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  • INTERMEDIALITE ET CRISE DE LA STRUCTURE FAMILIALE HOLISTE DANS SOUMISSION ET SEROTONINE DE HOUELLEBECQ
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  • Petit BOUBAKARY
  • Université de Maroua-Cameroun
  • ORCID iD: 0009-0001-8803-8331
  • petitboubakary@gmail.com

Introduction: Les sociétés actuelles, précisément celles dites postindustrielles sont en pleines mutations s’observant par le relâchement des mœurs, la dissolution des échanges inter-génération, la montée des valeurs individualistes, libérales… Ce sont ces mêmes transformations que relèvent Lipovetsky et Charles :

  • « La postmodernité représente le moment historique précis où tous les freins institutionnels qui contrecarraient l’émancipation individuelles s’effritent et disparaissent, donnant lieu à la manifestation de désirs singuliers, l’accomplissement individuel, de l’estime de soi. Les grandes structures socialisantes perdent de leur autorité, les grandes idéologies ne sont plus porteuses, les projets historiques ne mobilisent plus […]: l’ère du vide s’est installée, mais sans tragédie ni apocalypse. » (Lipovetsy & Charles, 2004 :28).

Pareilles mutations caractéristiques de la postmodernité, que d’aucuns cherchent d’ailleurs à légitimer, sont considérées par plusieurs critiques comme porteuses de crise : « […] d’un point de vue généralisé, nous vivons parmi les ruines de la civilisation nordaméricaine […] À l’approche de la fin du XXe siècle, les riches ressources de l’Occident sont en désarroi et un avenir effrayant nous attend » (West, cité par Marie Vautier, 1994 :47). Une vision que partage Houellebecq et qui s’observe notamment dans Sérotonine et Soumission. À travers ces textes, ce romancier Français présente la part de responsabilité de la montée des valeurs individualistes, libérales et matérialistes dans l’ébranlement de la structure familiale holiste traditionnelle. Les sociétés postindustrielles qu’il présente dans ces romans sont des lieux où règnent effritement des liens d’appartenance communautaire, effritement et bouleversement des rapports interpersonnels traditionnels au sein de l’univers familial. Ce sont des lieux où dominent divorce, famille recomposée, famille monoparentale, couple homosexuel ou en union libre, aimance, romance, vie en solitaire, dégout envers la procréation … Ces deniers éléments sont effectivement des traits caractéristiques de la famille « individualiste » qui s’est vue montée en puissance à partir de la modernité, tel que le soutien Deschavanne (2014), et qui s’est imposée comme modèle dans les sociétés plus modernes actuelles. Tous ces éléments sont pourtant critiqués par les personnages houellebecquiens parce que considérés comme symptômes de la déchéance de la structure familiale holiste traditionnelle tant affectionnée. Un tel regard que trahit l’entrelacs entre (Ser et Soum) [Houellebecq, 2019] et d’autres medias en leur sein. Il s’agit d’une interconnexion médiatique qui se fait l’écho de l’ébranlement de la structure familiale holiste d’antan tant aimée, tout en proposant sa reconstruction. C’est ce regard que le présent travail tente de suivre, de déchiffrer et qui suscite l’interrogation suivante : Comment la famille holiste traditionnelle est-elle décrite à travers l’interconnexion entre Ser et Soum et d’autres médias en leur sein ?

La convergence entre Ser et Soum et d’autres médias qu’ils recèlent en leur intérieur expose que, la montée des valeurs individualistes, libérales, matérialistes…, qui particularise les sociétés postmodernes, brise les structures sociales et socialisantes telles que le couple traditionnel ou la famille holiste traditionnelle et ses traits constitutifs. Tels que : les liens d’appartenance communautaire, la puissance parentale et maritale, la procréation comme raison d’être et finalité naturelle de la conjugalité, la conjugalité fondée sur la différence et la complémentarité naturelles des sexes, l’affection envers les parents, l’amour sans intérêt, la solidarité… Houellebecq dans Ser et Soum présente une rupture de la conception de la famille jadis considérée comme « la cellule de base de la société », la fabrique du citoyen et des identités individuelles et collectives, l’espace de la prime socialisation et de garantie d’un certain ordre social (Martin, 2008). D’ailleurs Houellebecq lui-même déclare : « L’histoire du monde moderne commence en 1945. La génération intéressante et étonnante dans ce siècle est celle de nos parents […]. La structure du couple a une importance exceptionnelle dans la génération de nos parents. Une importance qu’elle n’a jamais eue, qu’elle n’aura plus jamais. [1]» (David, 2011 : 96). Il faut dire qu’il s’agit d’une rupture que les personnages du corpus désapprouvent parce que vue comme perte, raison pour laquelle ils développent une certaine nostalgie vis-à-vis des traits caractéristiques du modèle de famille holiste énumérés ci-dessus. Pour ces personnages, une (re)valorisation de tels traits parait nécessaire voir indispensable pour la survie.

Ser et Soum intègrent en effet plusieurs autres médias : musique, télé, nouveau média, texte…, faisant ainsi état de leur médiativité. Le terme média est considéré ici comme une production culturelle singulière, ou comme une série culturelle qui a acquis un certain degré d’autonomie, ou alors comme un moyen de communication, d’échanges, tel que le distingue Besson (2014 :5). Les questions sociales ci-dessus évoquées, portées par les médias incrustés dans ces deux romans de Houellebecq seront abordées à partir de la théorie intermédiale. En fait, l’intermédialité littéraire ou « médialiture » est considérée comme une approche des textes littéraires qui vise à étudier les interactions entre un texte littéraire et d’autres textes ou média (Guiyoba, 2015 :7). Puisque ces jeux intermédiatiques sont producteurs de sens, il sera ainsi question de saisir ce sens. …

  • [1] L’extrait est en italique à la source.

Résumé : Partant de la théorie intermédiale qui offre une perspective intéressante dans l’analyse des interférences médiatiques, il est démontré que l’intrication entre Soumission (2015) et Sérotonine (2019) de Houellebecq et d’autres médias convoqués en leur sein, présente une crise de la structure familiale holiste traditionnelle dans les sociétés postmodernes actuelles. Et en réaction à pareille crise, ces romans expriment le besoin d’une (re)vitalisation de ce modèle de famille.

Mots-clés : Crise, Famille holiste, Interférences médiatiques, Sociétés postmodernes, Théorie intermédiale.

Conclusion: À l’aide de la démarche intermdiale de Guiyoba, il a été démontré que l’entrelacs formé par les médias révèle la décadence de la structure de la famille holiste traditionnelle dans les sociétés de référence de Soumission et Sérotonine. Dans ces romans, Houellebecq utilise autant de pratiques intermédiales pour notamment décrire la crise des principes constitutifs de la famille holiste tels que : l’institution du mariage, le caractère pérenne et stable du mariage, les liens filiaux ou liens d’appartenance à la communauté, la hiérarchie marquée par la puissance parentale et maritale au sein de la famille, la procréation comme raison d’être et finalité naturelle de la conjugalité… Une telle crise qui se caractérise, dans les sociétés postmodernes qu’expose le corpus, par : la multiplication de divorce, de famille monoparentale ou recomposée, l’aimance et la perte de substance de l’institution du mariage, le rejet des liens d’appartenance à la communauté, la perte de puissance parentale et maritale, l’aversion pour la procréation… Parmi les techniques intermédiales utilisées, on a pu relever : la présence du média numérique tel que le site pornographique Youporn, auquel les personnages sont addictifs ; les références intertextuelles se justifiant par l’évocation explicite de En ménage, ou par l’allusion à Romeo et Juliette de Shakespeare ; la référence à la télévision à travers l’évocation de l’émission « les disparus voltaires » de la chaine télé Public Sénat…. Bien plus, il a été démontré que la décrépitude de la structure de famille traditionnelle est une conséquence de la domination du libéralisme, de l’individualisme, du mercantilisme et du consumérisme. Ensuite, nous avons vu que par la même technique d’écriture intermédiale, Houellebecq présente des personnages nostalgiques des principes de la famille holiste cités ci-dessus. Ces personnages manifestent un désir de (re)valorisation desdits principes. Pour arriver à pareille objectif, les mêmes personnages de Ser et Soum pensent qu’un retour à l’ordre religieux est important. D’autant plus que la laïcité et le caractère athée des sociétés qu’expose le corpus sont critiqués et incriminés d’être responsables de la montée des valeurs individualistes, matérialistes, libérales et consuméristes qui à leur tour atomisent la structure familiale traditionnelle tant affectionnée.

Références bibliographiques

  • Besson, R. (2014). Prolégomènes pour une définition de l’intermédialité à l’époque Contemporaine, HAL, [En ligne], http://hal-univ-tlse2.archivesouvertes.fr/hal01012325v1
  • David, M. (2011). La mélancolie de Michel Houellebecq, L’Harmattan, Paris, ;
  • Deschavanne, E. (2014). Histoire de la famille tradition et modernité, L’école des parents, 4 n°609, 5-11. DOI: 10.3917/epar.609.0005-pp.5-11.pdf
  • Dortier, J.-F. (dir.) (2013). Le dictionnaire des sciences sociales, Les sciencesHumains, Auxerre
  • Guiyoba, F. (dir.) (2015). Littérature médiagénique. Écriture, musique et arts visuels, L’Harmattan, Paris
  • Guiyoba, F. (2020). Propositions pour une théorie générale de l’intermédialité, in Jiatsa  Joken, A. et al. (dir.) (2020). Intermédialité. Pratiques actuelles et perspectives théoriques, Lucie, Nîmes
  • Houellebecq, M. (2015). Soumission, Flammarion, Paris 
  • Houellebecq, M. (2019). Sérotonine, Flammarion, Paris
  • Lipovetsky, G.  & Charles, S. (2004). Les temps hypermodernes, Grasset, Paris
  • Martin, C. (2008). Atouts et impasses du familialisme français, in Strobel, P. (dir.) (2008). Penser les politiques sociales. Écrits, l’Aube, La Tour-d’Aigues ;
  • Nkolo Foé (2008). Le post-modernisme et le nouvel esprit du capitalisme sur une philosophie globale d’Empire, CODESRIA, Dakar ;
  • Poret, L. (2019). Génération X.Z, Auto-Édition ;
  • Vautier, M. (1994). Les métarécits, le postmodernisme et le mythe postcolonial au Québec. Un point de vue de la ‘’marge’’  Études littéraires, 27(1), 43–61. Doi : https://doi.org/10.7202/501067ar-pp.43-61.pdf
  • Viennot, G. (2017). Houellebecq ou la déploration de la déliaison amoureuse ». Revu des sciences sociales, vol 58, 54-63. https://doi.org/10.4000/revss.304-pp. 54-63.pdf