N°019_Vol.2_19
- QUETE ET DEMOCRATISATION DU SAVOIR DANS LA PENSEE DE CHEIKH AHMADOU BAMBA
- Mamadou NDIAYE & Anta Ndeye NDIAYE
- Université Cheikh Anta Diop de Dakar
- ORCID iD : 0009-0006-2046-2394
- mamadou113.ndiaye@ucad.edu.sn
- &
- Anta Ndeye NDIAYE
- Université Cheikh Anta Diop de Dakar
- ORCID iD : 0009-0007-6753-6511
- ndiayendeyeanta18@gmail.com
Introduction: Cheikh Ahmadou Bamba est un poète-soufi, un intellectuel musulman africain né en 1853/55 dans le Baol, au Sénégal. Après une solide et longue formation aux savoirs religieux (théologie, jurisprudence et soufisme) et aux sciences afférentes telles que la grammaire, la logique[1], la rhétorique, la philosophie, etc., il se lance dans un long cheminement spirituel et intellectuel marqué par un renoncement aux attaches et autres privilèges mondains au profit de la science et de la piété, seuls leviers, d’après lui, capables de transformer et d’élever l’homme vers les réalités intelligibles, vers Dieu. Aussi, dans son poème Ils m’ont conseillé, répondra-t-il à ceux qui, après la mort de son père qui était juge à la cour du Cayor[2], lui demandaient d’aller se mettre au service du pouvoir temporel de son époque pour profiter des avantages de cour : « J’ai répondu : Dieu me suffit et je me contente de lui ; je ne désire que le savoir et la foi” » (v. 1-2). Le rejet des ambitions mondaines fait couple, chez lui, avec des aspirations intellectuelles et spirituelles très élevées. C’est pourquoi, en 1884, il crée sa propre voie mystique sous l’injonction, dira-t-il, du prophète qu’il a vu à l’état de veille (Diop, 2007 : 8). Cette voie, dont les aspirants sont appelés « murîduLaah » (ceux qui sont à la quête de Dieu), repose sur trois piliers : le savoir utile, l’action vertueuse et la conduite agréée ; lesquels recoupent, respectivement, avec les trois branches de l’Islam orthodoxe que sont la théologie, la jurisprudence et le soufisme ou perfectionnement moral (Ndiaye, 2025 : 7).
Pour la mettre sur pied, il va thématiser l’héritage intellectuel de l’Islam qui, au final, fait un avec l’héritage intellectuel de l’humanité en une sorte de continuité qui sera savamment théorisée par les philosophes de l’école shiite tels que Qutb al-Dîn Ashkevari[3]. La quête et la diffusion du savoir constituent, d’après lui, les seuls moyens pour former des individus accomplis capables de bâtir une société saine, juste et équilibrée. Dès lors, pour mieux circonscrire le cadre théorique qui abritera notre réflexion, nous pensons nécessaire de formuler ces questions : quelle place et quels rôles tient le savoir dans la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba ? Comment comprendre sa centralité et ses pratiques (enseignement et démocratisation) dans l’œuvre de Khadim-r-Rassul[4] ? Les réponses à ces questions seront consécutives à la prise en charge de celle-ci : son choix de s’exprimer en vers suffit-il pour lui refuser l’épithète de penseur, d’intellectuel, de philosophe comme certains l’ont prétendu ? L’hypothèse principale de ce travail est que Cheikh Ahmadou Bamba, théologien et soufi, qui a principalement produit en vers, est un penseur dont la pensée philosophique, prenant en charge des thématiques telles que le savoir, l’éducation, l’éthique, est disséminée dans ses vers, et ce le plus souvent sous forme symbolique caractéristique des écrits des soufis. Nous posons également, comme secondaires, les hypothèses suivant lesquelles, chez l’auteur, le savoir est le moteur de la vie de l’homme et que l’épanouissement individuel et collectif des hommes dépend de sa quête et de sa démocratisation. S’appuyant sur une approche philosophique, plus exactement l’herméneutique interne consistant à rendre compte de la pensée d’un auteur par ses propres textes, nous entendons travailler avec l’hypothèse que les écrits de l’auteur, au-delà de leur forme poétique et de leur charge première qui est spirituelle, renferme des enseignements philosophiques, sociologiques, éthiques et politiques d’une grande originalité et actualité[5].
- [1] Son poème de Mawâhibul Quddus (Les dons du Très Saint) est une preuve de cette parfaite maîtrise des rouages de la logique, de la rhétorique, de la dialectique et de l’argumentation philosophique. Mobilisant les grands principes du savoir rationnel (l’approche définitionnelle, la clôture sémantique, le principe d’identité, le principe de non-contradiction ou encore le principe du tiers exclu, etc.), il y défend le dogme théologique asharite tout en lançant une grande entreprise de soupçon sur certaines écoles rivales. Sauf indication contraire, nous citons les écrits didactiques de l’auteur à travers la compilation éditée et traduite par Serigne Sam Mbaye en 1978 présente à la bibliothèque de Touba (Daaray Kâmil) et dont les versions numériques sont disponibles en ligne sur le site de la bibliothèque : https://khassidaenpdf.net/. Ses autres poèmes seront cités à partir des manuscrits disponibles sur le même site et traduits par nos soins. La quasi-totalité des écrits étant des poèmes, ils seront cités dans le texte en mettant le titre et le numéro du vers cité en parenthèses.
- [2] Le Cayor est un ancien royaume du Sénégal d’avant l’occupation et la domination française. Ses rois, tels que Amary Ngoné Sobel ou encore le célèbre Lat-Diop, portaient le titre de « Damel ». Ces derniers ont, dans leur majorité, vaillamment fait obstacle à l’impérialisme français par la résistance armée ; laquelle coûta la vie au dernier grand roi connu, Lat-Dior, en 1886.
- [3] On lira, avec profit, l’œuvre principale du philosophe safavide dans l’édition établie par Mathieu Terrier, Introduction et commentaire de L’aimé des cœurs de Qutb al-Dîn Ashkévari, Paris, Cerf, 2016. Dans cette histoire de la sagesse universelle, le philosophe et poète persan Ashkevari tente d’établir un fil conducteur du savoir humain, et ce à travers un Esprit qui présiderait à l’inspiration et à la diffusion de la sagesse humaine de tout temps. Philosophie grecque et romaine, médecine, mathématiques et même les prophéties monothéistes seraient des formes, des expressions différentes, d’un même savoir, le savoir divin.
- [4] Ce vocable signifie, littéralement, « serviteur du prophète ». Dans son cheminement spirituel, c’est l’une des stations les plus élevées auxquelles il est parvenu. C’est pourquoi, dans beaucoup de ses écrits, il se présente comme tel, car cette périphrase est un titre, une récompense qu’il dit avoir obtenue au cours de son long et pénible périple (cf. Cheikh Ahmadou Bamba, Dieu a fait désespérer Satan, v. 4, Manuscrit Bibliothèque de Touba). Les qualificatifs « khadimien » et « khadimienne » sont dérivés de ce nom.
- [5] Telle est d’ailleurs l’hypothèse de travail de Cheikh Abdoulaye Dieye dans la monographie qu’il a consacrée à Cheikh Ahmadou Bamba en 1995 : Le centenaire du jihad al akbar : 1895-1995, Éditions Ndigal, Dakar, 1995. D’après lui, pour identifier les grandes lignes du projet de société du philosophe de Touba, lequel serait théorisé dans Matlabul Shifâ ’i, il faut appréhender ses écrits dans leur dimension exotérique riche en enseignements et enjeux politiques.
Résumé : Cheikh Ahmadou Bamba est un poète-soufi et un intellectuel de la plume qui, s’appuyant sur le patrimoine immatériel de l’Islam, patrimoine vieux de plus de mille ans, a mis en place un système de pensée riche de sa double face, à savoir théorique et pratique. Cette pensée, longtemps minorée par les chercheurs, renferme une conception de la philosophie qui se traduit par une quête et une démocratisation du savoir à des fins de purification morale et intellectuelle. Dans ce système, la centralité de la recherche de la connaissance et celle de sa diffusion pousse à postuler que l’auteur est un penseur, un théoricien, un philosophe ; épithètes que certains lui ont longtemps refusés. L’objectif de cet article est, à travers la production poétique de l’auteur, de dégager les significations philosophiques sous lesquelles peuvent tomber la quête et la diffusion du savoir. Un prétexte pour démontrer, par ailleurs, que, derrière le poète-soufi, il y a le penseur, le théoricien, le philosophe longtemps méconnu en raison de lectures lacunaires ou malveillantes de son œuvre écrite.
Mots-clés : Islam, jeunesse, philosophie, utilité, savoir
ANALYSIS OF THE CUSTOMER LOYALTY APPROACH OF THE CANAL+ STORE IN PLATEAU (ABIDJAN) IN THE RELATIONSHIP ERA.
Abstract: Competition in goods and services markets is a prerequisite for the establishment of loyalty programs by commercial companies. The sustainability of their activities and their survival depends on it. The Canal+ Store in Plateau does not escape this commercial reality. To get rid of the grip of its competitors (Netflix, Star Times, Prime Video, IPTV), this Canal+ store has developed a loyalty strategy for its customers. This study aims to analyze the trajectory of this loyalty program, to evaluate the interest that this pay TV company places on relational relationships and interaction with its customers. As part of the joint study project, the data for this study were collected from 173 customers met at the Canal+ Store. Driven by stakeholder theory and interaction theory, the data reveals that Canal+’s Store strategy is oriented towards a purely transactional approach focused on the product. Customer satisfaction through the quality of the offers offered remains the support of this approach. Furthermore, customers relations are not a priority for this company because the means of communication employed do not always favor interaction, or instant interaction. However, in a changing business context, customer-centric relational is a factor in customer loyalty.
Keywords: Loyalty, channel+, relational, client, satisfaction
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- Mbacké, C. A. B. Le Pourvoyeur des désirs, Manuscrit bibliothèque de Touba : https://khassidaenpdf.net/BOOKS/Jaalibatul_Maraaxib_1.pdf
- Mbacké, C. A. B. Mon encre et mes plumes, Manuscrit bibliothèque de Touba : https://khassidaenpdf.net/BOOKS/Midaadii.pdf
- Mbacké, C. A. B. La quête du remède, Manuscrit bibliothèque de Touba : https://khassidaenpdf.net/BOOKS/Matlabush_Shifa-i_1.pdf
- Mbacké, C. A. B. Pour l’Élu le plus pur, Manuscrit bibliothèque de Touba : https://khassidaenpdf.net/BOOKS/Lil%20Moustapha.pdf
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