N°021_Vol.1_30
- ŒUVRE ROMANESQUE COMME VECTEUR D’INFORMATION ET DE CONSCIENTISATION AU VIH/SIDA
- Issa DIABATE
- Département d’Etudes Germaniques (DEG)
- Université Yambo Ouologuem de Bamako (UYOB)
- ORCID iD: 0009-0007-7717-9183
- diabateissa67@yahoo.fr
Introduction: Depuis la nuit des temps, la littérature a toujours abordé de façon tacite ou explicite, des questions sociopolitiques en créant un monde fictif et a ainsi appris aux lecteurs à comprendre le monde, les comportements humains et à éprouver de la compassion pour autrui, reconnaître leurs états d’âme, leurs difficultés, leurs angoisses etc. En tant que discours alternatif, la littérature peut aussi suggérer « des attitudes morales, sociales et politiques de qualité supérieure et de validité universelle. » (S. Menant, 2002 :356). Elle devient alors « littérature à message et engagée » (S. Le Potvin, 2005 :88) pour corriger les défauts de la société, c’est ce que Jean-Paul Sartre a décrit comme « action par dévoilement » (J. P. Sartre, 1948 :73). D´après Sartre, l’écrivain utilise les mots « comme signes » (Sartre, 1948 : 64) pour attirer l’attention du lecteur sur les problèmes sociaux. De cette manière, le lecteur peut être amené à adopter une attitude particulière face à ce qui lui est présenté. Par cette même occasion, l’écrivain prend aussi position en défendant son point de vue sur un sujet de société :
- « Lʼécrivain « engagé » sait que la parole est action : il sait que dévoiler c´est changer et qu´on ne peut dévoiler qu´en projetant de changer. […] Il sait que les mots, comme dit Brice Parain, sont des « pistolets chargés ». S´il parle, il tire. Il peut se taire, mais puisqu´il a choisi de tirer, il faut que ce soit comme un homme, en visant des cibles et non comme un enfant, au hasard, en fermant les yeux et pour le seul plaisir d´entendre les détonations. » (Sartre, 1948 :73-74)
Ainsi, les écrivains apparaissent non seulement comme des critiques de leur époque, mais aussi comme des acteurs engagés au service d’une société plus juste et inclusive. Cette portée de la littérature, c’est-à-dire la littérature comme outil d´éveil de conscience, constitue l’objectif du présent article qui envisage d’interroger les romans Sidagamie (1998) d’Abibatou Traoré (née en 1973 à Dakar), Jours d‘angoisse (2013) de Joël Koné (né à Abidjan en 1975) et Douleur intime (2017) de Fatou Diomandé, éducatrice ivoirienne et co-fondatrice des Éditions Calebasse, pour saisir leur rôle en matière de briser «les silences socialement institués autour du sida en Afrique» (A. Dauge-Roth, 2004 :71). Mettre en lumière la portée de cette prise de parole ou médiation artistique dʼeveil de conscience «inscrite au cœur d´une lutte locale pour la définition légitime de l´épidémie, tout comme des mesures à prendre pour lui faire écran» (ibid., : 70) est le but principal de cette contribution. Afin datteindre cet objectif, l’analyse sʼarticule autour des questions suivantes: en quoi l´écriture dʼAbibatou Traoré, de Joël Koné et celle de Fatou Diomandé peuvent-elles être considérées comme un outil de conscientisation face au sida? En quoi lʼécriture d’Abibatou Traoré, de Joël Koné et celle de Fatou Diomandé peuvent-elles être perçues comme une écriture sociétale? L´hypothèse que nous formulons est la suivante: les écrivains, à travers leur plume, peuvent contribuer à la prise de conscience des enjeux liés au sida. Nous proposons d´examiner cette hypothèse en adoptant la sociocritique comme grille de lecture. La sociocritique, l´approche qui étudie les manifestations du social dans la structure d’une œuvre littéraire, a, selon Pierre Popovic, pour but:
- «de dégager la socialité des textes. Celle-ci est analysable dans les caractéristiques de leurs mises en forme, lesquelles se comprennent rapportées à la sémiosis sociale environnante prise en partie ou dans sa totalité. L´étude de ce rapport de communication sémiotique permet d´expliquer la forme sens (thématisations, contradictions, apories, dérives sémantiques, polysémie, etc.) des textes, d´évaluer et de mettre en valeur leur historicité, leur portée critique et leur capacité d´invention à lʼégard du monde social. Analyser, comprendre, expliquer, évaluer, ce sont là les quatre temps d´une herméneutique. C´est pourquoi la sociocritique – qui sʼappellerait tout aussi bien «sociosémiotique» -peut se définir de manière concise comme une herméneutique sociale des textes.» (P. Popovic, 2011 :16).
Ce travail s’organise en deux axes majeurs. La première partie est consacrée à la question du rôle de l´œuvre romanesque dans la campagne de sensibilisation face au «fléau du siècle» (J. Koné, 2013 :58), c‘est-à-dire le VIH/sida.Quant à la deuxième et dernière partie, elle met en lumière, à travers les trois romans en étude, la fonction de la littérature comme miroir sociétal en vue de changer les comprotements vis-à-vis du sida et redéfinir la question du rapport à l´Autre pour briser «le sentiment de honte» (S. Traoré, 2021 :81) sur le plan social. En définitive, cette réflexion nous permet d’éclairer le lien entre la création littéraire et la conscientisation pour une vie sexuelle responsable, en soulignant la contribution essentielle de l´œuvre romanesque à la campagne de prévention contre le sida.
Résumé: Le but de cet article est de mettre en lumière, à travers les romans Sidagamie (1998) d´Abibatou Traoré, Jours d´angoisse (2013) de Joël Koné et Douleur intime (2017) de Fatou Diomandé, le rôle de lʼœuvre romanesque en matière de campagne de sensibilisation sur la responsabilité sexuelle face aux dangers ravageurs du VIH/sida. Pour ce faire, cette étude adopte la sociocritique comme grille de lecture. À travers leurs livres, Abibatou Traoré, Joël Koné et Fatou Diomandé dépeignent sans fard la déperdition des valeurs morales en matière de sexualité tout en invitant les lecteurs à réflechir sur la responsabilité individuelle dans la propagation de lʼépidémie du sida. La littérature devient alors un puissant moyen dʼobserver, de critiquer et de corriger les défauts de la société.
Mots-clés: Outil de sensibilisation, roman, sida-fiction, société, VIH/sida.
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