• MÉDIAS TRADITIONNELS ET PROMOTION DES LANGUES
  •  MATERNELLES AU BÉNIN
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  • Prosper NOUTEHOU
  • Doctorant en Sciences du langage et de la communication
  • Laboratoire des Langues, Lettres, Cultures et Communication (Labo 2L2C)
  • Université d’Abomey-Calavi
  • ORCID iD : 0009-0008-5616-7711
  • prosperprev@gmail.com
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  • Idrissou ZIME YERIMA
  • Laboratoire des Langues, Lettres, Cultures et Communication (Labo 2L2C)
  • Université d’Abomey-Calavi
  • ORCID iD : 0009-0002-4346-2400
  • izimey@gmail.com

Introduction: Les langues maternelles jouent un rôle central dans la transmission des savoirs, des valeurs et des pratiques culturelles au Bénin. Pourtant, le français, langue officielle, domine dans de nombreux domaines de la vie sociale, en particulier dans les médias. Zimé Yérima (2020) estime d’ailleurs que l’officialisation d’une seule langue, en l’occurrence la langue coloniale, constitue l’un des principaux obstacles à la promotion des langues africaines. Dans ce contexte, les médias traditionnels, notamment la radio et la télévision, apparaissent comme des espaces privilégiés de diffusion et de visibilité des langues maternelles et des contenus culturels qui leur sont associés. Cette fonction est particulièrement importante dans la mesure où, selon Cobarrubias (1991) et Bamgbose (1991), l’utilisation des langues dans différents domaines de la vie sociale, notamment dans la communication et les espaces publics, constitue un enjeu important de leur développement. Les médias peuvent ainsi contribuer à élargir les domaines d’usage des langues maternelles en les mobilisant pour transmettre l’information, les savoirs et la culture aux populations.

Les relations entre médias et langues africaines ont fait l’objet de plusieurs travaux. Tudesq (2002) analyse l’évolution du paysage radiophonique africain, les publics, les contenus, les radios rurales et la place des langues africaines. Il montre leur importance dans les programmes radiophoniques et souligne l’adaptation progressive de la radio aux contextes africains, notamment par un recours accru aux langues africaines (Tudesq, 2008). Capitant (2008) insiste, quant à elle, sur l’accessibilité géographique, culturelle et économique de la radio, particulièrement en milieu rural, ainsi que sur son recours aux langues africaines pour atteindre des publics ne maîtrisant pas nécessairement le français. Kouesso (2014) montre toutefois, au Cameroun, que les radios communautaires peuvent contribuer à la promotion, à la modernisation et à la standardisation des langues nationales.

Au Bénin, Adjovi (2001) souligne l’importance des radios de proximité diffusant dans les langues de leurs zones de couverture, tandis que Yandjou (2002) évoque la « revanche des langues nationales » dans les radios de proximité commerciales, communautaires et locales. Ces travaux montrent que les langues nationales facilitent l’accès à l’information. À ce propos, Bonou-Gbo et Ayena (2024) rapportent que les radios et les télévisions diffusent des contenus dans plusieurs langues nationales. Toutefois, ils soulignent que ces langues sont moins visibles que le français. Ils relèvent en outre des difficultés liées à l’orthographe et à la terminologie. La question de la valorisation des langues nationales dans les médias a été également examinée par Berepa et al. (2023) dans une étude consacrée à trois radios communautaires du Nord-Bénin. Leurs résultats confirment la contribution de ces médias au développement local et à la valorisation des langues maternelles. Moustapha Babalola (2024), à travers Radio Bénin Alafia, souligne pour sa part les difficultés terminologiques, traductionnelles et formatives liées à la production journalistique en langues nationales.

L’ensemble de ces travaux montre que les médias audiovisuels, particulièrement la radio, constituent des espaces importants de diffusion et de valorisation des langues nationales, malgré les contraintes liées à la prédominance du français, aux difficultés terminologiques et orthographiques, à la formation des professionnels et aux conditions de production des contenus. Bien que significatifs, ces travaux portent surtout sur l’usage, la valorisation et la traduction des langues nationales dans les médias, ainsi que sur leur contribution au développement local. Ils n’étudient pas ensemble les effets de leur présence médiatique sur leur diffusion, leur visibilité et leur promotion. Par ailleurs, les comparaisons entre la radio et la télévision, ainsi qu’entre les milieux urbains et ruraux, restent peu étudiées au Bénin. La présente recherche entend combler cette lacune.

Dès lors, il importe de poser la question suivante : dans quelle mesure les médias traditionnels contribuent-ils à la diffusion, à la visibilité et à la promotion des langues maternelles au Bénin ? Pour répondre à cette question principale, les trois questions secondaires suivantes sont posées : quelles sont les contributions respectives de la radio et de la télévision à la diffusion et à la visibilité des langues maternelles au Bénin ? Dans quelle mesure les conditions d’accès et les contraintes de production limitent-elles la promotion des langues maternelles par les médias traditionnels ? Quelles mesures permettraient de renforcer la contribution des médias traditionnels à la promotion des langues maternelles au Bénin ? La réponse anticipée à la question principale permet de formuler l’hypothèse principale suivante : les médias traditionnels contribuent à la diffusion, à la visibilité et à la promotion des langues maternelles au Bénin bien que cette contribution demeure limitée par plusieurs contraintes, notamment le financement, la formation des professionnels et les difficultés liées à la maîtrise linguistique et terminologique.

Aux questions secondaires correspondent respectivement les hypothèses secondaires suivantes : la radio et la télévision contribuent effectivement à la diffusion et à la visibilité des langues maternelles au Bénin, notamment en milieu rural ; les difficultés d’accès, le manque de financement et l’insuffisance de formation des professionnels limitent la promotion des langues maternelles par les médias traditionnels ; le renforcement des financements, la formation des professionnels et le développement de programmes en langues maternelles permettent d’accroître la contribution des médias traditionnels à leur promotion.

Résumé : Cet article analyse la contribution de la radio et de la télévision à la diffusion, à la visibilité et à la promotion des langues maternelles béninoises, en distinguant les milieux urbain et rural. Le travail s’appuie sur une enquête menée auprès de 200 répondants composés d’auditeurs, de téléspectateurs et de professionnels des médias. Les résultats montrent que la radio occupe une place plus importante que la télévision dans l’exposition aux contenus en langues maternelles, en particulier en milieu rural. Plusieurs obstacles à la promotion des langues nationales ont été identifiés. Il s’agit notamment du manque de financement, de l’insuffisance de formation des journalistes et des difficultés terminologiques. L’approche sémiologique et les théories de la communication mobilisées ont permis de montrer que la présence des médias ne suffit pas à garantir un impact sur la vitalité linguistique. Le renforcement du financement, de la formation et de la diversification des contenus apparaît nécessaire pour accroître la contribution des médias à la promotion des langues maternelles.

Mots-clés : langues maternelles, radio, télévision, communication, promotion

TRADITIONAL MEDIA AND THE PROMOTION OF MOTHER TONGUES IN BENIN

Abstract: This paper analyzes the respective contributions of radio and television to the dissemination, visibility, and promotion of Beninese mother tongues, distinguishing between urban and rural areas. The study draws on a survey of 200 respondents, comprising listeners, television viewers, and media professionals. The results show that radio plays a more significant role than television in exposure to content in mother tongues, particularly in rural areas. Several obstacles to the promotion of national languages were identified, including lack of funding, insufficient journalist training and terminological difficulties. The semiological approach and the communication theories mobilized show that the mere presence of media is not enough to guarantee an impact on linguistic vitality. Strengthening funding, training and content diversification appears necessary to enhance the contribution of media to the promotion of mother tongues.

 Keywords : mother tongues, radio, television, communication, promotion

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