• DÉMOGRAPHIE DES ENTREPRISES : COMPARAISON DE LA SURVIE DES ENTREPRISES À CAPITAUX CONGOLAIS ET ÉTRANGERS EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO : ENTREPRISES CRÉÉES ENTRE 2010 ET 2019 ET OBSERVÉES DANS LE RGE 2019
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  • Erick BIDUAYA PANU
  • Chercheur et apprenant au troisième cycle, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education, Département de Gestion des Entreprises et Organisation du Travail à l’Université de Kinshasa
  • divindisi75@gmail.com

Introduction: Depuis le tournant des années 2010, la République démocratique du Congo connaît une réouverture économique progressive, une diversification de ses partenaires et une promotion accrue de l’investissement privé. Cette évolution s’inscrit toutefois dans une trajectoire économique marquée par des ruptures profondes : zaïrianisation et nationalisations, crises des années 1990, puis recompositions institutionnelles plus récentes. Le tissu productif congolais demeure traversé par une double réalité : une forte vitalité des créations d’unités économiques, souvent de petite taille, et une fragilité persistante face aux contraintes de financement, de formalisation, d’infrastructures, de stabilité réglementaire et d’accès aux marchés. Dans ce paysage, les entreprises à capitaux congolais coexistent avec des entreprises à capitaux étrangers, généralement différenciées par leurs ressources, leurs réseaux, leur rapport aux institutions, leurs capacités organisationnelles et leur insertion dans des circuits économiques plus structurés. La démographie des entreprises offre un cadre approprié pour observer les naissances, les disparitions, la structure des unités économiques et leur durée de vie. Dans un pays où l’économie informelle occupe une place importante et où les unités productives sont très hétérogènes, l’étude de la survie constitue un indicateur plus fin que les seuls agrégats macroéconomiques. Elle renseigne sur la capacité des entreprises à franchir les premières années d’existence, à stabiliser leurs activités et à faire face aux contraintes de leur environnement.

Il est vrai que la RDC dispose d’un potentiel productif considérable, mais les entreprises y évoluent dans un environnement contraignant. Les difficultés d’accès au financement, les coûts de transaction élevés, la complexité administrative, les déficits d’infrastructures, les incertitudes réglementaires et les écarts territoriaux pèsent sur la consolidation des unités économiques. Ces contraintes affectent particulièrement les entreprises jeunes, encore en phase d’apprentissage, de structuration et de recherche de légitimité. Dans un tel contexte, l’origine du capital peut jouer un rôle différenciateur. Les entreprises à capitaux étrangers peuvent disposer de ressources financières, organisationnelles et relationnelles plus importantes, maîtriser davantage certaines procédures formelles ou s’insérer dans des réseaux d’affaires plus structurés. Toutefois, les entreprises à capitaux congolais peuvent tirer avantage de leur connaissance des marchés locaux, de leurs liens sociaux et de leur capacité d’adaptation aux réalités institutionnelles du pays. La relation entre origine du capital et survie ne peut donc être tranchée par intuition ; elle doit être examinée empiriquement. Cette recherche cherche à savoir si les entreprises à capitaux étrangers présentent un risque de fermeture plus faible que les entreprises à capitaux congolais, une fois prises en compte les caractéristiques observées disponibles dans le RGE 2019. Elle examine également si le sexe, l’âge et le niveau d’instruction du promoteur, la forme juridique, le milieu d’implantation et le climat des affaires perçu sont associés au risque de fermeture.

Pour ce faire, notre préoccupation dans cette étude est de répondre à la question principale suivante : dans quelle mesure la survie des entreprises créées entre 2010 et 2019 et observées dans le RGE 2019 diffère-t-elle selon l’origine congolaise ou étrangère du capital, lorsque sont prises en compte les caractéristiques du promoteur, la forme juridique, le milieu d’implantation et le climat des affaires perçu ? De cette question principale découlent les questions spécifiques ci-après : (1) La survie des entreprises diffère-t-elle selon l’origine congolaise ou étrangère du capital ? (2) Le sexe du promoteur est-il associé au risque de fermeture des entreprises ? (3) L’âge du promoteur est-il associé au risque de fermeture des entreprises ?  (4) Le niveau d’instruction du promoteur est-il associé à la survie des entreprises ? Corrélativement aux interrogations soulevées dans la problématique, nous émettons les hypothèses suivantes : Au regard de notre hypothèse principale : La survie des entreprises créées entre 2010 et 2019 et observées dans le RGE 2019 varie significativement selon l’origine du capital, les caractéristiques sociodémographiques du promoteur, la forme juridique et l’environnement d’implantation. S’agissant des hypothèses secondaires : H1. À caractéristiques observées comparables, l’origine étrangère du capital est associée à un risque instantané de fermeture plus faible que l’origine congolaise. H2. À caractéristiques observées comparables, le sexe du promoteur est associé au risque instantané de fermeture ; selon le codage retenu, les entreprises dirigées par des femmes présentent un risque de fermeture plus élevé que celles dirigées par des hommes. H3. À caractéristiques observées comparables, l’augmentation de l’âge du promoteur est associée à une diminution du risque instantané de fermeture. H4. À caractéristiques observées comparables, l’élévation du niveau d’instruction du promoteur est associée à une diminution du risque instantané de fermeture. Partant de nos hypothèses, le présent article se propose : (1) d’analyser comparativement la survie des entreprises à capitaux congolais et à capitaux étrangers en République démocratique du Congo, pour les unités créées entre 2010 et 2019 et observées dans le RGE 2019, en estimant l’association entre l’origine du capital, les caractéristiques du promoteur, la forme juridique, le milieu d’implantation, le climat des affaires perçu et le risque de fermeture au moyen des courbes de Kaplan-Meier, du test du log-rank et du modèle de Cox. (2) de comparer la survie des entreprises selon l’origine congolaise ou étrangère du capital ; (3) d’estimer l’association entre le sexe du promoteur et le risque de fermeture des entreprises et enfin (4) d’évaluer l’association entre le niveau d’instruction du promoteur et la survie des entreprises.

Résumé : Cette étude analyse la survie des entreprises à capitaux congolais et étrangers en République démocratique du Congo, à partir des entreprises créées entre 2010 et 2019 et observées dans le Recensement Général des Entreprises (RGE) de 2019. Elle cherche à déterminer dans quelle mesure l’origine du capital, le sexe, l’âge et le niveau d’instruction du promoteur, ainsi que la forme juridique, le climat des affaires et le milieu d’implantation, sont associés au risque de fermeture des entreprises. L’étude adopte une démarche quantitative, documentaire, comparative et rétrospective, fondée sur l’exploitation des données du RGE 2019. Les analyses mobilisent notamment le test du Chi-deux et le modèle de régression de Cox. Les résultats montrent une association significative entre l’origine du capital et la survie des entreprises. Les entreprises à capitaux étrangers présentent un risque instantané de fermeture plus faible que celles à capitaux congolais (HR = 0,697). Le sexe du promoteur est également associé au risque de fermeture (HR = 2,858), tandis que l’âge (HR = 0,747) et le niveau d’instruction (HR = 0,581) sont associés à une diminution de ce risque. L’étude met ainsi en évidence le rôle de l’origine du capital et de certaines caractéristiques du promoteur dans la survie entrepreneuriale en RDC.

Mots-clés : Démographie des entreprises ; survie entrepreneuriale ; origine du capital ; risque de fermeture ; promoteur ; RDC.

BUSINESS DEMOGRAPHY: COMPARISON OF THE SURVIVAL OF CONGOLESE- AND FOREIGN-OWNED ENTERPRISES IN THE DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO: ENTERPRISES CREATED BETWEEN 2010 AND 2019 AND OBSERVED IN THE 2019 GENERAL BUSINESS CENSUS

 Abstract : This study analyzes the survival of Congolese- and foreign-owned enterprises in the Democratic Republic of the Congo, focusing on enterprises created between 2010 and 2019 and observed in the 2019 General Business Census. It examines whether capital origin, the promoter’s sex, age and education level, as well as legal form, business climate and location, are associated with the risk of business closure. The study adopts a quantitative, documentary, comparative and retrospective approach based on secondary data from the 2019 General Business Census. The analyses use the Chi-square test and the Cox proportional hazards model. The results show a significant association between capital origin and business survival. Foreign-owned enterprises have a lower instantaneous risk of closure than Congolese-owned enterprises (HR = 0.697). The promoter’s sex is also associated with the risk of closure (HR = 2.858), while age (HR = 0.747) and education level (HR = 0.581) are associated with a lower risk of closure. Overall, the findings highlight the importance of capital origin and certain promoter characteristics in explaining business survival in the Democratic Republic of the Congo.

Keywords: Business demography; entrepreneurial survival; capital origin; closure risk; promoter; Democratic Republic of the Congo.

Conclusion: Au terme de cette étude, il ressort que la survie des entreprises en République démocratique du Congo varie selon plusieurs caractéristiques liées à l’entreprise et à son promoteur. Les résultats du modèle de Cox montrent notamment que les entreprises à capitaux étrangers présentent un risque de fermeture plus faible que celles à capitaux congolais. Le sexe du promoteur est, quant à lui, associé au risque de fermeture, tandis que l’âge et le niveau d’instruction sont associés à une diminution de ce risque. Ces résultats suggèrent ainsi que l’origine du capital et certaines caractéristiques du promoteur peuvent être considérées comme des facteurs associés à la survie entrepreneuriale. Toutefois, l’interprétation de ces relations doit tenir compte du codage retenu pour les variables et des limites des données disponibles dans le RGE 2019.

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