N°021_Vol.5_04
- ATELIERS D’ART TRADITIONNEL EN CÔTE D’IVOIRE : DÉFIS D’APPRENTISSAGE ET DE TRANSMISSION DES SAVOIR-FAIRE À L’ÈRE DU NUMÉRIQUE DANS LA RÉGION DU TONKPI
- Ernest KPAN
- Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC)
- ORCID iD: 0009-0002-7968-2675
- delavie16@gmail.com
- &
- Gon Emile GUEU
- Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC)
- ORCID iD: 0009-0000-9912-7009
- gemilegueu@gmail.com
Introduction: L’art traditionnel visuel représente l’une des expressions les plus significatives de l’identité culturelle des peuples. Parallèlement à cette perception, Robert Farris Thompson, historien de l’art, spécialiste américain du monde Afrique affirme que « Les Dan traditionnels recherchent le contrôle social par des moyens artistiques et philosophiques »(Thompson, 1974 :159). En Côte d’Ivoire, l’art produit via des ateliers de maitres participe à la préservation des connaissances ancestrales et à la vie sociale des familles, des lignages et de la tribu. Dans la région du Tonkpi, réputée pour la richesse de ses traditions culturelles, les métiers d’art tels que le tissage, la sculpture sur bois et la vannerie occupent une place importante. Traditionnellement, ces savoir-faire étaient transmis selon un modèle d’apprentissage fondé sur l’observation, l’imitation et l’accompagnement direct du maître d’art. Mais, devant l’offensive des techniques modernes, l’art traditionnel présente-t-il encore, en ce début du XXIe siècle, les mêmes caractéristiques que celles qu’ont connues les générations précédentes ? En complément à cette interrogation, Roy Sieber, l’un des premiers historiens américains de l’art africain et initiateur de la discipline Histoire de l’art africain aux États-Unis insinue que « L’art africain traditionnel était, pour l’essentiel, beaucoup plus étroitement intégré aux autres aspects de la vie que les arts que l’on pourrait qualifier de purement esthétiques » (Sieber, 1962 :13). De nos jours, les nouveaux modes de vie sont quasiment tournés vers la mondialisation, au mépris des apprentissages de techniques et valeurs traditionnelles. Par exemple, nous faisons le constat du déclin de certaines pratiques artistiques telles que la filature, le tissage et la vannerie au profit du choix, du goût et de l’importation des produits manufacturés d’origines étrangères.
Dans ce contexte, Alisa La Gamma, historienne de l’art et conservatrice spécialisée dans les arts africains qui a passé une partie de sa vie en Côte d’Ivoire, n’a-t-elle pas raison de révéler que « Les textiles traditionnels qui animent les panoramas humains constituent des produits majeurs » (LaGamma et Giuntini, 2008 :9) ? Dans cette perspective, nos recherches s’inscrivent dans la théorie de l’apprentissage situé et des communautés de pratique de Lave et Wenger (1991). Cette théorie complétée par l’approche du patrimoine culturel immatériel, dans les départements de Man et Biankouman où les ateliers d’art traditionnel, longtemps perçus comme des espaces d’apprentissage et de transmission, connaissent aujourd’hui une mutation profonde. De ce qui précède, il serait intéressant de poser cette interrogation essentielle : Quels sont les défis auxquels sont confrontés les ateliers d’art traditionnel dans la région du Tonkpi à l’ère du numérique ?
Notre objectif est d’identifier les modes traditionnels d’apprentissage artistiques, analyser les difficultés de la transmission intergénérationnelle et évaluer l’influence du numérique sur les pratiques d’art traditionnel. Pour ce faire, nous formulons l’hypothèse que l’essor du numérique transforme les modes traditionnels d’apprentissage et de transmission des savoirs artistiques dans la région du Tonkpi, en générant d’autres modèles culturels et des opportunités nouvelles de valorisation et de diffusion des savoir-faire. Ainsi, en vue de mieux apprendre l’essence de cet article, nous mettons en lumière d’abord la méthodologie de recherche avant de présenter les résultats et la discussion.
Résumé : L’art traditionnel constitue un élément fondamental et un levier important de développement d’une nation. Toutefois, à l’ère du numérique, des transformations sont orchestrées dans les modes de transmission des savoir-faire et de création artistique traditionnelle. Cette étude analyse donc les défis liés à l’apprentissage et à la transmission de l’art traditionnel en Côte d’Ivoire, dans la Région du Tonkpi. À partir d’une méthodologie associant l’approche quantitative et qualitative, des enquêtes et entretiens avec des maîtres d’art, des apprenants et des groupes sociaux liés à l’ancestralité artistique ont été menés. L’étude met en exergue les freins majeurs à la perpétuation des savoir-faire reçus en héritage. Les résultats de cette recherche mettent en évidence le déclin des pratiques, la disparition brusque de certains virtuoses de ces savoir-faire, l’utilisation non professionnelle des technologies numériques compromettant les formes d’apprentissage et de transmission intergénérationnelle. Cependant, via l’usage optimal des outils numériques, des offres inédites en termes de valorisation et de partage des connaissances artistiques sont mises en orbite par cette étude.
Mots-clés : savoir-faire traditionnel, transmission, numérique, Côte d’Ivoire, Tonkpi.
Références bibliographiques
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- Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire. (2025). Bilan 2011–2025 du Gouvernement ivoirien.
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- Rousseau, J.-J. (1961). Émile ou De l’éducation. Garnier.
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