N°019_Vol.1_19
- L’INFLUENCE DES TRAHISONS INTERNES EXTERNES SUR LES GOUVERNANCES POSTCOLONIALES AFRICAINES DANS L’ŒUVRE THEATRALE D’AIME CESAIRE : LE CAS D’UNE SAISON AU CONGO
- Tahiru DJATO
- University of Energy and Natural Resources, Sunyani-Ghana
- ORCID 0000-0002-8661-9669
- tahiru.djato@uenr.edu.gh
- Gabriel OWUSU-ANSAH
- University of Energy and Natural Resources, Sunyani-Ghana
- ORCID 0000-0002-8624-4932
- gabriel.owusu-ansah@uenr.edu.gh
- &
- Prince DONKOR
- University of Energy and Natural Resources, Sunyani-Ghana
- ORCID 0009-0007-2446-0481
- prince.donkor@uenr.edu.gh
Introduction: Pour la plupart des Africains, la période qui a suivi les indépendances fut marquée par un immense espoir caractérisé par des changements positifs et des promesses de développements impeccables. Mais aussitôt, ces indépendances ont cédé place à l’instabilité politique, aux régimes autoritaires, aux coups d’état militaires et aux ingérences extérieures (Lhoni, 2019). Les écrivains et les intellectuels africains réagissent contre cette désillusion en questionnant les échecs du leadership et les gouvernances postcoloniaux (Manon, 2022). Par exemple, Gbolo Sanka et al. (2024) analysent l’œuvre de fiction de l’écrivain nigérian Chinua Achebe pour montrer comment les travaux de ce dernier éclairent la désillusion africaine face aux échecs des dirigeants politiques après l’indépendance et affirment que les dirigeants africains ont souvent poursuivi les structures coloniales plutôt que d’instaurer un changement social significatif. Parmi eux, Aimé Césaire (1913), poète et théoricien de la Négritude, se distingue par sa capacité de fusionner la critique politique et l’expression dramatique pour éduquer les masses analphabètes (Cheniki, 2019). Et c’est dans cette direction qu’Une Saison au Congo nous sert comme point de référence et de source pour nos analyses textuelles ; elle met en scène la crise congolaise après l’indépendance et se concentre sur l’ascension et l’effondrement d’un leader nationaliste dont la vision politique est trahie par ses compatriotes. Cette comédie est au cœur des préoccupations de Césaire : à travers la figure centrale du leader congolais et la galerie des personnages qui l’entourent, Césaire met en spectacle le bouillonnement d’un état postcolonial et ses drames. La trahison devient ainsi le pivot de cette condition : trahison des idéaux du peuple ainsi que sa souveraineté.
Cette étude maintient que la trahison n’est pas un thème novice dans Une Saison au Congo, mais plutôt une force cruciale qui influence la chute politique et la faiblesse des gouvernances africaines en général. La trahison qui est présentée à la fois comme démon interne, émanant des acteurs politiques africains eux-mêmes et comme un catalyseur, puise sa source dans les intérêts étrangers liés à la domination néocoloniale (Auque-Pallez, 2022). L’article souligne également que ces deux sources de trahison se conjuguent pour saper les gouvernances en affaiblissant la légitimité, en fragmentant l’autorité et en perpétuant la dépendance des pays indépendants de l’Afrique qui sont obligés de se singer devant leurs anciens maîtres coloniaux. Il est structuré en trois parties : la première partie examine la trahison interne au sein de l’élite politique africaine postcoloniale ; la deuxième analyse la trahison liée aux forces externes et aux acteurs internationaux et la troisième partie évalue l’impact plus large de la trahison sur les gouvernances africaines, tel qu’il se reflète dans Une saison au Congo et dans la réalité contemporaine en Afrique.
Pour déclencher cette recherche, nous nous sommes posés des questions à savoir, comment la représentation théâtrale d’Aimé Césaire dans une d’Une Saison au Congo peut-elle être exploitée pour éduquer les leaders africains sur les effets négatifs des trahisons dans la vie sociopolitique ? Comment l’évènement historique congolais qui a marqué la chute de Lumumba peut-il servir comme exemple pour les leaders africains ? Cette recherche tourne autour des hypothèses suivantes : Une saison au Congo demeure un exemplaire qui oriente les gouvernances postcoloniales africaines. Les trahisons internes africaines sont les principales causes des mauvaises gouvernances africaines. L’objectif de cette étude c’est d’examiner l’évènement historique congolais à la lumière du théâtre césairien dans Une saison au Congo afin de pouvoir démontrer comment les trahisons ont détruit et continuent de détruire les gouvernances en Afrique postcoloniale
Résume : L’article explore la représentation et le rôle dramatique de la trahison dans Une saison au Congo d’Aimé Césaire, en s’intéressant à la manière dont les trahisons, tant internes qu’externes, contribuent à l’affaiblissement des structures de gouvernance en Afrique postcoloniale. En plaquant la pièce dans son contexte politique et historique de l’Afrique post-indépendante, l’étude met en exergue comment la trahison est dramatisée par Césaire pour détester les conflits intestins et les influences extérieures dans la vie socio-politique africaine dont les mauvaises gouvernances sont ciblées. A partir d’une lecture textuelle et contextuelle d’Une saison au Congo à la lumière de la méthode qualitative, cette étude identifie deux formes de trahison : la trahison interne incarnée par les divisions, les désirs personnels et les compromis des élites nationales et la trahison liée au monde extérieur, orchestrée par l’intervention néocoloniale, la manipulation internationale et les enjeux du pouvoir entre les nations faibles et les nations dites puissantes. Combinant l’analyse littéraire et l’interprétation politique, les résultats montrent que les trahisons internes et externes jouent un rôle déterminant dans la déstabilisation des gouvernances, l’affaiblissement des institutions étatiques et la destruction de la légitimité politique en Afrique postcoloniale. Et c’est dans cette optique d’idée que le théâtre césairien apparaît comme une critique puissante qui fait face aux crises morales et structurelles des leaders africains vis-à-vis de leurs peuples qui sont démunis.
Mots-clés : trahison, gouvernances africaines, Afrique postcoloniale, néocolonialisme, théâtre politique
Références bibliographiques
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- Agbude, G. A., & Etete, P. I. (2013). Ethical leadership, corruption and irresponsible governance: Rethinking the African dilemma. Mediterranean Journal of Social Sciences, 4(6), 481–492. https://www.richtmann.org/journal/index.php/mjss/article/view/329
- Akinlabi, A. A. (2025). French Operation Barkhane. African Journal of Political Science.
- Auque-Pallez, Y. (2022). Libérer l’Afrique ou se libérer soi-même? Mobilisations politiques et identitaires des militants panafricanistes afrocentriques en Île-de-France (Doctoral dissertation, Les Afriques dans le monde; Sciences po Bordeaux; Université Bordeaux Montaigne).
- Bolila, J. L. (2021). Leadership politique et sous-développement en RD Congo: la ville de Kisangani et ses élites postcoloniales.
- Brugvin, T. (2014). Le pouvoir illégal des élites: Essais-documents. Max Milo.
- Césaire, A. (1966). Une saison au Congo. Paris, France: Éditions du Seuil.
- Cheniki, A. (2019). L’Algérie Contemporaine Cultures et Identités.
- Elischer, S., & Lawrance, B. (2022). Military coups in sub-Saharan Africa and democratic backsliding. African Studies Review, 65(1), 1–23
- Gbolo Sanka, C., Gustafson-Asamoah, P., & Issaka, C. A. (2024). The postcoloniality of poor African leadership in Achebe’s fiction: A close reading of Arrow of God and A Man of the People. International Journal of Comparative Literature and Translation Studies, 12(3), 45–59.
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