N°019_Vol.3_14
- DU TRAUMATISME A LA DESILIENCE : PROPOSITION D’UNE DEFINITION THEORIQUE DE LA CREATIVITE DESILIENTE
- Toudonou Fidèle HONVOU
- Doctorant à l’École Doctorale Pluridisciplinaire « Espaces, Cultures Et Développement » de l’Université d’Abomey-Calavi
- ORCID iD: 0009-0006-6008-1473
- toudonouhonvou7@gmail.com
- &
- Tata Jean TOSSOU
- Psychologie Sociale, Université d’Abomey-Calavi
- ORCID iD: 0009-0003-5836-4923
- totajeambo@yahoo.fr
Introduction: En psychologie, la créativité a pendant longtemps revêtue un aspect systématiquement positif. Elle est considérée comme un atout qui favorise la capacité d’adaptation et le développement de l’être humain grâce à l’innovation. Les cognitivistes l’identifient comme la possibilité de générer des idées originales et pertinente (Runco et Jaeger, 2012) alors que dans l’approche humaniste, elle renvoie à la prise de conscience de ces ressources et à la progression personnelle (Maslow, 1968). Ainsi la créativité correspond à un processus de construction de sens et d’équilibre psychologique bénéfique à l’individu et à sa société. Concurremment, les réflexions scientifiques jusque-là en psychologie sur le traumatisme révèle à la fois ces effets pervers et l’occasion d’une croissance personnelle post-traumatique qu’il offre. D’ailleurs, le concept post-traumatique dénote d’une transformation mentale utile après un vécu traumatique (Tedeschi et Calhoun, 2004). Ces changements témoignent, en effet d’un remaniement de la signification de la vie, une restructuration de la vie relationnelle et une meilleure appréhension des capacités personnelles. Dans cette veine, la résilience semble se lire à travers certaines formes de créativité qui permettrait la symbolisation et l’élaboration du vécu traumatique (Forgeard, 2013). Cette perception délabrement positive engendre une sorte d’ignorance des itinéraires complexes de résilience douloureuse qui n’est pas forcément compatible à la créativité (Anaut, 2005 ; Lysek (2008). Le traumatisme ne permet donc pas exclusivement une intégration adaptative. Il peut donner lieu à une rumination persistante, à une dysrégulation émotionnelle ou une fragmentation narrative (Sajus, 2024). Il est par conséquent nécessaire de vérifier si toutes les manifestations créatives consécutives à un traumatisme découle d’un itinéraire de résilience ou bien s’il en existe qui mettent en relief une pseudo-résilience (Anaut, 2005). Dès lors, il existerait une créativité non résiliente qui pourrait être nommée créativité désiliente. Ainsi, comment peut-on définir la créativité désiliente à partir des analyses critiques de la littérature scientifique en psychologie clinique ?
A cet effet l’objectif de cet article est de proposer une définition théorique de la créativité désiliente à partir d’une revue critique de la littérature scientifique en rapport avec le traumatisme et la créativité. L’hypothèse qui conduit l’étude énonce la créativité désiliente comme une production créative consécutive à un vécu traumatique partiellement élaborer ou non élaborer et qui n’est alors qu’une répétition compulsive d’une douleur psychiquement paralysante. Pour vérifier cette hypothèse, l’ossature de l’article est composée de quatre axes discursifs. Le premier révèle le lien entre le traumatisme, la résilience et la désilience. Le deuxième traite le traumatisme, la résilience et l’élaboration recombinative. Le troisième aborde le traumatisme, la créativité malveillante et la créativité négative. Le dernier définit la créativité désiliente et établit une différenciation avec la créativité malveillante et celle négative.
Conclusion: Ce travail de recherche a permis de faire un tour d’horizon sur les données scientifiques existantes en psychologie tant sur le traumatisme la résilience et la créativité que sur la désilience. La somme des connaissances rassemblées au regard de notre objectif dévoile avant tout une corrélation entre le traumatisme et la créativité, l’existence de plusieurs formes de créativité (positive et négative). La non existence d’une définition qui consacre la créativité désiliente, un phénomène différent des créativité malveillante et négative. Ce travail aboutit ainsi à la formulation d’une définition scientifique du phénomène pour combler le vide qui se remarquait. Des recherches ultérieures empiriques sont souhaitées pour dépasser le caractère théorique de cette exploration.
Résumé : L’objectif de cet article est de proposer une définition théorique de la créativité désiliente à partir d’une revue critique de la littérature scientifique en rapport avec le traumatisme et la créativité. Pour y arriver la recherche documentaire à faciliter l’obtention des données scientifiques. Le croisement des dites données révèle qu’il existe une créativité désiliente. Elle est décrite comme étant une forme de créativité qui émerge d’une expérience traumatique, où l’individu canalise ses douleurs et souffrances dans le processus créatif de manière répétée. Contrairement à la résilience, qui implique la capacité à surmonter l’adversité, la créativité désiliente se manifeste par l’invocation continue du trauma dans l’œuvre artistique, sans nécessairement aboutir à une guérison ou à une transformation positive. Elle met en lumière comment certains créateurs utilisent leur art comme un exutoire pour exprimer et revisiter les blessures profondes, les intégrant au cœur même de leur démarche créative. Cela les installe dans un cercle vicieux de répétitions de leur douleur et d’auto-enlisement car ils développent une addiction à la créativité. Ils s’isolent en vivant toute relation sociale comme un fardeau. La créativité désiliente relève ainsi d’un mal être psychique profond qui engage le sujet désilient dans un itinéraire suicidaire.
Mots-clés : Traumatisme, résilience, créativité, désilience, créativité désiliente.
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