Hors-Série n°17_08
- LANGUES EN CONTEXTE DE CRISE SECURITAIRE AU BURKINA FASO : STRATEGIES DE SAUVEGARDE DES LANGUES MINORITAIRES DES ZONES D’ACCUEIL DES PDI DE PABRE (REGION DU CENTRE)
- Issa OUEDRAOGO
- Université Lédéa Bernard OUEDRAOGO
- ORCID: 0009-0008-4134-1633
- ouedraogoissa323@gmail.com
- &
- Rahinatou TIEKONE
- LAREFOS/ Université Joseph Ki-Zerbo
- ORCID: 0009-0000-8018-0563
- tiekone2016@gmail.com
Introduction: Après une relative longue période de stabilité sociopolitique avec ses différents groupes socio-ethniques et religieux, le Burkina Faso connait, depuis janvier 2015, une crise sécuritaire sans précédent. Cette situation sécuritaire, en une décennie, a engendré une crise humanitaire complexe qui affecte l’ensemble du pays dont le Sourou, le Goulmou, le Nakambé, le Soum, le Kuilsé pour ne citer que cela. Ainsi, cet avènement caractérisé par une multiplication des attaques terroristes a entraîné des déplacements forcés de populations fuyant ces zones moins sécurisées vers des zones plus sécurisées avec une crise humanitaire jamais connue. Le nombre de personnes déplacées internes (PDI) est passé de 1 999 127 à 2 062 534 entre le 28 février 2023 et le 31 mars 2023 dont 59 822 PDI pour la région du centre (UNHCR Burkina Faso, 2024). Ces vagues de déplacements ne sont pas sans conséquences. Cela a entraîné une mobilité des langues. Celle-ci se caractérise par un déplacement des trajectoires linguistiques des zones de départ vers les zones d’accueil de la région du Centre (Kadiogo). Cela nous amène à nous pencher sur la problématique des trajectoires linguistiques des populations déplacées internes en contexte de crise sécuritaire au Burkina Faso. Une telle étude est intéressante en ce sens qu’elle nous offre une connaissance approfondie de la mobilité des langues, et leur contribution à la recherche de la stabilité à travers un aménagement linguistique qui n’étouffe pas les minorités culturelles et linguistiques dans les zones d’accueil.
En guise de problème, il faut souligner que les parcours migratoires ainsi que les trajectoires sociolinguistiques associées en cette période de crise sont peu connus dans notre contexte alors que certains sociolinguistes établissent qu’une « dépendance réciproque semble être établie entre apprentissage d’une langue d’accueil et insertion sociale » (R. Le Page & A. Tabouret-Keller, 1985, p.146). Cette vision nous a conduite à formuler un certain nombre d’interrogations. La question principale s’interroge sur quels sont les trajectoires ethnolinguistiques des populations déplacées internes dans le contexte de la crise sécuritaire ? les questions spécifiques sont entre autres : (i) quelles sont les caractéristiques sociodémographiques des PDI étudiés ? (ii) quels sont les trajectoires linguistiques des minorités culturelles et linguistiques ? (iii) quelles sont les stratégies de conservation et d’adaptation linguistiques des PDI minoritaires dans les zones d’accueil ? Les hypothèses qui en découlent sont les suivantes.
L’hypothèse principale souligne que des trajectoires ethnolinguistiques des populations déplacées internes sont identifiables dans le contexte de la crise sécuritaire ? Les hypothèses spécifiques portent entre autres sur : (i) l’identification trajectoires ethnolinguistiques des populations déplacées internes se manifestent par des caractéristiques sociodémographiques et sociolinguistiques ; (ii) Trajectoires des minorités culturelles et linguistiques se caractérisent suivant leurs zones de départ et d’accueil desdits PDI ; (iii) et des stratégies de conservation et d’adaptation linguistiques des minorités ethnolinguistique en situation de déplacement sont observées dans les zones d’accueil. L’objectif principal consiste à identifier les trajectoires ethnolinguistiques des populations déplacées internes dans le contexte de la crise sécuritaire. Les objectifs spécifiques quant à eux visent à : (i) déterminer les caractéristiques sociodémographiques des PDI étudiés ; (ii) identifier les trajectoires linguistiques des minorités culturelles et linguistiques et (iii) identifier les stratégies de conservation et d’adaptation des PDI minoritaires dans les zones d’accueil.
Résumé : La gestion des populations déplacées dans le contexte de la crise sécuritaire pose la problématique de la gestion des minorités et leur trajectoire linguistique. Leur parcours migratoire atteste des trajectoires linguistiques peu connus pouvant les marginaliser dans leurs nouveaux milieux d’accueil. L’objectif de cette étude consiste à identifier les trajectoires ethnolinguistiques des populations déplacées internes dans le contexte de la crise sécuritaire. Elle vise spécifiquement à proposer des stratégies de conservation des langues maternelles. Le cadre de référence théorique s’inscrit dans le cadre des travaux de la sociolinguistique de Blommaert (2010). La collecte des données auprès des populations déplacées de la Region du Centre a été fait sur la base de la recherche documentaire, des entretiens semi-dirigés et un questionnaire administré a permis de disposer de données analysables. Des caractéristiques sociodémographiques, une identification des minorités ethniques et linguistiques, des trajectoires linguistiques, et des stratégies de conservation des langues maternelles ainsi qu’une réappropriation/ apprentissage de langue 1 et des facteurs y associés sont entre autres des résultats de l’étude.
Mots-clés : mobilité linguistique, trajectoires linguistiques, langues maternelle, langue 1, crise sécuritaire
Références bibliographiques
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- Blommaert, J. (2010). The Sociolinguistics of Globalization. Cambridge : Cambridge University Press. pp. 137 – 152 DOI:
- https://doi.org/10.1017/CBO9780511845307.007 [Opens in a new window], [en ligne] page consultee, le 25 janvier 2025.
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