Partant du constat que les apprenants issus de cette communauté linguistique rencontrent des difficultés spécifiques liées aux divergences structurelles entre leur langue de première socialisation et le français, nous interrogeons la nature de cette relation : l’enseignement en français constitue-t-il un atout pour leur insertion sociale et professionnelle, ou représente-t-il un obstacle à la préservation de leur identité culturelle et linguistique ? À travers une approche sociolinguistique fondée sur l’observation des pratiques langagières dans les écoles primaires de Diabir et Lyndiane 2 (commune de Ziguinchor) et des données ethnolinguistiques, et didactique, appuyée par des travaux portant sur la politique linguistique sénégalaise, l’article démontre que le rapport au français chez les Jóolas est ambivalent : il est à la fois vecteur d’émancipation et facteur de marginalisation culturelle. Nous plaidons pour une éducation bi-plurilingue qui valorise les langues autochtones tout en garantissant une maîtrise fonctionnelle du français.
Mots-clés : Jóola, français langue seconde, politique linguistique, identité culturelle, bi-bilinguisme.
Références bibliographiques
- Auger N. (2007). Une didactique de l’interculturel possible auprès des enfants nouvellement arrivés, dans S. Lucchini & A. Maravelaki (dir.), Langue scolaire, diversité linguistique et interculturalité, Éditions Modulaires Européennes, IRIS, 76-83.
- Aw Ka Dia, (2016). ARED, une expertise au service d’une éducation de qualité au Sénégal Éducation et sociétés plurilingues [En ligne], 41 | 2016, mis en ligne le 20 octobre 2017, consulté le 12 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/esp/930 Bialystok E. (2011). Reshaping the mind: the benefits of bilingualism. Canadian Journal of Experimental Psychology, 65(4), 229-235.
- Calvet L.J. (1996). Une ou deux langues ? Ou le rôle des représentations dans l’évaluation des situations linguistiques Études créoles 19-2, pp. 69-82.
