• MODERNITÉ CULTURELLE ET CRISE DE L’HUMANITE
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  • Mohamed L. MOUNPOU
  • Département de Philosophie
  • Université de Yaoundé 1 (Cameroun)
  • ORCID iD : 0009-0000-3810-1745
  • mohamed.mounpou2@gmail.com

Introduction: La crise de l’humanité renvoie à un moment critique au cours duquel l’humain en tant que « valeur absolue », est en perdition et « apparaît à la fois en évolution, en révolution, en progression, en régression, en crise, en péril » (E. Morin, 1981 : 342).  Il s’agit d’une situation « d’incertitude » dans laquelle la culture entendue comme une « valeur transcendante », occasionne la ruine, bouleverse et menace des grandes vertus de la vie humaine. Ainsi, la crise intellectuelle est caractérisée par le recul du débat sur les véritables enjeux de l’humanité au profit d’une prolifération de la violence des affirmations identitaires dans les réseaux sociaux numériques. La modernité culturelle est une révolution culturelle qui s’est opérée dans toutes les cultures et civilisations humaines depuis le XVIème siècle avec l’image que l’on a appelé la Renaissance qui « ouvre à la pensée et à la création des horizons sans limites, révolution culturelle sans précédente qui porte le germe de tous les progrès et toutes les révolutions de la modernité ». La modernité culturelle est caractérisée non seulement par l’émergence du rationalisme, l’ébranlement de l’idéologie religieuse, la laïcisation croissante de la pensée, l’essor scientifique des trois derniers siècles et un progrès technologique en accélération continue, mais surtout la présence d’une conscience de plus en plus aigüe de l’historicité de l’homme liée aux progrès des sciences humaines et biologiques. Elle est un nouveau processus d’adaptation, de création et de production culturelle pour organiser la vie en société dans le but de dépasser les anciennes valeurs. La créativité est l’une des exigences fondamentales de la modernité culturelle. Malgré les avantages que la modernité culturelle nous offre, elle aurait occasionné certains désastres moraux dans le progrès de l’esprit humain. C’est pourquoi, notre interrogation axiale est la suivante : dans quelle mesure la modernité culturelle aura-t-elle engendré la crise de l’humanité ? Notre monde actuel rencontre certains conflits sociopolitiques qui empêchent parfois le sens que nous donnons à notre « humanité ». Ainsi, l’évolution des cultures fondée sur le progrès de l’esprit humain semble être à l’origine des crises que nous observons partout dans le monde moderne et contemporain.

Notre analyse vise donc à montrer que la modernité culturelle engendre et accélère plus la crise que la paix dans nos sociétés actuelles. Pour résister et lutter contre les inconvénients des avatars de la modernité – les progrès technologiques, la mondialisation, l’individualisme, le consumérisme, etc., il est nécessaire que toute évolution et révolution culturelle que l’on entreprenne, soit fondée sur la responsabilité sociale de chaque membre de la société, orientée vers l’ouverture à une spiritualité plurielle. Dans une analyse philosophique, les axes fondamentaux de notre réflexion sont les suivants : I) la crise de l’humanité et ses manifestations dans la modernité ; II) la responsabilité intellectuelle et politique, et III) la culture de la responsabilité sociale. Il s’agit pour nous d’indiquer une perspective de sortir de crise dans laquelle l’effondrement de toute l’humanité serait programmé, parce que la tâche de la philosophie est toujours de permettre aux hommes de regarder l’horreur de la modernité en face pour limiter les dégâts socioculturels.

Conclusion: En essayant de répondre à la question fondamentale : la modernité culturelle est-elle à l’origine de la crise de l’humanité ? Il en ressort que la déconstruction de la modernité culturelle la plus désastreuse est celle des discours téléologiques ou axiologiques. C’est dire que la modernité culturelle a réussi à construire une subjectivité dominante « dans la mesure où elle tente de s’affranchir de la prison du logos » (C. Mendes, 2004 : 133). Cette tentative de vouloir défier le logos à conduire le désir démesuré de l’homme moderne et contemporain dans l’abime de la culture qui devrait être une véritable arme de civilisation culturelle de l’espèce humaine. Le dynamisme de la culture ne devrait pas pousser les hommes à la biologisation de la culture et, l’artificialisation de l’humanité, parce que la crise de l’humanité est une problématique préoccupante qui mobilise notre réflexion philosophique : L’humanité est la seule et unique valeur universelle qui doit être protégée par toute espèce vivante partout où elle se trouve. Si l’humanité est notre fatum, notre existence est conditionnée par la protection de ce patrimoine universel, parce que la crise de l’humanité implique, sans détour, la crise de l’humain en l’homme.

Résumé : Cette réflexion n’est pas un exposé sur toutes les évolutions et révolutions de la modernité ; elle n’est non plus une analyse superficielle des phénomènes socioculturels, moraux considérés comme le socle de cette modernité qui traduit l’évolution de l’esprit humain dans la nature. Elle n’est pas un tableau dressé dans lequel les modernités culturelles se succèdent depuis l’émergence du XIème au XVIème siècle. Il ne s’agit pas d’intenter un procès contre la modernité culturelle. Mais, ce travail vise une critique de la modernité culturelle qui consiste à voir les contradictions, les difficultés et les défauts du phénomène de cette modernité fondée sur le dérèglement conjoint du monde et de la nature, le surgissement d’évènements extrêmes, la déconstruction totale de ce qui existe a priori qui montrent que l’humanité semble ne plus aller de soi. Cette critique renvoie à une évaluation de la modernité culturelle dans laquelle on s’efforce d’insister sur la responsabilité collective et la sagesse individuelle pour une promesse nouvelle d’émancipation, puisque l’humanité possède toujours une capacité de collaborer pour construire une communauté de sang et d’espèce humaine.

Mots-clés : Crise, crise de l’humanité, modernité, modernité culturelle

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